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20 ans après la fermeture de la mine, Murdochville résiste et se souvient

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En 1968, ces mineurs prenaient la pose à Murdochville. Ils vivaient alors les années de gloire de la petite localité (archives).

Photo : Musée de la Gaspésie

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Le 27 avril 2002, la fonderie de Murdochville ferme ses portes et l'impensable devient officiel : c'est la fin de la mine qui a fait vivre la ville pendant tant d'années. Vingt ans plus tard, la localité a une nouvelle identité tournée vers le plein air, mais les années de gloire de la ville minière gaspésienne sont loin d'avoir été oubliées pour autant.

Je le dis et je le répète : à Murdochville, on a eu la plus belle enfance de toute la province du Québec, affirme Dany Doiron.

Née en 1960 à Murdochville, à l'aube des années de gloire de la ville minière, Dany Doiron a tout vécu; le mode de vie aisé que procuraient les emplois à la mine et la transformation abrupte de la ville qu'elle a tant aimée.

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Aux débuts de l'exploitation du cuivre, les mineurs vivent dans ce bâtiment surnommé la Crowley, photographié ici en février 1957. C'est là que ce sont rencontrés les parents de Dany Doiron; un mineur et une employée de la Crowley (archives).

Photo : Gracieuseté : Dany Doiron

On a été très gâtés par la mine, admet Dany Doiron.

Centre de ski, aréna, piscine, salle de quilles, camps de vacances, festivals, soirées dansantes et fanfares... les familles de Murdochville ne manquaient de rien dans les années 1960 et 1970.

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« On avait beaucoup d'activités, le festival du cuivre... d'ailleurs, j'ai été une fée! La fée d'argent. Mon Dieu que c'était de belles années! » -Dany Doiron (archives)

Photo : Gracieuseté : Dany Doiron

L'été, des fois j'allais à Cloridorme chez mes grands-parents. Tu sais, t'apprends pas à nager dans le fleuve! Alors quand j'allais là-bas, mes cousins et cousines étaient impressionnés de me voir nager. C'est parce que j'avais la chance d'avoir une piscine à Murdoch', lance-t-elle en riant.

« Quand tu disais que t'habitais à Murdochville, tu étais considéré comme quelqu'un qui vivait bien. Parce que tout le monde travaillait. L'aide sociale ou le chômage, il n'y avait pas ça à Murdochville. »

— Une citation de  Dany Doiron, résidente de Murdochville de 1960 à 1991

La mairesse actuelle, Délisca Ritchie-Roussy, est arrivée à Murdochville en 1972, en plein cœur des années fastes de la localité, pour y travailler comme enseignante.

Il y avait 5262 habitants, c'était écrit à l'entrée de la ville quand je suis arrivée, et 1900 travailleurs à Mines Gaspé. Ça prenait du monde! Les gens de tout autour de la péninsule travaillaient à la mine; les gens de l'Estran, même de Sainte-Anne-des-Monts et de la Baie-des-Chaleurs, se souvient-elle.

Il n'y avait même pas d'endroit pour loger quand je suis arrivée! Je suis restée une couple de jours chez les Ursulines, après ça quelqu'un m'a loué une chambre. C'était l'apogée. On a fait une belle vie et on en fait encore une belle, lance la mairesse.

Le côté sombre de la mine

Employé de la minière Noranda, le père de Dany Doiron fait construire la maison qui deviendra la demeure familiale pendant de nombreuses années. Malheureusement, il n'en profitera pas aussi longtemps qu'il l'aurait espéré.

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Le père de Dany Doiron était parmi les premiers mineurs employés par la minière Noranda dans les années 1950 (archives).

Photo : Gracieuseté : Dany Doiron

Mon père est décédé très jeune, à 40 ans, explique-t-elle. Il était dans les premiers mineurs à la mine et si tu recules en '56, '57, les mineurs n'avaient pas la sécurité d'aujourd'hui. Il travaillait très, très fort et il est décédé très jeune d'un cancer.

S'il est difficile d'établir avec certitude un lien entre sa maladie et son emploi à la mine, un rapport du ministère de l'Environnement du Québec révélait en 2004 que de fortes concentrations de substances cancérigènes ont été détectées dans l'air de Murdochville, provenant des émanations de la fonderie Noranda.

On y apprend notamment qu'entre 1991 et 2001, les taux d'arsenic dans l'air étaient 7500 fois plus élevés que la norme américaine.

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Des mineurs travaillent dans la mine souterraine de Murdochville vers la fin des années 1950 (archives).

Photo : Gracieuseté : Maryse Desjardins

La mairesse ne croit toutefois pas qu'il y ait de lien entre la mine et le nombre de cas, dans sa ville, de certaines maladies comme le cancer.

Présentement, je ne vois pas plus de maladies cancérigènes ici qu'à l'extérieur. J'ai ben de la misère à croire des choses comme ça. À part de ça, ils ont décontaminé tous les terrains, avance Mme Ritchie-Roussy.

Une odeur qui prend à la gorge

C'est d'ailleurs le seul aspect de Murdochville dont Dany Doiron ne s'ennuie pas; la pollution causée par la mine.

« La mine nous payait une peinture de char à chaque année ou à chaque deux ans si on voulait. Parce que nos peintures de char étaient brûlées par l'acide. Pis on respirait ça. »

— Une citation de  Dany Doiron, résidente de Murdochville de 1960 à 1991

S'étant mariée et ayant eu ses enfants à Murdochville, Dany Doiron admet que cette pollution de l'air l'inquiétait beaucoup.

C'était pollué. Des fois, je sortais dehors et l'odeur me prenait à la gorge. Quand mes filles jouaient dehors et que l'odeur arrivait, je les rentrais dans la maison. Ça faisait de la chicane, mais c'était comme ça, affirme-t-elle.

La fermeture de la mine... et de la ville?

En juillet 1982, les Mines Gaspé interrompent l’exploitation de la mine souterraine. La mine à ciel ouvert et l’usine de traitement du minerai ferment à leur tour quelques mois plus tard, en décembre.

En 1987, un incendie provoque l’arrêt abrupt de l’exploitation minière, mais les opérations reprennent en 1989 jusqu'en octobre 1999 où l'exploitation cesse à nouveau, cette fois pour de bon. La fonderie continue d'opérer avec du minerai provenant de l'extérieur, mais en 2002, elle ferme aussi ses portes. C'est réellement la fin.

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Dans les années 1980, les belles années de Murdochville connaissent une fin abrupte. Comme sur cette photo, des immeubles à logement sont démantelés et déménagés vers d'autres municipalités gaspésiennes (archives).

Photo : Gracieuseté : Jacques Poirier

Ça s'est fait en étapes et au fur et à mesure les gens partaient, mais le plus dur ça a été en 2002 lorsque c'était définitif que la mine fermait, se souvient la mairesse. Ça a été plus alarmant et les gens pensaient vraiment s'en aller.

« On est tombés avec une démographie extrêmement faible. Cette partie-là a été très difficile, surtout qu'il y a eu une division entre les gens qui voulaient rester et les gens qui voulaient s'en aller. »

— Une citation de  Délisca Ritchie-Roussy, mairesse de Murdochville

Elle explique que bon nombre de résidents avaient entendu qu'en fermant la ville, ils recevraient une compensation financière de la part du gouvernement ou de la minière. Les gens croyaient véritablement qu'en s'en allant, ils pourraient avoir des sommes substantielles pour leur maison, mais ce n'est pas ce qui est arrivé, précise la mairesse.

Une consultation tenue en juin 2002 révèle que 70 % de la population souhaite la fermeture de la ville.

De son côté, Mme Ritchie-Roussy n'a jamais envisagé l'option de quitter Murdochville. J'étais jeune, j'avais un emploi et je connaissais tout le monde, explique-t-elle.

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Après la fermeture définitive de la mine, Murdochville connaît des jours difficiles. Des maisons sont laissées à l'abandon et certains lui donnent le surnom de ville de fantôme (archives).

Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes

Quand la mine a été fermée, ce qui a été difficile, c'était de voir tous nos amis d'enfance qui partaient, raconte Dany Doiron. Je me souviens, je voyais des roulottes dans le parc des roulottes et je me disais : ''Ah non, pas lui qui s'en va!"

Ce qui était difficile aussi, c'était de voir comment les gens étaient tristes de ça, ajoute celle qui a quitté à son tour la ville en 1991 pour s'établir à Saint-Maxime-du-Mont-Louis, puis dans les Laurentides.

« Quand la mine a fermé, il n'y avait plus rien. Il y avait beaucoup d'insécurité. Sur la 5e rue, tous les magasins fermaient. Tout fermait. C'était vraiment d'une tristesse incroyable. Il n'y avait plus de vie à Murdoch'. »

— Une citation de  Dany Doiron, résidente de Murdochville de 1960 à 1991

Il y a quelques années, après le décès de sa mère, la maison familiale qu'avait fait construire son père a été vendue. Sais-tu à quel prix elle a été vendue? 39 000 dollars, toute meublée. J'en pleurais, confie Dany Doiron.

Tout récemment, elle est passée par sa ville natale et s'est arrêtée devant son ancienne maison sur la 8e rue pour prendre des photos. Les larmes coulaient sur mes joues. J'ai énormément de souvenirs à Murdoch'.

La renaissance, et une possible relance de la mine

Ce qui fâche encore Dany Doiron? Quand je dis que j'ai eu la plus belle enfance du Québec à Murdoch', les gens me disent : ''Hein, c'est pas fermé Murdochville?'' Pis ça, ça me fait de la peine, parce que non c'est pas fermé Murdoch', tranche-t-elle.

Non seulement la ville n'est pas fermée, mais elle fêtera son 70e anniversaire en juillet 2023.

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Depuis quelques années, Murdochville connaît une véritable renaissance grâce à l'industrie du ski hors-piste (archives).

Photo : Page Facebook de l'auberge Chic-chac

Après avoir longtemps été qualifiée de ville fantôme, Murdochville connaît une renaissance depuis quelques années, grâce au ski hors-piste et aux activités de plein air. La localité attire de plus en plus de jeunes qui s'y établissent et y ouvrent des commerces.

Une société minière, Métaux Osisko, est également en train de mener des forages exploratoires en vue d'une relance potentielle de la mine de cuivre. La compagnie doit confirmer son intention d'acheter la mine d'ici le 30 juin.

Cette possibilité a été accueillie de façon plutôt mitigée à Murdochville, mais elle est vue d'un bon œil par la mairesse et par Dany Doiron.

Moi ce que je vois, c'est qu'il va y avoir de nouvelles constructions, de nouvelles maisons à Murdochville. Et que les nouveaux arrivants vont avoir une aussi belle vie que nous on a eu. Ça, je trouverais ça vraiment extraordinaire. Qu'ils puissent grandir et atteindre mon âge et dire : ''Maudit que j'ai eu une belle vie à Murdoch' ", conclut-elle.

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