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Est-on vraiment protégé pendant 90 jours après une infection à la COVID-19?

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Un homme se frotte l'intérieur de la bouche avec un écouvillon pour un test de COVID-19.

Photo : APF via Getty images / Adrian Dennis

Les autorités sanitaires affirment que les personnes infectées par le SRAS-CoV-2 sont protégées pour 90 jours. Mais des experts avertissent qu’il ne faut pas présumer qu’on est immunisé pendant si longtemps et que les réinfections sont possibles avant trois mois.

Les réinfections ne sont pas un phénomène nouveau, rappelle d’entrée de jeu Catherine Hankins, professeure en santé publique et en santé des populations à l'Université McGill et coprésidente du Groupe de travail sur l’immunité face à la COVID-19. On sait depuis très tôt dans la pandémie que ça existait, mais c’était relativement rare, surtout quand les virus qui réinfectaient étaient semblables.

L’arrivée d’Omicron est toutefois venue augmenter le nombre de réinfections. Selon les dernières données du Royaume-Uni, le risque de réinfection est désormais 10 fois plus élevé que lors des vagues causées par Delta.

Alain Lamarre, professeur-chercheur spécialiste en réponses immunitaires et en virologie à l'Institut national de la recherche scientifique (INRS), précise que la diversité génétique d’Omicron fait en sorte qu’il réussit à échapper plus facilement à l'immunité conférée par une infection ou par la vaccination.

On ne sait pas vraiment si la période de 90 jours tient toujours dans le cas du sous-variant BA.2, qui représente 75 % des cas de COVID-19 au pays. D’ailleurs, le dernier rapport (Nouvelle fenêtre) sur les réinfections de l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ) précise qu’il est trop tôt pour tirer des conclusions. C’est encore un variant assez nouveau et on ne comprend pas tout encore, rappelle M. Lamarre.

De plus, la quantité fulgurante d’infections au cours des derniers mois contribue probablement à augmenter le nombre de réinfections, croit M. Lamarre.

« Plus il y a de cas, plus nos chances d’infection et de réinfection sont grandes. »

— Une citation de  Alain Lamarre, professeur-chercheur spécialiste en réponses immunitaires et en virologie, l'Institut national de la recherche scientifique

Au Royaume-Uni, les dernières données (Nouvelle fenêtre) montrent qu’à la mi-avril, près de 12 % des cas seraient des réinfections. Parmi les 900 000 cas de réinfection documentés au Royaume-Uni depuis le début de la pandémie, un peu plus de 10 000 personnes ont été réinfectées trois fois et seulement 100 l'ont été quatre fois.

La santé publique en France (Nouvelle fenêtre) considère que les réinfections par le SRAS-CoV-2 ne sont pas des événements rares, particulièrement dans un contexte de forte circulation du variant Omicron. Plus de 650 000 cas de réinfection par le SARS-CoV-2 ont été identifiés depuis le 6 décembre 2021 en France. Du 13 au 22 mars, 5,4 % de tous les cas étaient des réinfections.

La France ne comptabilise pas les réinfections survenues dans un délai inférieur à 60 jours, mais indique qu’elles sont rares. Depuis le début de décembre, 8,4 % des réinfections sont survenues entre 60 et 89 jours après la première infection; 5 % entre 90 et 119 jours; 18,6 % entre 120 et 179 jours; 59,9 % entre 180 et 364 jours et 8,1 % de 365 jours ou plus.

Au Québec, le dernier rapport de l’INSPQ (Nouvelle fenêtre) indique qu’on a recensé environ 8800 réinfections entre le 28 novembre 2021 et le 1er janvier 2022, soit environ 5 % des cas détectés pendant cette période. Environ 16 % de ces réinfections sont survenus moins de 150 jours avant la première infection.

Rappelons que le nombre de tests est fortement restreint, ce qui a une influence sur le nombre confirmé d’infections et de réinfections. C’est pour cette même raison que l’INSPQ ne fournit plus de nouvelles données sur les réinfections.

Pourquoi parle-t-on de 90 jours?

Cette durée de 90 jours a été établie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) aux États-Unis. En général, une infection, après 90 jours, on ne la détecte plus, dit M. Lamarre.

Il explique que, dans les 90 premiers jours après une infection, il est difficile de savoir avec certitude si l’infection est bel et bien une réinfection.

Comme l'excrétion du SRAS-CoV-2 peut persister pendant plusieurs semaines, il peut être compliqué de savoir s'il s'agit d'une infection prolongée, d'une réactivation de l'épisode initial ou d'une réinfection, indique d’ailleurs l’INSPQ.

[L’infection] peut varier dans le temps. Le virus peut passer de la gorge et ensuite aller dans les poumons. L’infection peut avoir des vagues ou des phases pendant lesquelles on est plus ou moins symptomatique. C’est difficile de se fier seulement aux symptômes, précise-t-il.

En deçà de trois mois, il faut séquencer l'échantillon pour déterminer s'il s’agit de deux virus différents. La majorité des personnes n’ont toutefois pas accès à ces données. Ainsi, il est souvent difficile de savoir si on a été réinfecté ou pas.

C'est pourquoi la plupart des pays utilisent la période de 90 jours pour définir une réinfection et ne comptabilisent pas les infections qui surviennent moins de trois mois après une première infection.

Donc, la protection après une infection dure-t-elle au moins 90 jours?

Récemment, des chercheurs en Espagne ont découvert le cas d’une patiente qui a été réinfectée en l’espace de 20 jours. Pour l'instant, ce cas semble être une exception, mais comme le montrent les données britanniques et françaises, il est possible d’être réinfecté avant 90 jours.

Donc, une personne est-elle protégée pendant 90 jours après une infection? En fait, la réponse est complexe et il est difficile de dire que toutes les personnes infectées bénéficient d’une protection de 90 jours.

Jane Heffernan, experte en modélisation des maladies de l'Université York qui étudie la réponse immunitaire du vaccin contre COVID-19 grâce à des modèles mathématiques, ajoute qu’il y a de multiples facteurs qui influent sur le degré d’immunité de chaque individu et qui pourraient expliquer pourquoi on voit plus de cas de réinfection.

« Ça dépend de l’âge, des comorbidités, du délai depuis la dernière dose, du type de vaccin, etc. »

— Une citation de  Jane Heffernan, experte en modélisation des maladies, Université York

Par exemple, les personnes âgées sont plus à risque d’être réinfectées, indiquent des données du Royaume-Uni (Nouvelle fenêtre). En fait, le risque de réinfection diminue de 6 % pour chaque tranche d’âge de 10 ans.

Mme Heffernan ajoute que les infections initiales asymptomatiques ou avec peu de symptômes ne fournissent pas une immunité durable.

Selon les CDC et l'INSPQ (Nouvelle fenêtre), les personnes avec une faible charge virale ou asymptomatiques lors de la première infection ont une charge virale élevée lors du second épisode, suggérant qu'une réponse immunitaire plus faible a été développée lors de la première infection.

C’est pourquoi M. Lamarre et Mmes Hankins et Heffernan croient que la population doit être consciente qu’il existe un risque de réinfection, et parfois en deçà de 90 jours.

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Moins de 60 % des Canadiens admissibles à une dose de rappel l'ont reçue.

Photo : CBC / Ben Nelms

Une infection équivaut-elle à une dose?

Non, disent les trois experts. Une infection améliore l’immunité d’une personne, mais elle est souvent de courte durée. Le vaccin demeure la meilleure protection, affirme Mme Hankins.

Les personnes non vaccinées puis infectées ne développent pas une réponse immunitaire suffisante pour prévenir une réinfection, indique une récente étude (Nouvelle fenêtre) du Danemark, qui n’a pas encore été révisée par les pairs.

Selon le gouvernement du Royaume-Uni, les personnes non vaccinées étaient deux fois plus susceptibles d’être réinfectées, comparativement aux personnes ayant reçu deux doses.

Selon une analyse de l’INSPQ (Nouvelle fenêtre) publiée le 21 avril dernier, une première infection, même sans vaccination, réduit le risque d'infection au variant Omicron de 44 % et diminue le risque d'hospitalisation de 81 %. Par contre, la protection conférée par une infection antérieure augmente de manière significative avec chaque dose supplémentaire de vaccin.

Il faut noter que chez les personnes non vaccinées, la protection contre une réinfection diminue rapidement. Elle passe de 66 % après trois mois, puis à moins de 50 % après 6 mois et à moins de 30 % après 12 mois.

En comparaison, chez une personne infectée et vaccinée avec une ou deux doses, la protection contre une réinfection passe de près de 80 % à plus de 60 % après deux mois, puis reste stable jusqu'à 12 mois.

Chez une personne triplement vaccinée, cette protection demeure à 80 % pendant 2 à 5 mois (impossible de dire pour une durée plus longue, puisque la troisième dose n’est pas disponible depuis six mois).

Il faut noter que cette analyse de l’INSPQ n’offre pas de données qui démontrent à quel point une infection avec le BA.1 protège contre une infection par le BA.2.

Chose certaine, les personnes avec une infection et trois doses ont une immunité hybride, dit M. Lamarre, qui ajoute que l'immunité est plus constante avec la vaccination.

« C’est la meilleure forme d'immunité. La vaccination donne une immunité assez homogène d'une personne à l'autre, ce qui n’est pas le cas dans une infection. »

— Une citation de  Alain Lamarre, professeur-chercheur spécialiste en réponses immunitaires et en virologie, l'Institut national de la recherche scientifique

« Le trois mois reste quand même assez bon comme barème, mais il ne faut pas uniquement se fier à une infection pour penser qu'on est à l’abri ad vitam aeternam. Il ne faut pas hésiter à se faire vacciner après son infection, dit Alain Lamarre.

Le Comité sur l’immunisation du Québec (CIQ) recommande que les personnes ayant été infectées reçoivent leur dose de rappel trois mois après l’infection, mais que ces personnes pourraient la recevoir dès la fin de leurs symptômes [...] et lorsque leur période d’isolement sera terminée.

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