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Analyse

Les grands oubliés du budget « électoraliste » du gouvernement Ford

Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, signant une copie du budget.

Certains dossiers chauds sont relativement absents du dernier budget Ford avant la campagne électorale.

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

Le budget de l’Ontario n’aura finalement jamais été adopté après son dépôt, jeudi, comme le gouvernement de Doug Ford a choisi d’ajourner la session parlementaire, mais il offre tout de même un aperçu détaillé du programme électoral et du cadre financier des progressistes-conservateurs.

Certains bonbons pourraient être annoncés au cours des prochaines semaines. D’ici là, voici certains dossiers qui semblent être négligés dans ce dernier budget avant la campagne électorale.

Francophones

Grâce à la modernisation de la Loi sur les services en français, le gouvernement Ford promet de créer davantage de points de service dans les zones non désignées et préconise l’offre active, mais aucun financement n’y sera alloué dans cet exercice financier.

La province explique que les coûts associés aux changements implantés reviendront aux fournisseurs de services. Il n'y aura pas d'argent supplémentaire des coffres publics pour élargir l'offre actuelle et garantir l'offre active.

La Fédération des gens d'affaires francophones de l'Ontario déplore que la francophonie ne soit que peu présente dans ce nouveau budget.

Si la FGA se réjouit de l’appui renouvelé du gouvernement de l’Ontario à son égard pour soutenir les entreprises francophones et attirer de la main-d’œuvre par le biais de ses services et activités, il est dommage que les enjeux et questions touchant notre communauté franco-ontarienne ne mobilisent pas plus pour ce budget 2022, déclare l'organisme, par voie de communiqué.

Carol Jolin.

Carol Jolin, président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario

Photo : Radio-Canada / Hugo Belanger

Il n’y a pas de nouvelles mesures ciblées pour les francophones, mais on annonce des mesures pour contrer la pénurie de main-d'œuvre, notamment en petite enfance, ce qui est une bonne nouvelle, affirme Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario.

Il se réjouit que le gouvernement se soit engagé à former et recruter du personnel francophone pour faire en sorte qu'il y ait davantage d’offre active pour des services en français.

Dans le cadre de sa stratégie pour les soins de longue durée, les progressistes-conservateurs prévoient investir 300 000 $ cette année pour soutenir la mise sur pied de séances d’information et de matériel pédagogique en français.

Cet investissement contribuera à rendre les services plus accessibles aux résidents francophones des établissements de soins de longue durée, ainsi qu’à leurs familles, peut-on lire dans le document du budget.

Environnement

Contrairement au Québec et à la Colombie-Britannique, le gouvernement Ford n’a toujours pas prévu d’offrir de remises aux acheteurs de véhicules électriques afin de stimuler les ventes et de réduire les émissions carboniques sur nos routes.

Le premier ministre disait en novembre dernier ne pas vouloir subventionner des millionnaires qui s’achètent des voitures à 100 000 $, choisissant plutôt de faire baisser le prix des véhicules électriques en fabriquant des modèles en Ontario.

Le document du budget souligne que la province a attiré des investissements totalisant 12 milliards de dollars pour la fabrication de batteries et l’assemblage de véhicules électriques. Une bonne partie de cette somme provient des constructeurs automobiles et du secteur privé.

La contribution de la province se chiffre à 686 millions de dollars, égalée par le gouvernement fédéral, selon le ministère des Finances de l'Ontario.

Une borne de voiture électrique.

Le gouvernement Ford ne compte pas offrir d'incitatif à l'achat de véhicules zéro émission.

Photo : iStock

Bien que l’enveloppe consacrée au ministère de l’Environnement augmente légèrement, le plan vert du gouvernement Ford prend très peu de place dans ce budget. On n’y mentionne qu’à deux reprises les changements climatiques.

Les progressistes-conservateurs promettent par ailleurs d’aménager un nouveau parc provincial, sans toutefois préciser d’emplacement, ni d’échéancier, ni de coût. Ça ressemble à une mesure à laquelle on a pensé à la dernière minute, affirme en entrevue à Radio-Canada la politologue à l’Université d’Ottawa Geneviève Tellier.

Éducation

Le ministère de l’Éducation avait révélé en septembre dernier un arriéré de 16,8 milliards de dollars en réparations nécessaires dans les écoles de la province. Les besoins sont criants et ces retards pèsent lourd sur les élèves et le personnel, déploraient les syndicats d’enseignants plus tôt cette semaine.

Or, le budget ontarien prévoit injecter 14 milliards au cours des 10 prochaines années non seulement pour les projets de rénovation, mais aussi pour l’aménagement de places en garderie.

« Les investissements nécessaires et adéquats pour appuyer le bien-être et la réussite des élèves ainsi que les travailleuses et les travailleurs en éducation ne semblent pas être une priorité pour ce gouvernement. »

— Une citation de  Anne Vinet-Roy, présidente, Association des enseignants franco-ontariens

Nous sommes donc bien loin d’un investissement historique comme on l’aura entendu, renchérit-elle.

La province refuse toujours par ailleurs de réduire la taille des classes, une autre demande répétée des syndicats.

Un panneau d'affichage avec le logo de l'Université Laurentienne

L'Université Laurentienne a enfreint la Loi sur les services en français durant son processus de restructuration financière, conclut l'ombudsman de l'Ontario, dans son rapport présenté le mois dernier.

Photo : Radio-Canada / Yvon Theriault

Le gouvernement Ford n’a pas non plus prévu de bouée de sauvetage pour l’enseignement postsecondaire en français dans le Nord de l’Ontario, notamment avec les problèmes financiers de l’Université Laurentienne, à Sudbury.

Le ministère des Finances confirme également qu’il n’y a pas de changement prévu à la structure du financement des établissements universitaires et collégiaux.

L’est ontarien

Si les autres régions de l’Ontario peuvent profiter d’une panoplie de cadeaux dans ce dernier budget, l’est de la province semble être complètement oublié, constate Mme Tellier.

Dans l’enveloppe des infrastructures, le gouvernement Ford prévoit, par exemple, l’élargissement de la route 17 à quatre voies entre Arnprior et Renfrew, à l’ouest d’Ottawa, et la réfection de cinq ponts dans la capitale fédérale sur l’autoroute 417, entre le chemin Walkley et la route régionale 174.

Ces annonces ne sont toutefois pas nouvelles : la ministre des Transports, Caroline Mulroney, en avait fait l’annonce la semaine dernière, en présentant son plan pour améliorer le transport dans l’est ontarien.

Le train passe à toute vitesse sur les rails.

Le train léger d'Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

Le maire d’Ottawa Jim Watson espérait davantage de financement notamment pour la troisième phase du train léger de la capitale et pour construire de nouveaux logements.

La politologue rappelle que la région est souvent une forteresse des libéraux aux élections provinciales, ce qui pourrait expliquer pourquoi elle est relativement absente du budget conservateur et de la plateforme néo-démocrate, présentée lundi.

Les conservateurs fiscaux

La base conservatrice, qui espérait une réduction plus rapide des déficits, exprime déjà sa déception haut et fort.

Jim Karahalios, le chef du Nouveau Parti bleu de l’Ontario, un parti qui se présente comme une alternative aux progressistes-conservateurs, souligne que les Ontariens n’ont pas eu droit à l’allègement fiscal qui leur avait été promis. Doug Ford s’était engagé en 2018 à accorder une baisse d’impôts de 20 % aux contribuables de la classe moyenne.

Ce budget de l’Ontario poursuit les dépenses insouciantes du précédent gouvernement de Wynne et McGuinty, affirme M. Karahalios. Les progressistes-conservateurs essaient de cacher le fait qu’ils ont rompu toutes leurs promesses fiscales, y compris celle de réduire les tarifs d’électricité.

Le ministre ontarien des Finances, Peter Bethlenfalvy, en point de presse avant le dépôt du budget 2022.

Le ministre ontarien des Finances, Peter Bethlenfalvy

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Le ministre des Finances Peter Bethlenfalvy promet de sortir l’Ontario du rouge d’ici 2028, soit deux ans plus tôt que prévu. Mais même le Bureau de la responsabilité financière estimait que la province était sur la bonne voie pour équilibrer son budget d’ici l’an prochain.

L’analyste Geneviève Tellier affirme que les progressistes-conservateurs de Doug Ford se sont piégés parce qu’ils ont un budget électoraliste qui ne va pas plaire à leur base ni au milieu des affaires, aux prises avec l’inflation et de graves pénuries de main-d'œuvre.

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