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À quand les changements pour les Noirs au Yukon?

Antoinette GreenOliph pose fièrement dans sa cuisine.

La restauratrice Antoinette GreenOliph constate peu de changements depuis les manifestations de 2020, mais espère donner un nouveau souffle à la création d'une communauté noire.

Photo : Radio-Canada / Vincent Bonnay

Assise à l'unique table de son nouveau restaurant, une table d’hôte de huit places qu’elle a aménagée chez elle, Antoinette GreenOliph est remplie d'espoir. La restauratrice yukonnaise de renom espère, par ce nouveau projet, faciliter les rassemblements et créer une communauté noire qui pourrait ensuite faire avancer la cause.

Les réservations vont bon train pour le restaurant qui vise à offrir à tous les Yukonnais l'accès à une fine gastronomie, mais quand il y aura des ouvertures à l'horaire, la chef imagine aussi y accueillir des rassemblements plus informels pour permettre un échange interculturel.

En tout, 265 personnes noires habitent au Yukon, selon les données du recensement de 2016. Il s'agit du plus petit nombre des provinces et territoires. Le groupe démographique a toutefois des origines culturelles très variées, ce qui représente un défi quand vient le temps de regrouper tout le monde.

« Il n’y a pas de communauté, c’est ce que j’espère pouvoir commencer avec ces rassemblements. Réunir toutes ces différentes cultures, cultures noires, et tenter de créer une uniformité, une unité. »

— Une citation de  Antoinette GreenOliph

Les activités ou les rassemblements pour les membres de la communauté noire se font rares dans la capitale yukonnaise et pourtant, la ville n’est pas épargnée par le racisme, selon la restauratrice.

Encore récemment, en allant chercher une pizza, Mme GreenOliph a dû interpeller le garçon de la caisse qui avait servi l’homme blanc derrière elle en premier. Un deuxième incident semblable lui est arrivé la même semaine.

C’est tellement démoralisant que ce genre de choses continuent à arriver. Je deviens de plus en plus découragée. Je me demande parfois si ça vaut la peine de passer à travers tout ça, de se mettre en avant continuellement pour interpeller les gens, se désole-t-elle.

Le poids de la cause

Yukonnais depuis une trentaine d’années, Paul Gowdie est, lui aussi, las de parler des mêmes enjeux sans voir de changements. Le Mois de l’histoire des Noirs en février, par exemple, a perdu sa signification, selon lui.

C’est décourageant d’essayer de rester à l’avant-plan [de la cause]. Je ne suis d’aucune façon un militant. Il est difficile de rester positif [...] Comment se départir du poids de la cause quand le reste de la population ne semble pas s'en préoccuper?

Paul Gowdie sourit à la caméra, dehors, en hiver.

Paul Gowdie habite au Yukon depuis 1997 et siège sur le conseil d'administration de la société Hidden Histories.

Photo : Hidden Histories Society Yukon

C’est que deux ans après les grandes manifestations pour le mouvement Black Lives Matter (La vie des Noirs compte), force est de constater que peu de changements ont été apportés à la place des Noirs dans la société, selon Paul Gowdie et Antoinette GreenOliph, qui déplorent l’état actuel des lieux.

« Il y a de la frustration, il y a de la déception et puis la douleur pure et dure [lorsque nous réalisions] que nous semblons représenter un sujet à la mode, et [que] quand la mode est passée, nous sommes oubliés, mais nous sommes ici, nous sommes toujours là! »

— Une citation de  Antoinette GreenOliph

Appel aux tribunaux pour le changement

Parmi les changements tant attendus figurent un meilleur accès aux emplois de la fonction publique ou du secteur privé. Après mai 2020, il y a eu de nombreuses promesses d’actions et je ne suis pas certain de ce qui a été fait. Il est peut-être temps de faire un bilan, affirme Paul Gowdie.

Au Yukon, le gouvernement territorial admet, par courriel, n’avoir aucune mesure spécifique d’embauche ou de rétention d’employés noirs, mais fait valoir que le plan d’action pour les membres LGBTQ2S+ permet de s’assurer que les facteurs identitaires, y compris l’ethnicité, sont pris en compte dans les processus décisionnels.

Nicholas Marcus Thompson sourit à la caméra.

Nicholas Marcus Thompson organise un recours collectif regroupant plus de 1300 fonctionnaires noirs alléguant être victimes de racisme systémique au sein de la fonction publique fédérale.

Photo : Jennelle Creft

Au niveau fédéral, les actions ne satisfont pas l’organisateur d’un recours collectif en attente de certification qui regroupe, pour l'instant, plus de 1300 employés ou ex-employés de la fonction publique fédérale. Nicholas Marcus Thompson soutient qu’il y existe de la discrimination systématique au gouvernement fédéral depuis les années 1970.

« Quand on a vu le premier ministre Justin Trudeau [en 2020] manifester et déclarer que le racisme envers les Noirs est réel [...] nous croyions que le changement arrivait, [qu'il y aurait] des changements dans la façon avec laquelle les Noirs sont traités au pays [...] dans tous les secteurs, mais cela n’est pas arrivé. »

— Une citation de  Nicholas Marcus Thompson

Le groupe demandait un fonds de soutien psychologique spécifique pour les Noirs de 100 millions de dollars, mais le plus récent budget fédéral prévoit plutôt 3,7 millions de dollars.

Le bureau du député fédéral du Yukon, Brendan Hanley, fait valoir par courriel qu’une enveloppe de 200 millions de dollars est prévue pour la création d’un Fonds de dotation philanthropique et 265 millions de dollars sur quatre ans doivent être consacrés à la création d’un Programme pour l'entrepreneuriat des communautés noires, en plus d’autres mesures ciblées.

Brendan Hanley souligne, en entrevue, que ces montants sont accessibles à tous les organismes qui œuvrent auprès de la communauté noire.

Des mesures uniques

Nicholas Marcus Thompson est d’avis que l’approche du gouvernement fédéral pour réparer les torts commis envers les Noirs au pays aura des répercussions sur le reste de la société. Le gouvernement fédéral établit les standards pour le reste du pays, note-t-il.

Paul Gowdie croit, pour sa part, que l’approche du Yukon envers les Premières Nations, comme la stratégie d’embauche, fait quelque peu ombrage à la cause des Noirs, même si le processus de réconciliation est important. Je ne crois pas que ce soit le seul enjeu ou le seul groupe culturel pour lequel il faut mettre des efforts.

Antoinette GreenOliph coupe un morceau de légume.

Antoinette GreenOliph admet que certains organismes ont fait des efforts pour mieux représenter la diversité.

Photo : Radio-Canada / Vincent Bonnay

Antoinette GreenOliph croit que certaines améliorations ont été apportées, notant qu’elle est elle-même présidente d'un organisme d’espace collaboratif de travail. La Ville de Whitehorse compte par ailleurs des représentants des minorités au sein des élus. Mais on dirait que ce ne sont que de petites poches de changement, regrette-t-elle.

« La représentation est importante dans une communauté. Pouvoir se reconnaître dans cette communauté. [...] Voir une personne noire à la montagne ou jouer au hockey [par exemple] donne un sens d’appartenance. »

— Une citation de  Paul Gowdie

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