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Abattre l’ours polaire en Gaspésie, le moindre mal, selon des experts

Un ours blanc sur une route enneigée le jour et au fond les lumières d'une voiture.

La visite d'un ours polaire sur la péninsule gaspésienne est exceptionnelle (archives).

Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward

Perrine Bullant

La décision d'abattre un ours polaire qui déambulait à Sainte-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine, en Haute-Gaspésie, dimanche, était « nécessaire », compte tenu des risques pour la population et des coûts qu'auraient entraîné un déplacement de l'animal.

La décision d’abattre l’ours polaire a été prise de concert entre la Sûreté du Québec (SQ), les agents et biologistes de la protection de la faune du Québec et des responsables du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP).

Ce n’est pas la voie de la facilité, se défend le commandant du district sud-est de la protection de la faune du Québec Sylvain Marois.

On aperçoit l'ours au loin dans la neige.

Les agents de la protection de la faune du Québec ont abattu, dimanche, cet ours polaire aperçu à Sainte-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine, en Haute-Gaspésie (archives).

Photo : Gracieuseté de Jean Bergeron et Sophie Bonneville

Que ce soit des ours noirs, des orignaux ou des cerfs de Virginie, on est équipés. On les endort et on les déplace, parce que c’est de la faune avec laquelle on est habitués à travailler, précise-t-il.

Cette fois, l’intrusion d’un ours blanc sur la péninsule est exceptionnelle.

Sylvain Marois assure que si l'animal s'était trouvé sur la Côte-Nord, les agents de la faune auraient pu tenter de le repousser vers son habitat naturel; une chose qui s’avérait impossible sur la rive sud du fleuve.

Le biologiste et professeur à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) Dominique Berteaux, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en biodiversité nordique, confirme que la présence de l’animal aurait posé un enjeu de sécurité sur le territoire. Le mammifère marin vit proche des côtes, un secteur fréquenté par les humains.

Même si ce n’est pas un animal qui est par nature dangereux, il reste que, dans une situation comme celle-ci, les risques sont grands, souligne M. Berteaux.

Dominique Berteaux sur le plateau radio de l'émission Info-réveil lors d'une sortie à l'UQAR

Le biologiste et professeur à l’UQAR Dominique Berteaux comprend la décision d'abattre l'ours polaire (archives).

Photo : Radio-Canada / Luc Paradis

Pouvait-on endormir et déplacer l’animal?

Le scénario qui consistait à endormir l’ours polaire et à trouver un moyen de le déplacer a été envisagé par les équipes d’intervention.

Toutefois, l’entreprise était trop périlleuse et risquait de compromettre la sécurité publique, assure Sylvain Marois, notamment si les doses pour endormir l’animal n’étaient pas convenablement estimées.

On est habitués aux ours noirs, qui sont beaucoup plus petits, précise l'agent de protection de la faune.

« On ne pouvait pas prendre la chance d’anesthésier l’animal et de manquer notre coup. Ça aurait pu être dangereux pour la population par la suite. »

— Une citation de  Sylvain Marois, commandant du district sud-est à la protection de la faune du Québec

Dominique Berteaux confirme qu’une telle opération n’est pas impossible, techniquement, mais qu'elle reste très difficile.

Pour endormir un animal, c’est sur le terrain qu’on juge. Il faut être assez proches et être dans de bonnes conditions. Après, le transport, c’est toute une aventure! assure-t-il.

Dans ces conditions particulières, en Gaspésie, il comprend la décision d’abattre le prédateur.

Le directeur général de la section québécoise de la Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec), Alain Branchaud, partage aussi cet avis.

Le biologiste de formation, qui a travaillé par le passé au développement du programme des espèces en péril d’Environnement Canada, ajoute que la décision d’aller avec une intervention vraiment très coûteuse doit tenir compte de l’état de la population [de l'espèce].

« Pour l’instant, [l’ours polaire] n’est pas une espèce menacée ou en voie de disparition. »

— Une citation de  Alain Branchaud, directeur général à la Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec)
Alain Branchaud, directeur général de la Société pour la Nature et les Parcs du Canada, section Québec

Alain Branchaud considère que la décision d’aller avec une intervention vraiment très coûteuse doit tenir compte de l’état de la population (archives).

Photo : Radio-Canada / Laurent Boursier

Le directeur de SNAP Québec avance qu'il ne serait pas justifié de dépenser des centaines de milliers de dollars dans une entreprise très risquée pour tenter de conserver un seul animal.

Il ne faut pas que, pour un individu, on investisse collectivement des quantités d’argent qui vont [par la suite] nous empêcher d’avoir une meilleure compréhension des enjeux et de sauver l’espèce dans son ensemble, dit le biologiste.

D'après le biologiste, les populations d'ours polaires sont relativement stables, à plus de 10 000 individus au Canada. Depuis 2011, l’ours blanc est désigné comme espèce préoccupante au titre de la Loi sur les espèces en péril du Canada.

Une conséquence des changements climatiques

C’est toujours une espèce dite préoccupante, qui vit avec une épée de Damoclès [au-dessus de la tête], avec les perturbations climatiques et l’avenir de la banquise, ajoute Alain Branchaud.

D’après lui, les espèces risquent d’être plus nombreuses à s’égarer en raison des changements climatiques.

Un ours polaire endormi sur une banquise.

Depuis 2011, l’ours blanc est désigné comme espèce «préoccupante» au titre de la Loi sur les espèces en péril du Canada (archives).

Photo : Getty Images / Andrew Peacock

Il estime que ce genre d’événement doit motiver la population à prendre des décisions individuelles et collectives pour contrer les effets des changements climatiques et assurer la survie de la biodiversité.

« L’ours polaire est devenu, à tort ou à raison, le symbole des impacts que pourraient avoir les changements climatiques sur la biodiversité. »

— Une citation de  Alain Branchaud

À ce sujet, Greenpeace Canada regrette l'absence d’une législation solide en matière de protection de la biodiversité au Canada. L’organisme a d'ailleurs lancé une pétition pour faire pression sur Ottawa en ce sens.

Quand on protège un habitat, on ne protège pas une espèce, mais plusieurs. On doit donc avoir cette approche plus large, soutient le porte-parole de Greenpeace Olivier Kölmel.

L’organisme exige également de l'État la création d'un sanctuaire arctique pour cesser les forages pétroliers dans la région où vivent les ours polaires et demande l'adoption d’un traité à l'Organisation des Nations Unies (ONU) pour protéger au moins 30 % des océans.

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