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Des centaines d’internautes furieux de la mort de l'ours polaire en Gaspésie

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Endormir et transporter un ours polaire n'est pas une mince affaire (archives).

Photo : avec l'autorisation de Jean Bergeron et de Sophie Bonneville

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De nombreuses personnes sont outrées que l’ours polaire aperçu en Gaspésie ait été abattu par les agents de la Faune, dimanche matin. De son côté, la Nation mi’kmaw de Gespeg a organisé lundi soir une cérémonie en hommage à l'ours polaire. Face au tollé, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs a fait le point lundi sur sa page Facebook.

La décision d’abattre l’animal au lieu de l’endormir puis de le transporter dans son habitat naturel a suscité bien des réactions et des questionnements. Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs a justifié sa décision sur ses les réseaux sociaux.

Endormir un ours, pas si simple

Les agents auraient-ils pu faire autrement que d’abattre l’ours aperçu la veille à Sainte-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine? Plusieurs experts ont rappelé qu'endormir une telle bête ne s’improvise pas, la transporter est un casse-tête, et la laisser en liberté représente un grand danger pour les populations environnantes.

Autant au Zoo sauvage de Saint-Félicien qu’à l’Aquarium du Québec, on s’entend sur une chose : anesthésier et manipuler un ours polaire endormi est une tâche très ardue.

Tout d’abord, une planification est nécessaire, des protocoles d’anesthésie sont mis en place pour assurer la sécurité tant du personnel que de l’animal.

On ne peut pas endormir de façon rapide un ours blanc. Si on veut que tout fonctionne et que l’anesthésie soit correcte pour lui, pour la sécurité des intervenants, on ne peut pas faire ça sur un coup de tête, explique Joanie Boudreault, directrice des collections vivantes au Zoo sauvage de Saint-Félicien.

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Un des ours polaires du Zoo sauvage de Saint-Félicien, en 2018.

Photo : Radio-Canada / Jessica Blackburn

Les contraintes sont aussi nombreuses. Par exemple, les drogues utilisées par le Zoo sauvage de Saint-Félicien sur les trois ours qu’il héberge n’agissent que pendant deux heures.

Ce n’est quand même pas très long pour intervenir auprès d’un ours. On peut lui redonner une injection, mais il y a toujours un risque pour la survie de l’animal, explique Joanie Boudreault.

Il faut aussi de l’équipement spécialisé pour effectuer les anesthésies, rarement faites à l’Aquarium du Québec qui accueille deux ours, précise la conservatrice Catherine Rousseau.

On n’a pas le choix d’avoir une machine d’anesthésie qui va être assez efficace pour cette grosseur d’animal. Si on a besoin d’intuber l’animal, ce sont des tubes spéciaux, et c’est rare qu’on les ait à la main, explique-t-elle.

« Ce n’est pas chose simple d’endormir un ours. »

— Une citation de  Catherine Rousseau conservatrice à l'Aquarium du Québec

Un problème de cage

Une fois l’animal endormi, il faut s’assurer d’avoir les bonnes cages pour pouvoir le transporter.

On ne peut pas improviser une cage d’un ours blanc. Notre mâle fait 400 kg, et en plus du poids de la cage, il faut du matériel roulant pour les déplacer, explique Joanie Boudreault.

Le transport est donc aussi très complexe, vu la taille, le poids et la force de la bête. Pour Douglas Clark, professeur à l’École d’environnement de l’Université de la Saskatchewan et spécialiste de l’ours polaire, relocaliser un tel animal est une épreuve pour lui.

C’est une situation qui crée beaucoup de stress, indique-t-il.

Par ailleurs, Catherine Rousseau, de l’Aquarium de Québec, ne croit pas que capturer l'ours retrouvé en Gaspésie pour le mettre en captivité aurait été souhaitable.

Si l’animal est en parfaite santé et qu’il a connu la nature, c’est mieux de le laisser dans son habitat naturel, il pourrait développer davantage de problèmes si on le met en captivité, indique-t-elle.

Le transport d’ours polaires, une expertise existante

Transporter un ours polaire sur une longue distance n’est toutefois pas impossible. À Churchill, capitale autoproclamée de l’ours polaire située dans le nord du Manitoba, les habitants vivent avec la présence de l’animal.

Selon Chantal Ouimet, ancienne écologiste au Parc national Wapusk, les agents de la faune de la province doivent, de temps à autre, tranquilliser et héliporter à l’aide de filets les ours polaires qui s’aventurent trop régulièrement dans le village.

En général, les agents de la faune vont essayer d’éloigner l’ours, ou à l’automne de le relâcher sur la glace, et le marquer. Si cet ours revient plusieurs fois, à ce moment, ils vont l’attraper et le déménager plus loin, explique-t-elle.

Mais selon elle, la décision d’abattre l’animal qui s'est retrouvé à Sainte-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine était la bonne, étant donné le danger qu’il représentait, l’urgence de la situation et les contraintes logistiques liées au déplacement.

On ne peut pas anesthésier l’ours pendant des jours, et sans cage pour le transporter, c’est dur à gérer, indique-t-elle.

Selon le professeur Clark, il ne faut pas oublier que l’ours polaire est un super prédateur. Il ne faut pas non plus sous-estimer le danger qu'il représente. Même un individu en bonne santé, comme cela semblait être le cas avec l’ours de Sainte-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine, représente un risque de prédation important, souligne-t-il.

Pour les autorités, c’est une situation difficile, on ne se sait pas ce qu’il se passe, et les ours polaires sont dangereux, particulièrement pour les gens qui ne connaissent pas leur comportement, explique-t-il. Dans cette situation, rien n’était contrôlé par les autorités, et ça, c’est dangereux pour les personnes.

« Personne ne veut tuer un ours si ce n’est pas nécessaire. C’est grave et c’est triste. Mais quelques fois c’est nécessaire. »

— Une citation de  Douglas Clark, professeur à l’École d’environnement de l’Université de la Saskatchewan

La situation de l’ours polaire est jugée préoccupante, étant donné sa population déclinante. L’espèce n’est toutefois pas considérée comme en voie de disparition.

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