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Chronique

Le Sacre du printemps festif de Mika

Mika chante, debout sur un piano à queue.

Mika était en concert au Centre Bell le 25 avril 2022.

Photo : Patrick Beaudry/SNAPEPHOTO

L’événement se nomme For the Rite of Spring (Pour le Sacre du printemps) et encore plus que le légendaire ballet classique d’Igor Stravinsky, la tournée de Mika, présentée lundi au Centre Bell, a mené à une jolie pétarade festive.

Le point culminant de ce crescendo pimpant est survenu très précisément à 22 h 31, durant Love Today. Mika, bras écartés, courant à toutes jambes de part et d’autre de sa grande scène rectangulaire, s’est soudainement immobilisé pour s’adresser à la foule.

Il a fait éteindre les lumières du Centre Bell durant quelques instants, pendant que ses quatre musiciens maintenaient le rythme derrière lui.

Le Centre Bell va se remettre à danser. C’est le printemps. On saute vers le printemps et le futur. Attention… Un…. Un, deux, trois!

Vous dire l’explosion de joie, de plaisir et d’abandon vue et ressentie au moment où toutes les lumières se sont rallumées… C’était comme si le soleil venait de crever temporairement les nuages d’une déprime printanière collective (pandémie interminable, guerre en Ukraine, décès de Guy Lafleur) qui s’éternise.

Les astres alignés

A posteriori, c’est comme si les astres étaient alignés. Mika, dont le concert du 9 avril avait été reporté pour cause de maladie – on présume la COVID –, qui se pointe à Montréal le jour où le mercure approche les 20 degrés centigrades. Ça donnait encore plus l’envie de sortir afin de se déplacer au centre-ville.

De plus, on salue le choix de la première partie assurée par Klô Pelgag qui n’a pas raté sa grande mission : réchauffer la salle pour le messie, Mika.

Avec ses cinq musicien(ne)s et choristes vêtus de sarraus blancs, celle qui a fait une razzia de Félix lors du dernier Gala de l’ADISQ, a démontré une complémentarité musicale avec sa tête d’affiche. Si Mika fait dans la pop grand public dansante, Klô Pelgag verse dans la pop alternative… pas mal dansante, quand elle le veut.

Et elle le voulait lors d’un segment de 30 minutes qui comprenait notamment À l’ombre des Cyprès, Le sexe des étoiles et Mélamine. Assise à son piano, debout sur le tabouret, allongée sur la scène, sautillant partout, Klô Pelgag s’est donnée sans compter et a conquis un public qui était familier avec son œuvre. Belle réussite.

Éclatant Mika

Mika est arrivé 35 minutes plus tard sur une scène rectangulaire à deux niveaux. À l’avant, lui et un piano. À l’arrière, sur un plateau surélevé, ses musiciens. Une scène dénudée qui a bien servi bien l’artiste à la triple nationalité (britannique, américaine, libanaise) qui, à 38 ans, court autant sur une scène que lorsque nous l’avons vu une première fois à la salle Wilfrid-Pelletier en 2009.

En revanche, les écrans supérieurs du Centre Bell ne fonctionnaient pas. Pas idéal pour les spectateurs placés au fond de l’amphithéâtre. Mika leur a fait plaisir en allant interpréter devant eux une joyeuse version de Big Girl (You Are Beautiful), ce n’était pas prévu dans le scénario.

Il n’y avait même pas d’escalier ou de rampe prévue pour Mika pour descendre de la scène au parterre. Mais l’effet fut d’autant plus saisissant qu’il était fringué d’un complet rose fuchsia. Des gradins, nous avions l’impression qu’une tache de couleur mouvante se déplaçait dans le Centre Bell.

Mika chante.

Mika a du panache, rayon tenues vestimentaires.

Photo : Patrick Beaudry/SNAPEPHOTO

Michael Holbrook Penniman a du panache, rayon tenues vestimentaires. Il portait un complet noir d’entrée de jeu, quand il a amorcé le concert sur son piano avec une interprétation en deux temps (lente et rapide) de Lollipop. Au hasard des chansons, le complet perdait des morceaux pour dévoiler des motifs colorés. En raison de la présence de parents avec de jeunes enfants, nous aurons eu droit à un strip-tease vestimentaire familial de bon goût, qui n’a pas été plus loin que le torse nu de l’artiste.

À l’approche de la quarantaine, Mika a une voix moins perchée que dans sa jeune vingtaine et ses trois musiciens choristes lui donnent un bon coup de main… quand ce n’est pas la foule. Sur les planches, il est une boule d’énergie qui chante et danse, tout à la fois. Particulièrement vrai lors de Origin of Love, Relax (Take It Easy) et Ice Cream. Ses interventions auprès de la foule dans un français impeccable étaient liées par le rappel de sa présence à Montréal durant un mois l’an dernier, quand tout était au point mort en raison de la pandémie.

Duo imprévu

C’est à ce moment, à Montréal, qu’il a écrit Underwater – un bon moment du concert – et qu’il a rappelé qu’une artiste québécoise était venue le rejoindre dans sa loge pour faire la causette lors de l’enregistrement d’une émission télévisée.

Il a noté que l’artiste en question était Ariane Moffatt, qu’il voulait chanter l’un de ses succès avec elle, qu’il savait qu’elle était présente au Centre Bell, mais que le problème, c’est qu’Ariane ne sait pas qu’elle doit le faire. Je ne sais d’ailleurs pas où elle est.

Réaction générale de stupeur, cris de la foule, faisceaux de lumière braqués dans les rangées, quête de Mika... Cela a pris plusieurs minutes avant qu’Ariane Moffatt n’arrive finalement sur la scène. Ça n’avait vraiment pas l’air planifié.

Il est fou, fou, fou… Je n’ai aucune idée de ce qui se passe. Finalement, j’étais une bonne copine dans la loge?, a lancé Ariane à Mika. Des invitées surprises durant un concert, ce n’est pas rare. Mais une invitée qui est surprise, ça l’est beaucoup plus.

Les deux artistes sont montés sur le piano et ils ont interprété Boum Boum Boum dans l’un des duos les plus imprévus qui soit – du moins, pour l’un des deux protagonistes – prélude à une version dynamitée d’Elle me dit après le départ de Moffatt.

Mika n’a jamais levé le pied de l’accélérateur par la suite avec Grace Kelly, qui l’avait révélé il y a une quinzaine d’années, Love Today et, au rappel, une interprétation de We Are Golden où il s’est vêtu d’un long manteau clair digne des souverains d’antan et s’est mis une couronne sur la tête.

Ceux qui n’ont pas immédiatement pensé à Freddie Mercury étaient tout simplement trop jeunes. Même éclat, même théâtralité, même démesure.

Une finale parfaite, en vérité, pour cette soirée vivifiante de musique qui nous a fait oublier durant quelques heures que nous vivons un printemps moche au possible.

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