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Devrait-on continuer de porter le masque s’il n’est plus obligatoire?

Un homme portant le masque sort d'une station de métro.

Le gouvernement du Québec doit annoncer que le port du masque ne sera plus obligatoire dans plusieurs lieux publics à la mi-mai.

Photo : The Canadian Press / Graham Hughes

Le gouvernement du Québec doit annoncer aujourd’hui que le masque ne sera bientôt plus obligatoire, mais qu'il sera fortement recommandé dans la majorité des lieux publics. Si certains ont vraiment hâte de l’enlever, des experts disent qu'il ne faut pas changer nos habitudes du jour au lendemain.

Trois experts consultés disent qu’ils continueront de porter un masque dans les endroits clos, mal ventilés et là où il y a beaucoup de personnes. Ils recommandent au public de faire de même.

Si la pression populaire semble avoir poussé les autorités à abandonner cette obligation, porter un masque continue d'être l'un des meilleurs moyens pour prévenir la transmission du virus, dit le Dr Christopher Labos, cardiologue et épidémiologiste montréalais.

Il recommande surtout que les personnes de 60 ans et plus, les personnes immunodéprimées et les femmes enceintes continuent de porter un masque lors de rassemblements ou dans les endroits bondés. Les personnes non vaccinées devraient elles aussi porter un masque, puisqu’elles sont plus à risque de développer des complications de la maladie.

Après, pour la population générale, qui n’est pas trop à risque, si les personnes l’enlèvent, elles ont des chances de développer la maladie et de toucher le numéro gagnant de la "COVID longue", ajoute Roxane Borgès Da Silva, professeure à l'École de santé publique de l'Université de Montréal.

Rappelons que les études estiment qu’entre 10 et 20 % des personnes infectées par la COVID-19 développent des symptômes à long terme.

De plus, il y a une tranche de la population qui n’a pas le choix de continuer à vivre avec des risques élevés. Porter le masque protège notamment les aînés et les personnes immunodéprimées du virus, tout en leur permettant de retrouver une certaine normalité.

On voit partout dans les autres pays et provinces, le masque est tombé. C’est une demande basée sur l'intérêt individuel, pas sur l’intérêt collectif, dit Mme Borgès Da Silva.

Continuer de porter le masque est un moindre mal et est une mesure facile à adopter et à appliquer, ajoute pour sa part la Dre Catherine Hankins, professeure en santé publique et en santé des populations à l'Université McGill et coprésidente du Groupe de travail sur l’immunité face à la COVID-19.

En outre, Mme Borgès Da Silva tient à rappeler que les masques maison ne sont clairement pas suffisants pour faire face au variant Omicron, qui est hautement contagieux.

Une étude des CDC aux États-Unis (Nouvelle fenêtre) a montré que, dans les lieux publics intérieurs, les masques médicaux réduisent les risques d’infection de 66 %, tandis que les masques N95 et KN95 les réduisent de 83 %. Le port d'un masque en tissu semblait réduire les risques d’être infecté de seulement 56 %.

Comment déterminer son risque individuel?

Une autre raison qui pousse ces experts à continuer de porter le masque est le fait qu’il est actuellement difficile de connaître son risque individuel d’être infecté.

Le Dr Labos affirme que, si le gouvernement veut laisser aux personnes le choix de porter ou non le masque, il doit aussi mieux les informer de la situation épidémiologique, ce qui n’est pas le cas en ce moment. Sans données, on ne sait pas trop combien il y a de COVID-19 dans la communauté. Les gens doivent deviner.

S’il semble y avoir un ralentissement du nombre d’infections, le Dr Labos rappelle que le virus est loin d’avoir disparu. Il craint qu’en changeant le message, trop de personnes interpréteront la fin du port du masque comme la preuve que la pandémie est terminée.

De nombreux Québécois ne réalisent peut-être pas que la pandémie continue d’avoir des répercussions majeures sur le système de santé, dit le Dr Labos.

« C’est facile d’avoir l’impression que tout est fini, que tout semble normal. Mais c’est aussi facile de sous-estimer à quel point la situation est encore difficile. »

— Une citation de  Dr Christopher Labos, cardiologue et épidémiologiste

Mme Borgès Da Silva rappelle que la province connaît encore des niveaux élevés d’infections et d'hospitalisations. Selon le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO), il y a encore des dizaines de milliers de cas par jour au Québec. En date du 4 mai, il y a encore près de 2200 personnes hospitalisées, ce qui correspond à un niveau deux fois plus élevé que celui qui avait cours lors des premières vagues.

Omicron cause beaucoup d’infections asymptomatiques. Il y a de très grandes chances de transmettre le virus [sans même le savoir]. On ne sait pas si les personnes autour de nous sont vaccinées, si elles sont infectées, ajoute Catherine Hankins.

Pour toutes ces raisons, Mme Hankins et Mme Borgès Da Silva auraient préféré que le gouvernement maintienne l’obligation du port du masque un peu plus longtemps, le temps que cette sixième vague commence à descendre.

On ne voit pas de forte pente décroissante de l’incidence des cas. Dans ce contexte, si on enlève le masque, ça va augmenter la circulation du virus. Avec un niveau déjà très élevé, ça risque de créer des enjeux, dit Mme Borgès Da Silva.

Une mesure généralement acceptée

Ces experts ne seront probablement pas les seuls Québécois qui continueront de porter le masque, selon le dernier sondage fait par l’Institut national de santé publique du Québec (Nouvelle fenêtre) (INSPQ).

Environ 60 % des Québécois ont affirmé à la mi-avril qu’ils porteront le masque même si la mesure ne sera plus obligatoire. Seulement la moitié des jeunes de 25 à 44 ans disent avoir l’intention de porter le masque lorsqu’il ne sera plus obligatoire, tandis que 85 % des personnes de 60 ans et plus affirment qu’elles continueront de porter un masque.

Le Dr Labos ne sera pas surpris de voir plusieurs Québécois porter un masque dans les lieux publics. Les gens se sont habitués et ont été sensibilisés [aux bienfaits des masques].

D'ailleurs, plus de 80 % des Québécois sondés croient que le port du masque est très ou plutôt efficace.

Il y a plusieurs élèves qui n’ont pas encore retiré leur masque en classe, même s’ils ne sont plus obligés, souligne Roxane Borgès Da Silva. C’est un changement de pratique; j’adopte une norme d'hygiène respiratoire afin de me protéger et de protéger les autres. Et, pas juste pour la COVID-19.

Le Dr Labos dit que tous ses collègues continueront de porter le masque et exigeront que leurs patients portent le masque. Si la majorité des médecins continuent de le faire, c'est probablement signe que c'est une bonne idée, affirme-t-il.

Même si une grande proportion des Québécois disent qu’ils porteront encore le masque, seulement le tiers des Québécois se considèrent comme très à risque d’attraper la COVID-19 et plus de la moitié ne croient pas que la maladie sera dangereuse pour leur santé. Par contre, près de 60 % des répondants disent qu’ils sont inquiets d’infecter une personne de leur entourage.

Un changement de paradigme pour l'avenir

Le Dr Labos pense qu’il sera extrêmement difficile d’exiger de nouveau le port du masque s’il y a de nouvelles vagues. Pourtant, dit-il, le port du masque demeure l’une des méthodes les plus efficaces et les moins coûteuses d'éviter des confinements et des fermetures.

La société sera de plus en plus sensibilisée à l’utilité et à l’efficacité du masque pour prévenir la transmission de maladies respiratoires comme la COVID-19, de la même façon qu'elle l'a été à l'égard du port de la ceinture dans un véhicule. Cependant, il faudra probablement encore des années avant que la majeure partie de la population n'adopte cette mesure sanitaire lors de nouvelles vagues, estime le Dr Labos.

Dans 20 ans, on sera surpris [d'apprendre] qu’on a déjà laissé des gens visiter un patient hospitalisé sans porter un masque, dit-il. On fera comme au Japon, où le port du masque est courant pendant la saison grippale.

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