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Cuba encadre le bitcoin, la Centrafrique en fait une monnaie légale

Elle est tenue entre un pouce et un index.

Une pièce de monnaie marquée du logo du bitcoin.

Photo : Getty Images / Edward Smith

Radio-Canada

Sept mois après avoir accueilli les paiements en cryptomonnaie sur son territoire, Cuba encadre son utilisation. Dès le 16 mai, les fournisseurs de services numériques qui voudront utiliser cette cryptomonnaie devront obtenir une licence auprès de la Banque centrale du pays.

Cette dernière indique qu’elle examinera la légalité, l'intérêt socio-économique de l'initiative, les caractéristiques du projet, la responsabilité des demandeurs et leur expérience dans l'activité dans l’évaluation d’une demande de licence.

Ces licences seront valables pendant un an et pourront être renouvelées une deuxième année, en raison du caractère expérimental et innovant de ce type d'activités.

L’an dernier, le président Miguel Diaz-Canel avait déclaré que son gouvernement analysait le bénéfice de permettre l'utilisation de cryptomonnaie dans le pays, dont le produit intérieur brut a chuté de 11 % en 2020. Le pays traverse sa pire crise économique en plus de 30 ans, l'inflation ayant atteint 70 % l'an dernier.

Des manifestants à La Havane

Les pénuries qui affligent le pays ont poussé des milliers de Cubains à manifester en juillet dernier.

Photo : Reuters / Alexnadre Meneghini

Si la banque centrale crée un cadre juridique favorable aux cryptomonnaies, c'est parce qu'elle a déjà décidé que cela peut apporter des avantages au pays, estime Pavel Vidal, un ancien économiste de la Banque centrale cubaine qui enseigne à la Pontificia Universidad Javeriana de Colombie.

L’expert doute toutefois que le pays soit en voie d’imiter le Salvador, premier pays à adopter le bitcoin comme monnaie légale en septembre dernier.

Il y voit plutôt une manière pour le gouvernement de contourner l’effet des sanctions américaines en facilitant le transfert de fonds internationaux.

L'embargo commercial imposé par les États-Unis depuis des décennies coupe les Cubains des marchés financiers internationaux et des systèmes de paiements conventionnels. Ainsi, les Cubains ne peuvent pas obtenir de cartes de crédit ou de débit à usage international sur l'île et ont du mal à le faire à l'étranger.

Les cryptomonnaies [peuvent] réduire le coût de ces transactions internationales et générer une option aux opérations en dollars, moins sensibles au régime des sanctions, croit Pavel Vidal.

Selon des chiffres non officiels, environ 10 000 Cubains utiliseraient le bitcoin, faisant de cette cryptomonnaie l’une des plus répandues sur l’île.

Nombre d’entre eux y auraient recours pour transférer de l’argent à leurs proches, chose rendue plus compliquée depuis le durcissement des sanctions américaines en 2020.

C’est dans la foulée de ces sanctions que l’agence de transferts Western Union avait pris la décision de fermer ses 407 bureaux en service sur l’île. Cela privait les Cubains d’un des seuls fournisseurs de transferts de fonds entre les États-Unis et Cuba.

La Centrafrique emboîte le pas au Salvador

Pendant ce temps, la Centrafrique, au deuxième rang des pays les moins développés selon l’ONU, s'aventure fermement dans le terrain des cryptomonnaies. Le pays a promulgué une loi légalisant leur utilisation et faisant du bitcoin une monnaie officielle au côté du franc CFA

La présente loi a pour objet de régir toutes les transactions liées aux cryptomonnaies en République centrafricaine, sans restriction [...] effectuées par les personnes physiques ou morales, publiques ou privées, prescrit le texte de loi qui évoque notamment les activités de commerce en ligne, toutes transactions électroniques ou bien encore les contributions fiscales. La loi prévoit aussi que les échanges en cryptomonnaies ne sont pas soumis à l'impôt.

La volatilité du bitcoin peut donner le vertige. En 2021, les cours avaient flambé de plus de 150 % à un plus haut historique de 68 991 $, avant de s'effondrer de plus de 30 %.

Même si le marché s'est assagi en 2022, les variations restent très fortes : -17 % en février, +8 % en mars et +10 % en avril. Le bitcoin s'échangeait mercredi à plus de 39 000 $.

Le président Faustin Archange Touadéra a précisé que la Centrafrique devenait le premier pays d'Afrique à emboîter le pas au Salvador.

La décision du pays sud-américain d’adopter le bitcoin comme monnaie de référence avait été rapidement condamnée par le Fonds monétaire international en septembre dernier. L’institution estime qu'il s'agit d'un choix dangereux pour la stabilité financière, l'intégrité financière et la protection des consommateurs.

Cette démarche place la République centrafricaine sur la carte des plus courageux et visionnaires pays du monde, pense au contraire la présidence de la Centrafrique, pays en guerre civile depuis 2013.

Certains experts sont toutefois circonspects, y voyant une tentative de déjouer les sanctions imposées à Moscou – alliée politique et militaire du président Touadera – dans la foulée de son invasion de l’Ukraine.

Le président de la Cenfrafrique Faustin Archange Touadéra

Le président de la Cenfrafrique Faustin Archange Touadéra lors du sommet Union européenne-Union africaine, en février dernier

Photo : Reuters / JOHN THYS

Déjà présents depuis 2018, des paramilitaires russes sont venus en renfort aux côtés des soldats centrafricains à la fin 2020 pour repousser une offensive rebelle.

L’ONU, des ONG internationales et la France, l'ancienne puissance coloniale, accusent le gouvernement d’être à la solde de ces mercenaires issues de la compagnie de sécurité privée Wagner, régulièrement dénoncée pour ses exactions. Un des membres du groupe, qui agit comme conseiller à la sécurité du président, est d'ailleurs visé par des sanctions de l'Union européenne.

Le contexte, avec une corruption systémique et un partenaire russe sous sanctions internationales, incite à la suspicion, a dit à l'AFP Thierry Vircoulon, spécialiste de l'Afrique centrale à l'Institut français des relations internationales (IFRI). La recherche de voies de contournement des sanctions financières internationales par la Russie invite à la prudence, a-t-il poursuivi.

Martin Ziguélé, ancien premier ministre aujourd'hui député de l'opposition, a annoncé que la loi, adoptée par acclamation selon la présidence, serait attaquée devant la Cour constitutionnelle par des membres de l'opposition.

Avec des informations de l'Agence France-Presse et Reuters

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