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Médecins, élus et usagers au chevet de l’Hôpital de Mont-Laurier

Médecins, patients et élus se mobilisent afin que leur établissement retrouve un niveau acceptable de services hospitaliers. La direction du CISSS des Laurentides reconnaît que la pénurie de personnel frappe la région et travaille pour des solutions dès l’automne.

Illustration dépeignant l'état critique de l'Hôpital de Mont-Laurier.

« On a le sentiment d'être complètement abandonnés. D’être vus comme des numéros. »

Photo : Radio-Canada / Charlie Debons

Lorsqu’il s’est présenté à Mont-Laurier, en août 2018, pour annoncer un projet de 22 M $ pour réaménager et agrandir l’hôpital, l’ex-ministre de la Santé et des Services sociaux Gaétan Barrette se disait convaincu de répondre aux besoins exprimés par la région.

Tous profiteront de ces nouvelles installations à l’Hôpital de Mont-Laurier, tant les usagers que le personnel, puisqu’elles permettront aussi d’améliorer l’efficacité du travail des professionnels de la santé qui y œuvrent, disait-il.

Les travaux devaient permettre notamment d’éliminer les chambres multiples et de doter l’ensemble des chambres de salles de toilette accessibles aux personnes à mobilité réduite afin d'assurer plus de confort et d'intimité et de prévenir les risques d’infection.

Une conception qui va de soi au 21e siècle, avec une livraison prévue en 2023.

Or, selon les documents consultés par Radio-Canada, les travaux demeurent en planification, ne débuteront pas avant l’automne 2023 et seraient finalisés dans quatre ans, en 2026.

On a le sentiment d'être complètement abandonnés [...] d’être vus comme des numéros, lance Daniel Bourdon, maire de Mont-Laurier et préfet de la MRC Antoine-Labelle.

Dans son bureau

Daniel Bourdon, maire de Mont-Laurier et préfet de la MRC Antoine-Labelle

Photo : Radio-Canada

On défend notre dossier, parce que si on attend après la PDG du CISSS des Laurentides, on va se revoir dans dix ans et on va être au même niveau qu'on est là, actuellement, se désole-t-il.

M. Bourdon est impliqué dans le milieu scolaire et en politique municipale dans la région depuis 40 ans.

Selon lui, la réforme Barrette du réseau de la santé en 2015 a laissé des traces.

On investissait par exemple 300 000 $ par année dans un mécanisme pour recruter de façon précoce les étudiants de la région pour le réseau de la santé, mais ça a disparu avec les fusions, regrette le préfet de la région.

La MRC Antoine-Labelle occupe les deux tiers du territoire des Laurentides. Sa population d’environ 36 000 habitants demeure stable, mais figure parmi les plus vieillissantes au Québec. Sans compter la pauvreté qui touche 20 % des citoyens.

Hôpital de Mont-Laurier.

Hôpital de Mont-Laurier dans les Hautes-Laurentides

Photo : Radio-Canada / Vincent Rességuier

Des patients dans le corridor

Lors de notre passage, la petite urgence de l’Hôpital de Mont-Laurier accueillait ce jour-là 12 patients sur civière. Plus du double de sa capacité.

Certains se trouvaient dans le corridor entre des rideaux séparateurs.

Ils ne peuvent pas monter [dans des chambres] parce que je n'ai pas d'infirmières pour s'en occuper, explique la médecin-chef du service de chirurgie générale de l'Hôpital de Mont-Laurier, la docteure Kim Ouellet.

Kim Ouellet dans les locaux de l'hôpital

Kim Ouellet, médecin chef du service de chirurgie générale de Hôpital de Mont-Laurier

Photo : Radio-Canada

Du poste d’observation à l’urgence, infirmière et médecin surveillaient également deux patients aux soins intensifs et un en psychiatrie.

Ce n’est pas normal, parce qu’un patient qui arrive ici [aux soins intensifs] après un infarctus, la première chose dont il a besoin, c’est du repos deux, trois jours, mais avec les lumières et l’activité 24/7, tu ne peux pas te reposer.

Au fond, avec le gardien de sécurité, c'est la civière d'observation psychiatrique parce qu'on n’a pas de psychiatre ici et c'est en attendant d'être transféré ou que la personne dégrise de sa consommation, poursuit la docteure Ouellet.

D’autres patients ambulatoires patientaient dans deux roulottes aménagées depuis le début de la pandémie.

Chambres vides, équipements inutilisés

Contraste lors de notre visite aux étages.

Des chambres individuelles avec toilettes ne sont pas utilisées, par manque de personnel.

Une salle dotée d’un bain pour de l’hydrothérapie est devenu un local à débarras.

Une salle d’obstétrique était transformée en salle de repos.

Sans compter des équipements spécialisés dispendieux couverts de plastique protecteur.

ils sont recouverts de housses

De l'équipement d'ophtalmologie inutilisé à l'Hôpital Mont-Laurier

Photo : Radio-Canada

Ça, c'est l'équipement d'ophtalmologie d'Antoine Labelle qui n’a pas servi depuis facilement l’été 2020, parce que les ophtalmologistes ont déserté, explique Roxane Beaulieu-Doré, médecin interniste à l’Hôpital de Mont-Laurier et de Rivière Rouge, ainsi que cheffe locale du service de médecine interne.

Cette dernière aimerait disposer d’un appareil de résonance magnétique.

Ça aurait été utile pour la région d'avoir cet appareil qui, selon nous, est un standard de pratique pour beaucoup de pathologies communes en 2022, soutient la médecin interniste.

Depuis le début de sa pratique il y a cinq ans, la docteure Beaulieu-Doré a fait le choix de travailler en région, mais constate qu’elle demeure une exception.

Je vois des jeunes en stage, et ils me le disent : "Je ne reviendrai pas ici quand mon cours sera fini." [...] Ils ne voient pas les attraits, ça prend quelqu'un pour les présenter, propose-t-elle.

Quatre heures de route

Nous avons également croisé de nombreux patients qui n’en peuvent plus de faire la navette entre Sainte-Agathe, Saint-Jérôme ou même Montréal afin d’obtenir des soins.

Carmen Beaudry raconte que son beau-frère s’est rendu à 80 reprises à Saint-Jérôme pour ses yeux. Ma fille aussi devait y aller tous les mois, ils ont lâché, elle est en train de devenir aveugle…, déplore cette aînée de Sainte-Anne-du-Lac.

Dans une salle de consultation

Carmen Beaudry, en compagnie de son médecin de famille, docteur Luc Laurin

Photo : Radio-Canada

Elle même a dû se rendre à Saint-Jérôme pour une opération au genou. On n'a pas les services qu'on aurait besoin à Mont-Laurier, dit-elle.

Lida Beaudry Touchette et son conjoint, également de Sainte-Anne-du-Lac, racontent avoir dépensé quelques milliers de dollars en transport et en hébergement en quatre mois pour des traitements oculaires à Sainte-Agathe.

On se sent délaissés, on voudrait que ça revienne à Mont-Laurier, souhaite cette retraitée de l’enseignement.

La PDG veut agir

Rencontrée à ses bureaux, la présidente directrice générale du CISSS des Laurentides, Rosemonde Landry, ne minimise pas les défis auxquels l’Hôpital de Mont-Laurier est confronté, en particulier en matière de personnel.

En ophtalmologie, en principe, ça devrait être rouvert à l'automne avec utilisation de l'appareil, assure Mme Landry. En septembre, des ophtalmos de Sainte-Agathe vont aller à Mont-Laurier.

Rosemonde Landry, présidente directrice générale du CISSS des Laurentides

Rosemonde Landry, présidente directrice générale du CISSS des Laurentides

Photo : Radio-Canada

Côté infirmières, le recrutement à l’étranger devrait porter fruit l’an prochain.

On a un projet de recrutement dans les pays africains francophones avec une quarantaine d’infirmières francophones qui devraient arriver en janvier 2023, dont 20 qui sont prévues pour Mont-Laurier et Rivière-Rouge, explique-t-elle. Un complément de formation d’une année au cégep sera nécessaire.

La PDG mise également sur la formation sur place en soins infirmiers. Le cégep le faisait une année sur deux. Là, ils vont commencer à le faire chaque année.

Des emplois d’été rémunérés, avec l’hébergement inclus, dans divers secteurs de la santé pourraient permettre à moyen terme que les gens adoptent la région.

En psychiatrie, la PDG est consciente qu’il faudrait cinq spécialistes, mais compte sur le retour d'une professionnelle sous peu.

Avec la collaboration de Marie-Michelle Lauzon

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