•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L’Europe dénonce le « chantage au gaz » du Kremlin

Le Kremlin rappelle que tous les pays doivent payer leur gaz russe en roubles, une décision prise après les « actes inamicaux » des pays qui ont « volé » les réserves de devises russes.

Des installations énergétiques dans un port.

Le gaz russe représente environ 50 % de la consommation de la Pologne, et près de 90 % des besoins gaziers de la Bulgarie.

Photo : afp via getty images / NIKOLAY DOYCHINOV

Radio-Canada

L’interruption des livraisons de gaz à la Pologne et à la Bulgarie décidée par Gazprom n’est rien d’autre que du « chantage », selon l’Union européenne (UE), l’Ukraine et les deux pays impliqués, une accusation que rejette le Kremlin.

L'annonce de Gazprom est une nouvelle tentative de la Russie de nous faire du chantage au gaz, a déclaré dans un communiqué la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Nous sommes préparés à ce scénario. Nous élaborons notre réponse européenne coordonnée.

« C'est injustifié et inacceptable. Et cela montre une fois de plus le manque de fiabilité de la Russie en tant que fournisseur de gaz. »

— Une citation de  Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne

La Bulgarie et la Pologne sont désormais approvisionnées en gaz par leurs voisins de l'Union européenne, a-t-elle assuré par la suite dans une brève allocution à la presse. Nous ferons en sorte que la décision de Gazprom ait le moins d'effet possible sur les consommateurs européens.

Le géant russe de l'énergie a confirmé plus tôt en matinée avoir complètement cessé ses livraisons de gaz vers les deux pays de l'ancien bloc de l'Est par le gazoduc Yamal, conformément à ce qu'il avait annoncé mardi. L’approvisionnement reprendra dès qu’ils paieront à la Russie son gaz naturel en roubles, a-t-il indiqué.

Le gaz russe représente environ 50 % de la consommation de la Pologne, et près de 90 % des besoins gaziers de la Bulgarie.

Ursula von der Leyen, devant un lutrin

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, en conférence de presse, mercredi, à Bruxelles.

Photo : Getty Images / AFP/OLIVIER HOSLET

Selon Mme von der Leyen, les firmes européennes qui acceptent de payer le gaz russe en roubles violent les sanctions de l'UE et s'exposent à un risque juridique élevé.

« Environ 97 % des contrats [entre des groupes de l'UE et les fournisseurs de gaz russe] prévoient des paiements en euros ou en dollars [...] Les entreprises avec de tels contrats ne doivent pas céder à l'exigence de la Russie, ce serait contrevenir aux sanctions [de l'UE]. »

— Une citation de  Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne

La cheffe de l'exécutif européen n'a pas manqué de souligner que Moscou prend aussi un risque en agissant de la sorte. La mesure prise par la Russie affecte la Russie elle-même. Le Kremlin fait mal à l'économie russe, car ils se privent eux-mêmes de revenus importants, a-t-elle déclaré.

Pour préparer la réplique européenne, une session extraordinaire du Conseil des ministres en charge de l'énergie sera organisée lundi, a annoncé Barbara Pompili, ministre française de la Transition écologique de la France, pays qui assure la présidence du Conseil de l'UE.

Varsovie et Sofia n'entendent pas céder

Les gouvernements polonais et bulgare assurent que la décision de Gazprom aura peu d’impact sur leur population pour l’instant et se disent préparés à obtenir le gaz manquant par d'autres sources. Leur colère n'en est pas moins évidente.

En Pologne, le premier ministre Mateusz Morawiecki a déclaré au Parlement que la suspension de l’approvisionnement en gaz russe constitue une revanche de Moscou pour les sanctions adoptées par son pays à son encontre. Il a reçu une ovation debout lorsqu’il a lancé que ce chantage au gaz n’affecterait pas le pays.

Mateusz Morawiecki, au siège de l'Union européenne.

Le premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, à son arrivée pour un sommet au siège de l'Union européenne, à Bruxelles, le 25 mars.

Photo : La Presse canadienne / AP/Thibault Camus

Nous ferons tout pour imposer à la Russie des pénalités prévues au contrat, parce que ce geste n'est [pas] légal, a-t-il déclaré plus tard en conférence de presse. Le président polonais Andrzej Duda a aussi annoncé des recours juridiques pour rupture de contrat.

La société publique polonaise PGNiG a déjà fait savoir qu'elle comptait suffisamment de réserves de gaz pour approvisionner ses clients pendant plusieurs semaines. Elle prévoyait déjà cesser ses importations de gaz d'ici la fin de l'année, grâce à la mise en service, en octobre, du gazoduc Baltic Pipe, qui lui fournira du gaz norvégien.

Le premier ministre bulgare Kiril Petkov s’est aussi emporté contre Moscou. Nous ne céderons pas à un tel racket, a-t-il déclaré devant la presse, en évoquant un acte unilatéral de chantage […] inacceptable et une grave violation du contrat avec Gazprom.

La Bulgarie va passer désormais en revue l'ensemble de ses contrats avec Gazprom, y compris celui concernant le transit vers des pays tiers, dont la Hongrie, a-t-il ajouté.

Kiril Petkov, appuyé sur un lutrin.

Le premier ministre bulgare, Kiril Petkov, lors d'une allocution au Parlement, le 23 décembre 2021.

Photo : Getty Images / AFP/NIKOLAY DOYCHINOV

Sofia a indiqué qu'elle compte sur la Grèce pour compenser le gaz russe qu'elle ne reçoit plus, et le premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, a assuré à son homologue bulgare qu'il agirait en conséquence, lors d'un appel téléphonique, mercredi.

« Dans la mesure où toutes les obligations commerciales et légales ont été respectées, il est évident qu'en ce moment le gaz naturel est davantage utilisé comme une arme politique et économique dans le contexte de la guerre. »

— Une citation de  Alexander Nikolov, ministre de l'Énergie de la Bulgarie

Le chef de cabinet du président ukrainien Volodymyr Zelensky, Andriy Yermak, a également assimilé l’interruption des livraisons en gaz au commencement du chantage au gaz de l’Europe par la Russie.

Moscou dit répondre au « vol » de devises russes

À Moscou, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a balayé ces accusations du revers de la main. Il ne s'agit pas de chantage, a-t-il assuré, en rappelant que la suspension des livraisons de gaz russe s’explique par la décision des deux pays de ne pas payer leur gaz en roubles, comme l’exige désormais le Kremlin.

« Les conditions qui ont été fixées font partie d'une nouvelle méthode de paiement élaborée après des actes inamicaux sans précédent dans le domaine économique et financier. »

— Une citation de  Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin

Il a fait valoir que la Russie avait dû élaborer un nouveau mode de paiement après le vol d'une partie significative des réserves russes, une référence au gel des réserves de devises étrangères russes détenues à l'étranger.

Le président de la Chambre basse du Parlement russe, Vyacheslav Volodin, a lancé sur son compte Telegram que [la Russie] devrait faire la même chose avec les autres pays qui ne sont pas amicaux avec nous.

Notre dossier Guerre en Ukraine
Avec les informations de Reuters, et Agence France-Presse

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !