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L’Allemagne encore trop dépendante du gaz russe

Berlin évoque la possible fin de son importation de gaz russe d’ici quelques années, mais résiste aux appels à l’embargo lancés par certains de ses alliés européens.

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Dans le nord de l'Allemagne, les animaux côtoient les paysages industriels.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

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Dans le vieil édifice de brique, au sud de Hambourg, de petits panneaux jaunes avertissent visiteurs et travailleurs que du gaz y est utilisé.

L’entreprise familiale HOBUM se spécialise dans la création de produits pétrochimiques variés. L’un des liquides qui y sont produits est par exemple utilisé pour éviter la corrosion des voitures. On le retrouve sur 70 % des véhicules dans le marché européen.

Pour obtenir le liquide qui sort des laboratoires, il faut utiliser une vapeur chauffée à 280 degrés Celsius créée à l’aide de gaz. J’ai besoin de gaz. Je sais que je paie indirectement la guerre de la Russie en Ukraine. Mais j’ai la responsabilité de 52 employés et de leurs familles, lance Arnold Mergell, le dirigeant de Hobum.

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Arnold Mergell explique que le gaz naturel est essentiel pour le fonctionnement de son usine de produits pétrochimiques.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

L’entrepreneur explique qu'il tente depuis quelques années de varier ses sources d’énergie. Il mise entre autres sur l’hydrogène pour remplacer le gaz, mais il lui faudra encore du temps avant que cette transition se concrétise.

Selon lui, la dépendance de son usine, comme des milliers d’autres en Allemagne, est notamment due aux choix énergétiques récents pris par la première économie d’Europe.

« Nous avons voulu nous débarrasser du nucléaire et du charbon, ce qui est bien en termes de lutte contre les changements climatiques, mais c’était trop tôt, trop rapide. Nous sommes trop dépendants du gaz, notamment russe. »

— Une citation de  Arnold Mergell, dirigeant de l’entreprise pétrochimique HOBUM

Arnold Mergell attribue la responsabilité aux autorités politiques, mais aussi aux gens d’affaires qui, comme lui, trouvaient que cette ressource était facile à obtenir et abordable. Nous avons fait des erreurs dans le passé, et maintenant nous devons payer, lance-t-il.

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Le secteur industriel allemand consomme beaucoup de gaz naturel.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

Une tentative de rapprochement diplomatique

Au-delà des décisions économiques, Berlin a fait le choix politique de développer ses liens commerciaux avec la Russie, explique Thomas Pellerin-Carlin, directeur du Centre Énergie de l’Institut Jacques Delors.

« Les Allemands ont choisi de devenir dépendants du gaz russe dans l'espoir que cette interdépendance germano-russe permette un changement de la politique étrangère de la Russie. »

— Une citation de  Thomas Pellerin-Carlin, directeur du Centre Énergie de l’Institut Jacques Delors

Ainsi, pendant environ quinze ans, la chancelière Angela Merkel a défendu ce rapprochement, d’abord amorcé par son prédécesseur Gerhard Schroder, un homme politique vivement critiqué pour avoir maintenu des liens étroits avec Moscou. Même après le début de l’invasion russe de l’Ukraine, Gerhard Schroder a d’ailleurs continué de siéger au sein de conseils d'administration d’entreprises énergétiques russes.

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Les tuyaux sont bien présents dans le paysage de cette zone industrielle du nord de l'Allemagne.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

Depuis le début de la guerre, on voit clairement que cette politique allemande a échoué, constate Thomas Pellerin-Carlin.

Au cours des deux derniers mois, des manifestations ont été tenues pour demander à la coalition au pouvoir de mettre fin aux importations d’énergie russe. Au niveau continental, une majorité de députés du Parlement européen a également appuyé l’idée d’un tel embargo.

Sans approuver un embargo, le nouveau chancelier, Olaf Scholz, a franchi un pas important fin février en annonçant qu’il suspendait la certification du gazoduc Nord Stream 2, un projet qui aurait grandement augmenté les importations de gaz russe en territoire allemand.

L’Allemagne demeure, malgré tout, un consommateur important de cette ressource. Au début de l’année, la moitié des importations de gaz du pays venaient de Russie. Les autorités de Berlin ont récemment annoncé que cette proportion a chuté à 35 %.

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D'ici quelques années, le port de Brunsbüttel doit accueillir un terminal d'importation de gaz naturel liquéfié.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

Diversifier les sources d’énergie

La ministre allemande des Affaires étrangères a récemment déclaré que son pays pourrait être en mesure de cesser d’importer du pétrole russe d’ici la fin de l’année. Pour ce qui est du gaz, il faudra attendre le milieu de l’année 2024.

Pour s’affranchir de la ressource, Berlin a entre autres promis d’augmenter grandement sa production d’énergie solaire et éolienne au cours des huit prochaines années.

L’Allemagne a également annoncé le financement de projets de terminaux portuaires qui permettront d’importer du gaz naturel liquéfié venu par exemple de Norvège ou du Qatar.

L’un des lieux choisis est le port de Brünsbuttel, à une centaine de kilomètres à l’ouest de Hambourg.

Nous répétons depuis des années que l’Allemagne a besoin de cette infrastructure, explique l’élu local Oliver Kumbartzy, qui ajoute que les défenseurs du projet se sont longtemps heurtés à un manque d’intérêt de la part des autorités fédérales.

Le chancelier Scholz a finalement annoncé la participation financière de Berlin dans ce terminal quatre jours après le début de la guerre. Le projet devrait voir le jour d’ici 2024 et des terminaux flottants devraient faire leur apparition dès l’année prochaine pour commencer l’approvisionnement.

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Le maire de Brunsbüttel, Martin Schmedtje, croit que le projet de terminal gazier aurait dû être créé bien plus tôt.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

Une annonce saluée par le maire de Brunsbüttel, Martin Schmedtje, qui aurait toutefois lui aussi souhaité que le projet de terminal gazier soit approuvé bien plus tôt.

« J’aurais personnellement préféré que cette décision soit prise en temps de paix, plutôt que d’être prise sous la pression de la guerre en Ukraine. »

— Une citation de  Martin Schmedtje, maire de Brünsbuttel

Le maire Schmedjte se réjouit néanmoins de voir Berlin commencer à diversifier ses sources d’approvisionnement, surtout que, dans le contexte, la dépendance à la Russie se reflète sur les factures énergétiques de ses concitoyens.

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Ahmed, restaurateur de Brunsbüttel, observe avec inquiétude l'augmentation des prix de l'énergie.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

Une réalité qui saute aux yeux en visitant une pizzeria située à quelques mètres de l’hôtel de ville de Brunsbüttel, où presque tout, de la cuisinière au chauffage, fonctionne au gaz.

La Russie, c’est terminé, on ne veut plus acheter leur gaz. Mais quel sera le prix à payer?, se demande Ahmed, le propriétaire.

Une question qui, ces jours-ci, monopolise le débat politique allemand.

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