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C’est la saison des nids-de-poule à Winnipeg, version changements climatiques

Un nid-de-poule sur la rue Goulet, à Winnipeg, le 21 avril 2022.

Un nid-de-poule sur la rue Goulet, à Winnipeg, le 21 avril 2022.

Photo : Radio-Canada / Trevor Lyons

Radio-Canada

Les nids-de-poule ont connu une croissance fulgurante ce printemps, un signe avant-coureur des ravages que les changements climatiques imposeront aux routes urbaines.

À Winnipeg, il arrive que des cratères débordant d’eau avalent des véhicules au passage. Ici et là, des rails de tramway issus d’une autre époque sont déterrés par l’entretien routier de l’administration, qui consiste en ajouts continus de couches d’asphalte.

L’état des routes a été exacerbé par les précipitations diluviennes, combinées aux cycles prolongés de gel et de dégel.

Le pire est à venir

Les Manitobains peuvent s’attendre à encore plus de périodes de froid intense et de neige, et encore plus de températures extrêmes, selon le professeur en génie civil à l’Université du Manitoba, Ahmed Shalaby.

Nos routes ont été construites il y a 40 ou 50 ans, elles doivent affronter des températures extrêmes qu’elles n’ont jamais vues auparavant et pour lesquelles elles n’ont pas été conçues, explique M. Shalaby.

Tout ceci ajoute de la pression sur les routes et raccourcit la durée de vie d’infrastructure qui approche déjà sa fin de vie utile.

Le printemps a posé problème, mais le pire est à venir cet été, selon Ahmed Shalaby. Les chaleurs extrêmes génèrent de l’expansion dans les routes et les trottoirs.

Quand il manque d’espace pour leurs expansions pendant des canicules, ça génère des bris soudains, explique l’expert. Avec les changements climatiques, ces erreurs se répandront dans le système comme une épidémie.

Changements climatiques

Un rapport de Ressources naturelles Canada (Nouvelle fenêtre) publié en 2016 a évalué les impacts prévus des changements climatiques sur les routes et les infrastructures du pays.

Le rapport recommande notamment de favoriser l’utilisation de matériel perméable afin de limiter le ruissellement, comme de l’enrobé ouvert. Ces méthodes y retirent le granulat, ce qui génère des pores dans la route, permettant à l’eau de circuler vers la surface.

Le rapport recommande également de limiter la construction de chaussées dans des zones susceptibles aux inondations. Il est conseillé d’élargir les ponceaux et de concevoir des systèmes d’évacuation qui mènent l’eau ailleurs que sur les routes, afin de limiter l’érosion.

Une route bien conçue, bien construite et bien maintenue devrait durer à peu près 50 ans, et encore plus longtemps si elle est faite de béton, explique le président du Manitoba Heavy Construction Association, Chris Lorenc.

Ce matériel durable est plus coûteux, cependant. Les rues de Winnipeg sont construites à partir d’asphalte plutôt que du béton, car ce dernier peut coûter deux ou trois fois plus cher.

Nous avons eu deux étés particulièrement chauds, particulièrement longs, et peu humides, suivis d’un hiver avec des quantités incroyables de neige et d’un printemps très humide, explique M. Lorenc.

Peu de ressources

Sur le boulevard Scurfield, en 2018, la route a subi une transformation remarquable.

Sur le boulevard Scurfield, en 2018, la route a subi une transformation remarquable.

Photo : Radio-Canada / Lara Schroeder

En 2018, la Ville de Winnipeg a publié un rapport sur l’état des infrastructures. On y apprenait que l’âge moyen pour les rues était de 48 ans, et que la durée de vie moyenne était de 73 ans.

Un porte-parole de la Ville de Winnipeg affirme que la Ville a mis à jour ses méthodes de conception des routes en fonction des données climatiques afin d’en allonger la durée de vie utile.

Des améliorations ont déjà été apportées à la fondation de matériaux granuleux des trottoirs, selon le porte-parole. D’autres mises à jour sont prévues à l’avenir, assure-t-il.

Malgré le budget annoncé de 165 millions de dollars destiné aux réparations routières, les municipalités sont toujours confrontées à l’effritement des routes et des trottoirs, selon Ahmed Shalaby. Elles ont des ressources limitées, et ce problème persistera.

Selon M. Shalaby, il faut carrément revoir l’entente fiscale entre la Ville et les municipalités.

Chris Lorenc ajoute que le système canadien a été conçu à une époque où les municipalités géraient beaucoup moins d’infrastructures qu’elles ne le font aujourd’hui.

C’est un problème qui a pris entre 20 et 30 ans avant de se manifester. Et ça va probablement prendre 20 à 25 ans de réparations. Et sans planification adéquate, c’est l’échec assuré.

Avec les informations de Cameron MacLean, Emily Brass et Pat Kaniuga

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