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Université métropolitaine : un changement de nom salutaire, disent des experts

Deux personnes de dos devant un immeuble de l'Université Ryerson.

L'Université Ryerson devient l'Université métropolitaine de Toronto.

Photo : Radio-Canada / CBC News

Radio-Canada

L'Université métropolitaine de Toronto est le premier établissement postsecondaire canadien à changer de nom en raison du réexamen de l'ensemble de l'héritage laissé par les personnages historiques qui ont donné leur nom à tant d'écoles, de bâtiments et de monuments.

Plusieurs autres endroits ont aussi changé de nom, par exemple l’école Sir John A. Macdonald de Markham. Autre exemple : la rue Dundas, qui parcourt le centre-ville de Toronto d’est en ouest, doit elle aussi changer de nom.

Le portrait de certains personnages historiques canadiens est examiné différemment et cet examen montre leurs institutions éponymes sous un autre jour. CBC News a demandé à des historiens et à un sociologue comment le secteur postsecondaire répond à cette question sensible.

Pourquoi maintenant?

On assiste à une prise de conscience et à une reconnaissance croissantes des aspects peu glorieux de notre histoire, notamment le racisme systémique dont ont été victimes les communautés noires et autochtones, ainsi que d'autres groupes marginalisés. La découverte de sépultures dans des pensionnats pour Autochtones à divers endroits du Canada, en particulier, en a incité plusieurs à poser des questions plus profondes sur la façon dont nous en sommes arrivés là.

L’Université Ryerson a récemment changé de nom. Un groupe de chercheurs de l’université – qui se nomme maintenant l’Université métropolitaine de Toronto – a été chargé de réexaminer l'héritage d’Egerton Ryerson.

Portrait d'Egerton Ryerson.

Egerton Ryerson était un politicien important en Ontario au 19e siècle.

Photo : L'Encyclopédie canadienne

Ce pasteur méthodiste et défenseur de l'éducation publique du 19e siècle avait une vision de l'enseignement pour les Autochtones. Celui-ci devait être obligatoire, fondé sur le travail agricole et la religion, et les Autochtones devaient être séparés des non-Autochtones. Ses idées ont servi à la création du système des pensionnats, et ses actions en tant que surintendant des écoles du Haut-Canada ont contribué à la ségrégation raciale dans les écoles du pays. Le groupe de travail de l’Université métropolitaine a finalement proposé 22 recommandations, dont un changement de nom.

Ces types de conversations nous rappellent que l'histoire – et la notion d'héritage – évolue, a déclaré Barrington Walker, professeur d'histoire à l'Université Wilfrid Laurier. Selon lui, les campus sont également un lieu logique pour ce type de discussions.

Le portrait d'un homme dans un jardin.

Barrington Walker est professeur d'histoire à l'Université Wilfrid Laurier.

Photo : offerte par l'Université Wilfrid Laurier

Il a fait remarquer que, dans les années 1960, lorsque le secteur postsecondaire a commencé à se diversifier et qu'un plus grand nombre de femmes, de personnes racialisées et de personnes handicapées ont commencé à fréquenter l'université, ces étudiants ont commencé à exiger que leurs établissements se conforment à l'égalité et à la diversité.

Ce qui a peut-être changé au fil du temps, c'est qu'il y a maintenant plus d'endroits qui sont prêts à examiner leur histoire, a déclaré M. Walker.

Le préjudice de ces noms historiques

Les gens écoutent et [...] agissent en fonction des appels à l'action de la [Commission de vérité et réconciliation], a déclaré de son côté Cora Voyageur, professeure de sociologie à l'Université de Calgary et membre de la Première Nation Athabasca Chipewyan.

Par exemple, au printemps 2019, l'Université McGill a accepté de changer le nom de ses équipes sportives masculines interuniversitaires, qui portaient un nom largement reconnu comme offensant pour les peuples autochtones. Cette décision a été prise à la suite d’une campagne menée par un étudiant-athlète autochtone, qui lui soulignait que plusieurs plaintes avaient déjà été soumises par le passé par des étudiants.

Les traumatismes subis par les Autochtones, principalement les membres des Premières Nations, sont réels, a déclaré Mme Voyageur.

Elle souhaite que ces conversations et ces leçons d'histoire se poursuivent à tous les niveaux d'enseignement.

Le Canada doit se rendre compte que nous avons une histoire raciste, a-t-elle déclaré. Celle-ci cite en exemple l'incident du Komagata Maru, l'internement des Canadiens d'origine japonaise et la taxe d'entrée imposée aux Chinois, pour ne nommer que ceux-là.

Selon la professeure de sociologie, ce genre de conversation peut susciter des réactions défensives.

Je ne vous demande pas d'en prendre la responsabilité, a-t-elle dit. Je vous demande simplement de l'apprendre. Il ne s’agit pas d’aimer [la situation] ou même de se sentir à l'aise avec elle. Vous devez simplement reconnaître que cela fait partie de notre histoire.

Et l'Université Dalhousie, elle?

En 2019, un groupe d'experts a conclu son exploration de l'histoire du racisme à l'Université Dalhousie, en Nouvelle-Écosse. Des liens avec l’esclavage transatlantique ont été confirmés. De plus, on y a souligné l'histoire problématique du fondateur de l'école d'Halifax, l'ancien lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse qui avait profité du commerce du sucre, de la mélasse et du rhum au début du 19e siècle.

Le rapport final demandait des excuses officielles, un mémorial provincial et d'autres réparations, mais pas de changement de nom.

Cette possibilité a effectivement été discutée, mais ne faisait pas partie du mandat officiel, selon Isaac Saney, historien de l’Université Dalhousie et membre de la commission. L'objectif était plutôt de procéder à une évaluation historique, mais aussi de formuler des recommandations susceptibles d'entraîner des changements substantiels dans la relation de [l'université] avec cet héritage – et avec la communauté noire de la Nouvelle-Écosse, a-t-il expliqué.

Le portrait d'un homme dans une salle de classe.

Isaac Saney est un historien à l'Université Dalhousie.

Photo : offerte par l'Université Dalhousie

Il a affirmé que des changements solides sont en place, comme le recrutement d'un plus grand nombre de professeurs noirs et la création de la première majeure en études sur la diaspora noire et africaine dans une université canadienne. Il est d’ailleurs président de ce comité de développement.

Personne ne dit que Lord Dalhousie devrait être effacé de l'histoire. Les gens disent qu'il devrait être placé dans le contexte historique approprié, a noté M. Saney. Lorsque nous faisons ces choses, nous signalons le type de société que nous aimerions créer : une société plus juste, plus équitable.

Un exemple à suivre?

Des discussions similaires ont lieu dans de nombreuses institutions. Certains activistes continuent de faire pression pour une plus grande reconnaissance de l'histoire complexe d’une personne qui prête son nom à un établissement universitaire, notamment à l'Université McGill, au Québec. D'autres institutions ont renommé des bâtiments individuels, comme l'Université de Windsor et l'Université Queen's en Ontario.

L'Université Wilfrid Laurier de Waterloo, en Ontario, a créé le Laurier Legacy Project afin de revisiter l'histoire du septième premier ministre du Canada, qui a contribué à propulser le Canada vers la richesse et l'importance sur la scène mondiale tout en créant des politiques d'immigration discriminatoires à l'égard des Chinois, des Japonais, des Indiens et des Afro-Américains.

À bien des égards, le dossier historique n'a pas été exploité autant qu'il aurait dû l'être, a déclaré M. Walker, qui est vice-président associé de l'école pour l'équité, la diversité et l'inclusion, ainsi que professeur d'histoire.

Il ajoute que l’histoire évolue. Différents historiens vont poser des questions différentes sur, par exemple, des documents historiques qui semblent très familiers aux gens. Ils apporteront un regard différent, des expériences vécues différentes.

Le projet déterrera sûrement des détails déplaisants, a précisé M. Walker. L'espoir est de s'attaquer à ces éléments pour, à terme, rendre l'université plus diversifiée et ouverte aux groupes qui n'ont traditionnellement pas eu accès à l'éducation postsecondaire.

Avec des informations de Jessica Wong, Vanessa Conley, Nazima Walji et Steven D'Souza de CBC News

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