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Élections : les chefs de partis ontariens ne maîtrisent pas le français

Le drapeau franco-ontarien.

Bien que l'Ontario compte 600 000 francophones, les chefs des principaux partis politiques ne peuvent dire que quelques mots de français.

Photo : Radio-Canada

La Presse canadienne

Un petit « bonjour » de circonstance ici, un laborieux « bienvenu » là. Pour la première fois depuis plusieurs campagnes électorales, aucun des chefs politiques ontariens ne maîtrise véritablement le français.

Les deux chefs libéraux précédents, Kathleen Wynne et Dalton McGuinty, parlaient couramment la langue de Molière. Ils pouvaient communiquer directement avec les Franco-Ontariens.

Le chef libéral Steven Del Duca remonte ses lunettes en écoutant la question d'un journaliste.

Le chef libéral Steven Del Duca

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

C'est plus laborieux pour l'actuel patron des libéraux. Steven Del Duca apprend le français de façon intermittente depuis 2013, dit le parti. Toutefois, il n'ose pas encore dire quelques mots dans ses discours préparés.

Comme n'importe qui n'ayant pas grandi dans la langue, parler un français fluide est un projet à long terme pour lui, souligne la porte-parole libérale, Andrea Ernesaks.

Doug Ford au podium en point de presse.

Le premier ministre sortant et chef progressiste-conservateur, Doug Ford

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Le chef progressiste-conservateur Doug Ford avait dit l'an dernier qu'il avait cessé de suivre des cours de français à cause de la pandémie. Il les aurait repris. Il dit avoir appris de temps à temps quelques phrases de sa ministre déléguée aux Affaires francophones, Caroline Mulroney.

La cheffe du NPD, Andrea Horwath, a déjà suivi des cours de français, mais ce n'est actuellement pas le cas.

Andrea Horwath parle au micro lors d'un rassemblement électoral.

La cheffe du NPD, Andrea Horwath

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Le chef du Parti vert, Mike Schreiner, suit des cours avec un professeur particulier, a indiqué un porte-parole.

Selon Statistique Canada, plus de 600 000 francophones vivent en Ontario. Il est plus difficile d'établir des liens avec eux si on ne parle pas leur langue, dit Geneviève Tellier, professeure de sciences politiques à l'Université d'Ottawa.

Mike Schreiner, le chef du Parti vert de l'Ontario.

Le chef du Parti vert de l'Ontario, Mike Schreiner

Photo : Radio-Canada

La bonne nouvelle pour les chefs, c'est que, comme aucun d'entre eux ne parle le français, aucun ne détient un avantage sur les autres, ajoute-t-elle.

Toutefois, le président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO), Carol Jolin, voit des signes positifs sur la scène politique ontarienne. De plus en plus de candidats à la députation semblent bilingues. Son équipe a rencontré un groupe de candidats conservateurs et seulement l'un d'entre eux ne comprenait pas le français. Au cours d'une autre rencontre avec 11 néo-démocrates, 9 pouvaient avoir une conversation en français.

Les choses sont en train de changer. Je suis les activités de l'Assemblée législative depuis 10 ans et je vois un changement, un changement positif, déclare M. Jolin.

Des enjeux plus importants

Selon lui, le fait que les chefs ne parlent pas le français n'influencera pas les électeurs autant que des enjeux comme l'accès aux soins de santé ou de longue durée en français.

Plusieurs francophones ont du mal à trouver un médecin de famille. Il existe une grande disparité régionale pour l'accès aux soins de santé, dit M. Jolin.

Carol Jolin s'adresse aux médias derrière un micro.

Carol Jolin, président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, croit qu'il y a néanmoins des signes encourageants.

Photo : Radio-Canada

L'accès à des soins de longue durée est aussi un problème. Il rappelle que 5,5 % des aînés de la province sont des francophones. Or, moins de 2 % des établissements sont assujettis à la Loi sur les services en français.

L'AFO souhaite agrandir l'espace francophone en Ontario. À l'heure actuelle, environ 80 % des francophones vivent dans les 27 régions désignées où le gouvernement doit fournir des services dans les deux langues. Cela signifie qu'un francophone sur cinq ne reçoit pas de services dans sa langue.

La commissaire aux services en français de l'Ontario Kelly Burke rappelle que l'accès aux soins de santé demeure toujours l'un des grands dossiers dont elle doit s'occuper. Une autre source d'inquiétude est le manque de main-d'oeuvre.

Kelly Burke, commissaire aux services en français de l’Ontario.

Kelly Burke, commissaire aux services en français de l’Ontario

Photo : Radio-Canada / JULIA KOZAK

La population francophone veut en savoir plus sur ce sujet. Elle veut savoir comment nous formons la force de travail francophone pour l'avenir, lance-t-elle.

Préserver l'éducation postsecondaire en français est aussi un enjeu important pour résoudre les défis de l'emploi, mentionne M. Jolin.

Nous savons que, si nos jeunes étudient à l'université en anglais, s'ils suivent les programmes en anglais, s'ils font leur stage en anglais et s'ils travaillent en anglais, pis encore pour la communauté de Sudbury, ils ne reviennent pas au français, déplore-t-il.

Il y a une grande communauté francophone dans la région de Sudbury. Il faut que ces diplômés puissent y donner des services en français. Malheureusement, ce ne sera pas le cas, du moins au cours des prochaines années.

Le Nord, particulièrement Sudbury, et l'Est de l'Ontario sont deux régions qui devront être dans la mire des partis politiques pour rejoindre l'électorat francophone, dit la professeure Tellier.

La circonscription de Glengarry-Prescott-Russell sera à surveiller. Elle avait élu une députée conservatrice, Amanda Simard, aux dernières élections, mais celle-ci a quitté le caucus conservateur et s'est jointe aux libéraux après que le gouvernement eut réduit les services aux francophones.

Amanda Simard accorde une entrevue télévisée à partir d'une salle de nouvelles de Radio-Canada.

La députée provinciale de Glengarry-Prescott-Russell, Amanda Simard

Photo : Radio-Canada

Le parti conservateur a beaucoup à faire pour rétablir la confiance des francophones, avance Geneviève Tellier. La communauté craint de nouvelles coupes.

Dans le budget présenté jeudi, les progressistes-conservateurs promettent d'investir 300 000 $ à compter de cette année pour soutenir l'élaboration de cours et de matériel pédagogique en français. Selon eux, cela contribuera à rendre les services plus accessibles aux résidents francophones des établissements de soins de longue durée, ainsi qu'à leurs familles. Ils se sont aussi engagés à faire la promotion de la main-d'oeuvre francophone en Ontario et à stimuler la création d'emplois.

Dans son programme, le NPD promet de rétablir l'indépendance du Commissariat aux services en français et de donner à l'organisme le pouvoir d'évaluer les services gouvernementaux en fonction de la Loi sur les services en français. Il compte aussi élargir l'accès aux soins de santé aux francophones et investir pour garantir l'établissement d'une université pour et par les francophones à Sudbury.

Les libéraux veulent accroître l'accès équitable aux programmes d'immersion en français, investir dans de nouvelles écoles, recruter et former plus d'enseignants francophones et augmenter le nombre d'éducateurs francophones.

Les verts, dont le site Internet n'est qu'en anglais, ont promis de recruter plus d'enseignants francophones, de collaborer avec les conseils scolaires francophones et d'améliorer la disponibilité des soins en santé mentale pour les francophones.

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