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Aucune preuve des bienfaits de l’approvisionnement sûr en drogues, selon un rapport

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Les auteurs du rapport ont choisi d’utiliser le terme « approvisionnement public de drogues créant une dépendance », expliquant que l’expression « approvisionnement sûr» présumerait du résultat de l'examen.

Photo : Radio-Canada / Maryse Zeidler

Radio-Canada

Un rapport commandé par le gouvernement de l’Alberta conclut que les recherches actuelles ne démontrent aucun avantage à fournir des drogues sûres aux consommateurs de drogues illicites. La qualité du rapport est critiquée par un groupe de scientifiques et de cliniciens spécialisés en dépendance.

En janvier, un comité législatif de l’Alberta a commencé à se pencher sur les programmes d’approvisionnement sûr en drogues, qui sont parmi les solutions proposées par des intervenants du milieu pour réduire le nombre de décès par empoisonnement aux drogues dans la province.

Le comité a demandé au Centre de recherche appliquée en santé mentale et en dépendance (CARMHA), de l'Université Simon Fraser, de procéder à un examen rapide des recherches sur le sujet.

Parmi les 19 recherches examinées par les auteurs, dont 15 émanent de la Colombie-Britannique, rien ne prouve que l’approvisionnement public de drogues créant une dépendance est bénéfique, ont-ils conclu.

Les auteurs du rapport (en anglais) (Nouvelle fenêtre) estiment également que bon nombre de publications qui prônent l'approvisionnement sûr le font sans définir le terme et sans se pencher sur des détails fondamentaux comme l'admissibilité, les coûts estimés et la responsabilité pour les conséquences négatives.

Le rapport du groupe de recherche utilise par ailleurs l'expression approvisionnement public de drogues créant une dépendance, arguant que l’expression approvisionnement sûr aurait présumé du résultat de leur examen.

Méthodologie critiquée

[La façon dont l'examen a été mené] ne répond absolument pas aux normes scientifiques établies, affirme Thomas Kerr, chercheur au BC Centre on Substance Use de la Colombie-Britannique (BCCSU).

Il ajoute que des chercheurs du BCCSU ont évalué l'examen rapide à l'aide d'un outil de mesure de qualité et ont constaté qu'il était de qualité très faible. Il souligne également que le rapport n'a pas fait l'objet d'une évaluation par les pairs.

Dans une lettre signée par plus de 50 chercheurs et cliniciens spécialisés en dépendance, les signataires font part d’un certain nombre de préoccupations concernant le rapport.

  • Sa conclusion n'est pas basée sur les preuves existantes.

  • Il ne décrit pas avec précision les interventions en matière d'approvisionnement plus sûr.

  • Il ne décrit pas avec précision les préférences des personnes qui consomment des drogues.

  • Il déforme l'expertise de recherche de ceux qui évaluent actuellement l'approvisionnement sûr.

  • Les recommandations qui vont au-delà de l'approvisionnement sûr ne sont pas fondées sur des preuves scientifiques.

La lettre (en anglais) (Nouvelle fenêtre) a été envoyée au comité législatif lundi.

Thomas Kerr raconte que le BCCSU a été invité à témoigner devant le comité législatif, mais qu'il a refusé parce que le comité ne s'adressait pas aux personnes qui consomment des drogues ou à leurs familles et parce qu'il considérait que l'on s'appuyait trop sur des personnes qui ont l'habitude de critiquer l'approvisionnement sûr.

Interrogé au sujet de la lettre lundi, le ministre associé aux Dépendances de l'Alberta, Mike Ellis, a accusé les médias de ne pas avoir couvert les témoignages des experts que le comité a convoqués et a indiqué qu'il n'avait pas l'intention de faire de commentaires jusqu'à ce qu'une plus grande couverture soit faite.

Il a également fait part de ses inquiétudes quant aux raisons pour lesquelles le BCCSU a refusé de témoigner devant le comité.

Une question hautement politisée

Dans un courriel, Julian Somers, directeur du Centre de recherche appliquée en santé mentale et en dépendance (CARMHA), a indiqué que ses coauteurs et lui étaient satisfaits que [leur] étude ait suscité une réaction aussi passionnée de la part de l'establishment canadien de la ''réduction des méfaits''.

Nous prônons un profond changement dans les pratiques actuelles du milieu, a poursuivi Julien Somers. Plutôt que de « dépendre des médicaments », le CARMHA souhaite que les interventions soient basées sur la science et s'attaquent aux causes profondes de la dépendance.

Le comité était formé de députés du Nouveau Parti démocratique (NPD) et du Parti conservateur uni. En avril, les membres du NPD se sont tous retirés, accusant le gouvernement de ne faire figurer dans la liste des orateurs que des experts opposés à l'approvisionnement sûr.

Le comité devait préparer un rapport contenant des recommandations avant le 30 avril, mais l'échéance a été reportée au 30 juin.

Avec les informations de Michelle Bellefontaine

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