•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Campements : Toronto avait planifié son opération de démantèlement des mois à l’avance

Des affrontements entre la police et des manifestants.

La police de Toronto a arrêté 26 personnes lors du démantèlement des camps de fortune situés près du stade Lamport.

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

La Presse canadienne

La Ville de Toronto a passé des mois à élaborer des plans pour démanteler les campements de fortune de sans-abri, l’été dernier. La métropole ontarienne avait constitué des dossiers sur ceux qui y vivaient, impliquant des centaines de travailleurs municipaux dans le processus, selon des documents obtenus par des militants par le biais la Loi sur l’accès à l’information.

Les documents de la Ville ont été partagés transmis à La Presse canadienne. Ils révèlent l’ampleur de l’effort de démantèlement du campement de fortune situé au parc Trinity Bellwoods, en juin 2021. Plusieurs arrestations ont eu lieu ce jour-là, avec de la violence.

Des campements de sans-abri ont commencé à apparaître au centre-ville de Toronto en mars 2020, alors que des centaines de personnes itinérantes avaient peur de contracter la COVID-19 dans des refuges surpeuplés. Certains se sentaient alors plus en sécurité à l’extérieur, sous une tente.

À la fin de l’année 2020, il y avait ainsi plus de 50 campements à Toronto, selon les documents. La Ville a finalement gagné une bataille judiciaire pour confirmer un règlement interdisant les campements dans les parcs publics.

Dès décembre 2020, des documents indiquent que la Ville négociait avec les habitants des campements et les militants qui venaient en aide aux résidents, dans l’espoir de former une table de discussion. C’est Chris Brillinger, directeur exécutif de Family Services Toronto, qui a agi comme médiateur bénévole entre les deux parties et qui a écrit au personnel de la Ville le 29 décembre 2020.

Vous avez besoin d'un facilitateur/médiateur à temps plein pour une réunion de deux à trois périodes d'un mois pour faire avancer les choses. La communauté a besoin d’aide pour s'organiser. Elle est composée en grande partie de personnel de première ligne et des volontaires qui sont épuisés, physiquement et émotionnellement, écrivait-il.

Tracey Cook, directrice adjointe de la ville, a répondu dans un délai d'une heure. Il y a certainement une chose que je vois immédiatement que nous avons tous en commun. Le personnel de la ville est également épuisé émotionnellement et physiquement.

Début janvier 2021, les bureaucrates ont commencé à formuler des plans pour démanteler les quatre plus grands campements. Le 7 janvier 2021, la cheffe de cabinet du maire John Tory a envoyé un courriel à Mme Cook, disant qu'elle et sa collègue espéraient vous rencontrer dans les deux prochaines semaines pour discuter des campements et, plus précisément, notre programme pour le printemps.

Le 22 janvier, Mme Cook a envoyé un courriel au bureau du maire et au directeur municipal une présentation PowerPoint intitulée Travail sur les campements – Prochaines étapes.

Une dizaine de personnes se tiennent par les bras autour de l'abri.

Des militants pour les sans-abri ont formé une chaîne humaine autour de l'un des abris de fortune.

Photo : CBC/Linda Ward

Il est noté que la Ville prévoyait travailler avec les résidents des campements et les militants qui les soutenaient, tout en prévoyant en parallèle de les démanteler en avril.

Nous sommes tous préoccupés par les campements et avons identifié les parcs prioritaires en fonction du risque et de l’impact. Nous devons élaborer un plan et un calendrier sur la façon dont nous allons passer à l’action dans ces parcs, est-il écrit dans la présentation.

Les pourparlers entre la Ville et les défenseurs des sans-abri ont échoué en février, lorsque la ville a annoncé qu'elle avait déposé une injonction contre Khaleel Seivwright, un charpentier fabriquant de petits abris pour les sans-abri.

Les défenseurs se sont sentis trahis, selon les courriels. Pendant ce temps, le plan de démantèlement des campements se mettait peu à peu en place. Les documents de la Ville montrent que le personnel prévoyait afficher des avis d'intrusion aux campements qui seraient exécutés dans les 72 heures.

Des tentes installées à l'extérieur, près d'un arbre, sous un ciel gris

De nombreux habitants du campement au parc Alexandra sont propriétaires des tubes verts du réseau Encampment Support Network.

Photo : Radio-Canada / Mugoli Samba

Profilage des résidents

La Ville disposait également d'informations sur chaque campement résidant dans un document confidentiel intitulé Trinity Bellwoods Analysis. Un résident du campement a ainsi été jugé le plus susceptible de causer des problèmes et dégénérer, notamment parce qu'il prenait de la place dans le campement avec son installation artistique.

Un autre résident a été décrit comme étant de nature non conflictuelle et partira probablement quand on le lui dira, tandis que le dossier indiquait qu'une autre personne ne répondra pas bien si elle ne se sent pas pressée, mais quittera le site si on le lui dit en temps opportun.

Plusieurs autres ont été considérés comme violents, selon les notes de la Ville, qui indiquaient également qu'ils pouvaient représenter un risque pour le personnel municipal.

D’autres notes sur les différents résidents du campement de Trinity Bellwood sont inscrites dans ce dossier. Dans un communiqué cette semaine, le porte-parole de la Ville, Brad Ross, déclare plutôt que Toronto gardait des dossiers documentés de ces résidents afin de s’assurer qu’ils aient les services appropriés qui répondent à leurs besoins uniques et un accès à des espaces intérieurs.

La Ville a également compilé des cartes aériennes de toutes les tentes du parc, chacune identifiée par un numéro et lié à un résident.

Arrestations musclées

A.J. Withers, cofondateur de FactCheckToronto.ca, qui a fait suivre les documents à La Presse canadienne, a déclaré que les fichiers indiquent que la métropole ontarienne n’avait pas été de bonne foi avec les personnes des campements. Les expulsions massives que la Ville a planifiées à Trinity Bellwoods étaient vouées à l’échec. Ce programme de surveillance massive des résidents du parc montre très clairement qu’ils savaient que les gens réagiraient mal s’ils étaient pressés. Ils ont mis en place une poudrière, et sans surprise ça a explosé.

La Ville a finalement démantelé le campement du parc Trinity Bellwoods en juin, quelques semaines après l’échec d’une opération similaire au parc Lamport Stadium, où une grande foule s’est présentée pour soutenir les résidents du campement.

Trois officiers de police tiennent les membres d'un homme pour l'appréhender.

Un manifestant appréhendé par les forces de police pendant le démantèlement du campement, mardi.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Le 22 juin 2021, le personnel municipal s’est présenté tôt le matin au parc, avec plus de 100 gardes de sécurité, et des clôtures ont été placées pour encercler les zones de campement. Les résidents, dont de nombreux vivaient avec des problèmes de santé mentale et de toxicomanie, ont eu deux heures pour faire leurs bagages et accepter l’offre d’un hôtel ou quitter les lieux.

Plusieurs affrontements ont éclaté entre les policiers et les sans-abri ainsi que les militants venus apporter leur soutien. L’escouade antiémeute a été dépêchée sur place.

Brad Ross assure que la réponse de la Ville tient compte de la santé et du bien-être de ceux qui vivent à l’extérieur et plus largement, des besoins de la communauté, tout en rappelant que vivre dans un campement dans un parc est malsain et illégal.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !