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Pour le patron des cinémas américains, l’avenir de Netflix est dans les salles obscures

Un immeuble avec le logo de Netflix vu en contre-plongée sur un ciel bleu.

Le siège social de Netflix sur le boulevard Sunset, à Los Angeles

Photo : Radio-Canada / Mathieu Dion

Agence France-Presse

« Les portes des cinémas sont ouvertes aux films Netflix depuis des années », a assuré John Fithian, le patron de la National Association of Theatre Owners (NATO), l'association nationale des propriétaires de salles de cinéma aux États-Unis.

Celui qui organise aussi le festival CinemaCon de Las Vegas, qui se déroule actuellement, ne cesse de répéter que, contrairement à ce que veulent bien dire les oiseaux de mauvais augure du secteur, le géant de la diffusion en continu ne va pas provoquer la disparition des salles de cinéma, des films sur grand écran et du maïs soufflé.

Maintenant que le milieu commence à reprendre le dessus à la suite des coups infligés par la pandémie et que Netflix vient d'enregistrer une première réduction de ses abonnements en plus de 10 ans, les cinémas pourraient même aider la plateforme à s'adapter à un avenir des plus incertains, selon M. Fithian.

Sortir les films au cinéma d’abord, une avenue envisageable?

John Fithian dit avoir eu de nombreuses discussions avec Ted Sarandos, responsable des contenus de Netflix, pour l'exhorter à essayer de voir s'ils ne pouvaient pas également bien s'en tirer dans les cinémas.

Je ne me préoccupe pas du cours de l'action dans un sens ou un autre. Je regarde juste les statistiques... Même si vous faites de la diffusion en continu, vous pouvez gagner plus d'argent si vous sortez vos meilleurs films d'abord dans les cinémas, mentionne-t-il.

Sortir des films sur grand écran avant de les rendre accessibles aux personnes abonnées au service? L'idée semble à l'opposé du modèle économique choisi par Netflix, que les grands studios comme Disney ou Warner ont frénétiquement tenté d'émuler ces dernières années en lançant leurs propres plateformes de diffusion en continu.

Après avoir loué des DVD par voie postale, Netflix avait révolutionné le marché du divertissement en embauchant à coups de milliards les vedettes et les talents d'Hollywood pour produire films et séries à regarder à domicile.

Mais la perte nette de 200 000 abonnements au premier trimestre annoncée la semaine dernière a affolé Wall Street, où l'action de Netflix a chuté de 30 %.

La plateforme, qui anticipe une dégringolade de deux millions d'abonnements au deuxième trimestre, a déjà annoncé la mise en place de nouvelles stratégies pour enrayer le phénomène, dont des solutions inenvisageables jusqu'alors, comme des abonnements moins chers, mais avec des publicités.

Une pratique morte, selon John Fithian

Dans ce contexte, la sortie de films Netflix au cinéma avant leur arrivée sur la plateforme ne paraîtrait plus si saugrenue, selon John Fithian. Ce dernier a affirmé cette semaine que la mode consistant à mettre les films simultanément au cinéma et sur les plateformes en ligne le même jour, inaugurée durant la pandémie, était morte.

Ce n'est pas sorti de nulle part. J'ai dit ça après avoir consulté beaucoup de nos partenaires des studios, a-t-il précisé à l'Agence France-Presse.

Pour l'instant, la plateforme se contente de diffuser ses films dans un petit nombre de salles afin de satisfaire aux règles des Oscars et d'autres prix cinématographiques.

Mais John Fithian pense que le modèle de Netflix pourrait évoluer vers une présence accrue dans les cinémas. Nous l'espérons, souligne le président de l'organisation, qui dit représenter quelque 35 000 écrans aux États-Unis.

Une sortie en salle permet à un film de mieux se faire remarquer tandis que les studios qui vont directement à la diffusion en continu se perdent, plaide-t-il.

Retour vers une fenêtre d’exclusivité pour les cinémas

L'humeur des propriétaires de cinémas présents à Las Vegas est sensiblement meilleure qu'au précédent CinemaCon, qui s'est tenu en août 2021, lorsque le dernier variant de la COVID-19 effrayait le public et que les studios court-circuitaient les salles pour sortir leurs films directement sur les plateformes de diffusion en continu.

De grands studios américains ont récemment annoncé qu'ils renouaient avec une fenêtre d'exclusivité pour les films au cinéma, même s'ils ont ramené cette période à 45 jours contre environ 90 avant la pandémie.

Malgré cette embellie et la main tendue à Netflix, les cinémas ont encore des raisons de s'inquiéter.

Inquiétude des salles de cinéma autour d’Amazon Prime

John Fithian se dit ainsi très inquiet d'un autre géant de la diffusion en continu, Amazon Prime. Selon lui, le modèle économique de cette plateforme n'est pas de gagner de l'argent avec des films, mais plutôt d'attirer la clientèle pour qu'elle y fasse ses courses et passe par son service de livraison. Amazon Prime vient de racheter pour 8,45 milliards de dollars américains les studios MGM, qui produisent notamment les films de James Bond.

Si Amazon Prime veut ainsi soustraire des films aux salles de cinéma pour ne les diffuser qu'à domicile, elle réduit le choix des consommateurs et consommatrices ainsi que la concurrence, déplore John Fithian.

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