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Quels effets l’absentéisme provoqué par la pandémie a-t-il sur le système d’éducation?

Une élève est seule dans une classe, assise à son bureau avec un masque.

Il faudra des solutions de court et moyen terme pour contrer les effets de l'absentéisme.

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

L’augmentation substantielle de l’absentéisme dans divers secteurs d’activité, notamment celui de l’éducation, est l’une des conséquences les plus notables de la 6e vague de la COVID-19.

Un taux d'absentéisme qui s’explique notamment par la levée de l’obligation de porter le masque dans les écoles, selon Anne Vinet-Roy, présidente de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO).

Les conséquences de ces absences sont concrètes au sein des écoles et sur le personnel enseignant notamment, ajoute-t-elle.

À cause du nombre de personnes qui sont absentes, on sait qu’il y a une charge de travail supplémentaire dans les écoles parce que quand il manque de personnel, on regroupe parfois des classes. [Cela] n’aide pas, parce que des gens sont en contact [alors qu'ils] ne le seraient pas normalement, explique-t-elle.

« Quand beaucoup de gens sont absents, c’est difficile d’avoir une routine normale au niveau de l’apprentissage, de l’enseignement et des attentes aussi. »

— Une citation de  Anne Vinet-Roy, présidente de l'AEFO

Mme Vinet-Roy affirme qu'il devient difficile, voire impossible, de continuer à couvrir le programme quand il y a trop d'absents, une tâche qui devient plus complexe encore lorsque les élèves doivent faire du rattrapage.

Depuis le 21 mars, le port du masque n’est plus obligatoire dans les écoles ontariennes, malgré le fait que les indicateurs relatifs à la sixième vague de la COVID-19 sont en constante progression depuis des semaines.

Pour Anne Vinet-Roy, l’obligation de porter le masque aurait dû être maintenue quelques semaines de plus, notamment en raison du long congé de Pâques qui pourrait, selon elle, servir de facteur de propagation.

Le gouvernement a levé le port obligatoire du masque beaucoup trop rapidement. C’est un facteur dont on entend beaucoup parler et plusieurs experts sont d’accord sur cette question, explique-t-elle.

« Malheureusement, le gouvernement a choisi de faire la sourde oreille. On sait que c’était pour des raisons à peu près strictement politiques et pas du tout pour le bien-être de la communauté, ni scolaire ni autre. »

— Une citation de  Anne Vinet-Roy, présidente de l’AEFO

Cette critique de Mme Vinet-Roy rejoint celle de conseils scolaires ontariens qui demandent depuis plusieurs jours le retour du masque dans les salles de classe.

Quand les plus jeunes paient le prix

Pour le psychologue et spécialiste de la réussite scolaire Égide Royer, l’absentéisme n’a certes pas commencé avec la pandémie, mais celle-ci a renforcé ce phénomène dont la 6e vague amplifie les effets, notamment sur les plus jeunes.

Présentement, l’impact est au niveau des jeunes de maternelle, de 1re et de 2e année. Il y a de très grosses études qui sont sorties en disant qu’entre 2019 et 2022, on a un très grand nombre de jeunes de 1re et de 2e année qui ont développé un retard en lecture et ça n'a pas été récupéré, explique-t-il.

« Je suis enseignant dans une classe de 11e année [secondaire 5], je suis absent aujourd’hui [...] je peux toujours me rabattre sur l’enseignement virtuel. Mais ce qu’on a vu, c’est que ce type de cours en ligne ne fonctionnait vraiment pas très bien avec les jeunes de 1re, 2e année. »

— Une citation de  Égide Royer, psychologue, spécialiste de la réussite scolaire

Selon M. Royer, au-delà de la question du mode de livraison du cours, il y a celle du lien entre l’enseignant et ses élèves qui se pose lorsqu’il y a absentéisme.

La présence, le lien et une stabilité avec sensiblement toujours le même enseignant – c’est mon avis de psychologue –, c’est encore plus important en maternelle, 1re, 2e, 3e année que ça peut l'être en 11e, 12e année, indique-t-il.

Un homme aux cheveux et à la barbe gris regarde droit dans la caméra. Il porte un veston-cravate et des lunettes.

Égide Royer pense que l'on devrait permettre aux étudiants des facultés d'éducation de faire des remplacements.

Photo : Radio-Canada

L’opinion du psychologue ne contraste pas avec le témoignage de Monica St. John qui est la mère d’un garçon de 10e année et d’une fille de 4e année.

Ma fille, elle avait un prof malade pendant quelques semaines. D’habitude, elle dit que ce n’est pas si grave, mais pour elle, elle comprenait mieux avec son prof habituel. Si son enseignant n’était pas là, c’était plus difficile, explique la femme qui est aussi présidente du comité de parents de l’école Saint-Ambroise dans la région de Windsor.

Elle note néanmoins que l’absentéisme n’est pas très répandu à l’école Saint-Ambroise, qu’elle décrit comme une petite école avec juste une centaine d'élèves, ce qui aide considérablement, selon elle.

Pour en finir avec le manque de personnel

Outre le retour à l’obligation de porter le masque dans les écoles, que certains conseils scolaires appellent de leurs vœux, mais que la province ne s’est toujours pas décidée à réinstaurer, des solutions pour contrer les conséquences de l’absentéisme existent, selon Égide Royer.

Pour lui, les conséquences de l’absentéisme actuel sont d’autant plus importantes que le phénomène survient à un moment où l'éducation fait déjà face à une importante pénurie d’enseignants.

Il souhaite donc une prise en charge plus globale du manque d’enseignants, bien au-delà de la 6e vague de la pandémie. Il pense aussi que l’éducation se prive d’un important bassin de candidats qui pourraient être rapidement disponibles pour les écoles, vu qu’ils ont les qualifications et qu’il ne leur reste que les connaissances relatives à la pédagogie.

La majorité des systèmes pédagogiques présentement, compte tenu de la pénurie de personnel, permettent à des gens qui ont une formation de base universitaire d’aller chercher une forme de pédagogie pour leur permettre d’enseigner au primaire ou au secondaire, explique-t-il.

« Est-ce qu’Einstein pourrait enseigner les sciences au secondaire? Présentement, dans un système très serré, ce serait non. Au Québec, Einstein devrait refaire un baccalauréat de 4 ans en pédagogie, ce qui n'a pas beaucoup de sens. »

— Une citation de  Égide Royer, psychologue, spécialiste de la réussite scolaire

M. Royer affirme qu’il faut notamment s’appuyer sur le mentorat, qui permettrait de jumeler le personnel non qualifié avec du personnel qualifié pour ceux qui ont le bagage universitaire requis sans les compétences pédagogiques de pouvoir enseigner.

Il pense par ailleurs qu’une des solutions qui est rarement évoquée c’est le recours à la main-d’œuvre masculine, peu présente dans l’enseignement primaire et secondaire

J’ai les statistiques du Québec en tête : on a environ 10 % d’enseignements masculins dans les écoles du Québec. En Ontario, vous avez environ 15 %, je parle du primaire [élémentaire en Ontario], indique-t-il.

« Il est peut-être grand temps qu’on fasse aussi la promotion des métiers non traditionnellement masculins. Qu’on fasse la promotion même avec des programmes de bourses pour encourager plus d’hommes à venir en enseignement. »

— Une citation de  Égide Royer, psychologue, spécialiste de la réussite scolaire

Il ajoute qu’il faut songer à donner la possibilité aux étudiants de deuxième ou troisième année des facultés d’éducation de faire des remplacements dans les écoles et souhaite que le métier soit rendu plus attractif, notamment grâce à un meilleur traitement salarial.

Un avis que partage Mme Vinet-Roy. Elle explique qu’il faut renégocier certaines conditions de travail du personnel enseignant si on n’a pas suffisamment de gens qui choisissent la profession enseignante ou qui sont prêts à obtenir des postes.

Une femme pose pour la photo.

Anne Vinet-Roy souhaite le retour à une formation d'un an pour les enseignants.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Olivier Bernatchez

Elle affirme que l’AEFO a déposé un rapport avec près de 30 recommandations pour aider à faire face à la pénurie d’enseignants, un rapport qui a déjà été reçu par le gouvernement, qui agit cependant très lentement, selon elle, alors que le document propose des solutions très concrètes.

Une chose assez facile serait de changer le programme de la faculté d’éducation pour passer de deux ans à un an parce qu’on a besoin de plus de personnes qui obtiennent leur certification et qui terminent leurs études en éducation plus rapidement que deux ans, précise-t-elle.

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