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Analyse

Du béton et des votes

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Le premier ministre Doug Ford a visité des travailleurs sur le chantier de construction du projet de métro de Scarborough au lendemain du dépôt de son budget.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

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Quinze milliards de dollars. C’est le « trou » que les progressistes-conservateurs disaient avoir hérité de Kathleen Wynne à leur arrivée au pouvoir. L’équipe Ford a été élue sans plateforme chiffrée en 2018, mais avec la promesse de mettre un frein au « gravy train » libéral.

Quatre ans et une pandémie plus tard, Doug Ford veut faire gonfler ce trou à 20 milliards.

C’est d’ailleurs l’objectif premier de son budget, déposé à quelques jours du lancement de la campagne : dépenser plus pour préparer le chemin, littéralement et figurativement, pour sa réélection.

Maintenant qu’il a apprivoisé son rôle de premier ministre, Doug Ford ne semble plus aussi préoccupé par la responsabilité fiscale. Il a même modifié sa propre Loi sur la viabilité, la transparence et la responsabilité financières afin de pouvoir reporter le dépôt du budget à l’approche des élections.

Casque et bottes à cap d’acier à l’appui, le chef des PC est désormais bâtisseur d’autoroutes, d’hôpitaux et de lignes de métro.

Les régions qui sont dans la ligne de mire de son équipe de réélection sont inondées d’investissements.

Les autres – principalement l'Est ontarien, fief libéral où vivent la majorité des Franco-Ontariens – sont complètement oubliées (les néo-démocrates, soit dit en passant, accordent aussi peu d’importance à cette région dans leur plateforme).

Comme l’a souligné la politologue Geneviève Tellier sur Twitter, les automobilistes sont les grands gagnants de ce budget; principalement ceux du 905, la banlieue de Toronto.

Doug Ford leur accorde même la page couverture de son budget.

Il leur déroule le tapis rouge : élargissement de l’autoroute 401; construction de deux nouvelles autoroutes, au nord et à l’ouest de la ville; fin des péages sur les autoroutes 412 et 418 à l’est, dans la région de Durham; réduction de la taxe sur l’essence; etc.

C’est sans compter le remboursement des frais de vignettes, un chèque de plusieurs centaines de dollars qui est déjà arrivé dans les poches des automobilistes (la version Ford des 500 $ de François Legault).

Les régions de Windsor et du Nord de l’Ontario, où se trouvent des circonscriptions que Doug Ford souhaite ravir aux néo-démocrates, sont aussi bien servies. Le budget promet des investissements majeurs pour relancer des industries qui les font vivre; les secteurs automobile et minier, respectivement.

Le nouvel électorat chouchou de M. Ford, les travailleurs, est le public cible des principaux cadeaux, comme la hausse du salaire minimum à 15 $ l’heure et le crédit d’impôt bonifié pour les travailleurs à faible revenu.

Et ça semble déjà porter ses fruits : LiUNA, plus important syndicat de la construction au pays, encourage ses membres ontariens à voter pour Doug Ford. Un coup dur pour Andrea Horwath, la cheffe du NPD, qui n’a plus le monopole des appuis syndicaux.

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Doug Ford célèbre sa victoire lors des élections du 7 juin 2018.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Un pari électoral

Avec ce plan, l’Ontario serait dans le rouge jusqu’en 2027-2028. Doug Ford aurait pu, s’il le voulait, atteindre l’équilibre budgétaire beaucoup plus rapidement; dès 2023-2024, selon une récente analyse de l'organe de surveillance financière de l'Ontario, le BRF.

Le ministre des Finances a raison de dire que la COVID-19 a exposé le besoin criant d’investir dans nos infrastructures de santé et de soins de longue durée. Peu de gens réfuteront cet argument.

Mais Peter Bethlenfalvy, qui critiquait haut et fort les dépenses de Kathleen Wynne lorsqu'il qu’il était à la tête de l'agence de notation canadienne DBRS, s’est-il transformé en enthousiaste dépensier, comme son chef?

La réponse viendra après les élections, si le parti de Doug Ford est réélu et s’il dépose à nouveau cette mouture du budget, sans le modifier.

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