•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Ces variants que la science tient à l’œil

Après le sous-variant d’Omicron BA.2, voici que les autorités tournent leur regard inquiet non seulement vers le BA.4, le BA.5 et le BA.2.12.1 mais aussi vers des variants hybrides comme le XE. Que sait-on de ces nouvelles versions du SRAS-CoV2? Doit-on s'inquiéter?

Une représentation du coronavirus SRAS-CoV-2.

Une représentation du coronavirus SRAS-CoV-2

Photo : iStock / borchee

Depuis quelques mois, outre les variants et les sous-variants que la pandémie continue de mettre sur notre chemin, les experts observent de plus en plus souvent la présence de variants dits hybrides, aussi appelés « recombinants ».

Un recombinant peut émerger lorsque plusieurs variants infectent une même personne en même temps. Par exemple, une personne qui se trouve dans un bar où des gens seraient infectés par deux variants différents pourrait inhaler des particules de ces deux virus. Si ces virus infectent alors la même cellule, il se pourrait que les variants interagissent durant la réplication et mélangent leur matériel génétique pour former de nouvelles combinaisons : des recombinants.

Tout est en train de se mélanger comme une soupe, illustre le virologue Benoit Barbeau. Ce que ça donne, c'est que ça diversifie le virus. Certains [recombinants] non seulement peuvent être plus fortement transmissibles mais pourraient peut-être aussi mieux échapper à la réponse immunitaire.

Les premiers recombinants du SRAS-CoV-2 ont été découverts en 2020, mais avec les hauts niveaux de transmission des derniers mois, il n’est pas surprenant de voir de nombreux recombinants apparaître, explique ce professeur au Département des sciences biologiques de l'UQAM. Parmi les 17 recombinants découverts à ce jour, 12 l’ont été en 2022. Il y a un terrain fertile pour ces recombinants, note-t-il.

Pour nommer les recombinants, on utilise deux lettres, dont la première est un X.

Il y a d’abord eu le XA, découvert en décembre 2020 au Royaume-Uni, qui était une combinaison du variant Alpha et du variant B.1.177.

Il y a aussi eu le recombinant XD, communément appelé Deltacron, qui a fait les manchettes pendant quelques semaines. Ce recombinant, d’abord découvert en France, n'est jamais devenu dominant et sa portée a été limitée.

En ce moment, les experts ont dans leur mire le recombinant XE, une combinaison des sous-variants d’Omicron, le BA.1 et le BA.2.

Il existe d’autres recombinants qui combinent ces mêmes sous-variants, notamment le XQ au Royaume-Uni, le XG au Danemark, le XJ en Finlande et le XK en Belgique.

Toutefois, c'est le XE qui semble causer davantage de transmission communautaire, surtout au Royaume-Uni, où plus de 1000 cas ont été recensés. Il a aussi été signalé en Inde, en Chine et en Thaïlande; une poignée de cas ont été détectés au Canada.

Pour l’instant, les chercheurs croient que le XE ne devrait pas échapper à la réponse immunitaire conférée par le vaccin, mais ils surveillent la situation de près.

Par contre, des données du Royaume-Uni suggèrent que le XE a un taux de croissance d'environ 10 % à 20 % supérieur à celui du BA.2. Rappelons que le BA.2 était déjà de 30 % à 50 % plus transmissible que le variant Omicron d’origine (BA.1).

« On pense [que les recombinants] qui circulent sont plus transmissibles mais pas plus dangereux. Il faut être conscient que ce virus n’a pas fini d’évoluer. »

— Une citation de  Benoit Barbeau, expert en virologie

Encore plus de membres dans la famille Omicron

Il n'y a pas que les recombinants qu'on surveille de près. À ce jour, on a découvert une vingtaine de variations du BA.2 (sous-variant d’Omicron). La plupart d’entre elles ont subi des mutations sans conséquences. Par contre, quelques nouveaux membres de la famille d’Omicron suscitent certaines inquiétudes en raison de leur transmission communautaire accrue.

C’est le cas notamment du BA.2.12.1 et du BA.2.1, d’abord découverts aux États-Unis, tout particulièrement dans l’État de New York.

Bien que le BA.2 soit toujours très présent chez nos voisins du Sud, il perd du terrain au profit du BA.2.12.1, qui connaît en ce moment une croissance exponentielle.

En fait, selon les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), le BA.2.12.1 a causé 19 % des nouvelles infections aux États-Unis la semaine dernière, contre 11 % des cas la semaine précédente et 7 % il y a trois semaines.

Selon les autorités new-yorkaises, le BA.2.12.1 serait environ 25 % plus contagieux que le BA.2 et aurait aussi provoqué une augmentation du nombre d'hospitalisations. Les experts pensent que des mutations observées dans la protéine S (spicule) du BA.2.12.1 permettraient au virus de pénétrer plus rapidement dans les cellules et pourraient avoir une incidence sur l’immunité conférée par un vaccin ou par une infection.

Deux autres sous-variants d'Omicron, le BA.4 et le BA.5, circulent à de faibles niveaux dans d'autres parties du monde, notamment en Afrique du Sud, au Botswana, en Allemagne et au Danemark.

Pour l’instant, ces sous-variants n’ont pas provoqué une hausse du nombre d'hospitalisations, mais les experts disent qu’il faut attendre pour savoir avec certitude si ces sous-variants sont plus virulents ou non et s'ils prendront le dessus sur le BA.2.

Plus il y a de cas, plus il y aura de mutations

Si l’apparition de tous ces sous-variants peut sembler anxiogène, M. Barbeau rappelle qu’il est naturel pour le virus de muter.

Selon M. Barbeau, toutes ces variations sont un signe que le SRAS-CoV-2 continue d’évoluer et qu’il n’a pas dit son dernier mot. C’est un rappel qu’on est dans une pandémie avec toujours de nouveaux joueurs.

D’ailleurs, les experts le répètent depuis des mois : plus il y a de cas de COVID-19 dans le monde, plus augmente le risque de voir apparaître un variant non seulement plus contagieux mais aussi plus dangereux.

Le virus perdra-t-il de la vigueur au fil des mutations?

« On ne sait pas quelle sera la direction des prochains sous-variants. Est-ce qu’ils auront le même niveau de dangerosité? On ne peut pas répondre à cette question. Certains prétendent que oui, mais il faut plus de données. »

— Une citation de  Benoit Barbeau, expert en virologie

Si on ne peut pas prédire toutes les surprises que nous réservera le SRAS-CoV-2 au cours des prochains mois, M. Barbeau dit qu’il faut absolument continuer à détecter ces nouveaux variants et recombinants à l’aide non seulement des tests de dépistage PCR mais aussi de l’analyse des eaux usées.

Il ajoute que malgré l'apparition de tous ces variants, la vaccination demeure le meilleur moyen de se protéger contre les symptômes graves de la maladie.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !