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Un organisme canadien aide les réfugiées ukrainiennes à avorter

Des réfugiés ukrainiens dans une gare en Pologne.

Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, le conflit en Ukraine a fait plus de 5 millions de réfugiés jusqu'à maintenant.

Photo : Getty Images / WOJTEK RADWANSKI

Des militants pour le droit à l’avortement, dont l’organisme torontois Women on Web, affirment recevoir des dizaines de courriels par semaine de réfugiées ukrainiennes demandant de l’aide pour se faire avorter. La majorité d’entre elles se trouvent en Pologne, l’un des pays d’Europe où les lois anti-avortement sont les plus restrictives d’Europe.

Quand la guerre a commencé, je me suis dit qu'étant donné que la Pologne accueille beaucoup de réfugiés, on allait sûrement recevoir beaucoup de demandes d’aide, lance Ewa Zielinska, une employée de Women on Web, établie en Pologne.

La Polonaise ne s’est pas trompée. Depuis le début du conflit, l’organisme – dont la plateforme en ligne aide les femmes dans environ 200 pays à obtenir gratuitement la pilule abortive par la poste – reçoit trois à cinq courriels par jour d’Ukrainiennes voulant se faire avorter.

Certaines se sont peut-être fait violer, d’autres ont perdu leur mari ou leur petit ami dans la guerre... Elles se retrouvent donc enceintes, sans pouvoir continuer leur vie normalement, explique Ewa Zielinska, qui répond aux courriels quotidiennement.

Selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, la Pologne est le pays qui a accueilli le plus de réfugiés ukrainiens depuis le début du conflit. Jusqu’à maintenant, plus de 2 800 000 Ukrainiens y ont trouvé refuge. La majorité d’entre eux sont des femmes et des enfants.

Les filles et les femmes sont touchées de manière disproportionnée par la guerre. [...] Lorsqu’elles doivent migrer en raison d’un conflit, elles sont davantage à risque de violence sexuelle, ce qui les rend à risque de devenir enceintes, explique la Dre Roopan Gill, une obstétricienne-gynécologue torontoise qui travaille entre autres avec Médecins sans frontières.

Avorter en territoire hostile

La directrice générale de Women on Web, Venny Ala-Siurua, explique qu’avant la guerre, les Ukrainiennes n’avaient pas recours aux services de l’organisme, puisque l’avortement est légal dans le pays et qu’il y était facilement accessible.

Arrivées en Pologne, elles doivent cependant faire face aux lois nationales anti-avortement, qui ne permettent la procédure que lorsque la grossesse est le résultat d’un crime ou lorsque la santé ou la vie de la mère est en danger.

Les personnes à qui notre organisation a parlé sont très choquées lorsqu’elles se rendent compte à quel point la guerre a mis en péril leurs droits reproductifs, affirme Mara Clarke, dont l’organisme Abortion Support Network a été contacté par 265 personnes ayant fui l’Ukraine et voulant se faire avorter depuis le mois de mars.

Pour mettre un terme à leur grossesse, les réfugiées installées en Pologne n’ont que deux options : aller dans un autre pays ou prendre une pilule abortive, ce qui ne contrevient pas à la loi polonaise.

Nous avons une femme, en ce moment, qui est enceinte et qui a plusieurs enfants. Son mari était au front, mais elle n’a plus de nouvelles de lui et elle est presque certaine qu’il est mort. Elle ne parle qu'ukrainien et va devoir se rendre aux Pays-Bas pour se faire avorter, tout en étant morte d’inquiétude pour son mari et ses enfants, qu’elle devra confier à quelqu’un en attendant, raconte la militante installée en Angleterre en précisant que l’avortement coûtera 1095 euros (1500 dollars canadiens).

Prison, arnaque et désinformation

Selon les deux organismes, les réfugiées qui désirent se faire avorter font face à de la désinformation et sont parfois victimes d’arnaques.

Abortion Support Network dit avoir observé, dès le début du conflit, une prolifération des sites web en russe et en ukrainien affirmant faussement vendre des pilules abortives contre de la cryptomonnaie.

« Elles perdent de l’argent qu’elles n’ont même pas, et pendant qu’elles attendent le médicament qui n'arrivera jamais, elles avancent dans leur grossesse. »

— Une citation de  Mara Clarke, fondatrice, Abortion Support Network

L'organisme dit avoir publié de l’information en russe, en ukrainien, en français, en arabe et en polonais pour tenter de prévenir ce genre d'escroquerie.

Les femmes ont peur que nous soyons une arnaque, confirme Ewa Zielinska, de Women on Web.

Aider les femmes à obtenir un avortement en Pologne comporte toutefois des risques importants. Fournir de l’information sur l’accès à l’avortement, comme ce que font Women on Web et l'Abortion Support Network, est légal, mais permettre à quelqu’un de se faire avorter dans le pays est passible de prison.

Disons que je vis en Pologne, que j’accueille des réfugiés ukrainiens et que, parmi eux, une personne est enceinte. Si je lui prête mon ordinateur ou ma carte de crédit pour qu’elle achète une pilule abortive en ligne, je suis dans l’illégalité, explique Mara Clarke.

Une militante polonaise de son organisme, Justyna Wydrzyńska, risque trois ans de prison pour avoir aidé une femme à se faire avorter.

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