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Les poules ne vivent plus dans des cages, mais dans des logements, pourquoi?

Soucieuse d'apaiser la grogne des consommateurs en ce qui a trait aux cages des poules pondeuses, la Fédération des producteurs d'œufs du Québec adapte son vocabulaire. Fini les cages : place aux logements. Une étude à ce jour passée inaperçue avait recommandé à l'industrie de ne plus utiliser le mot en « C ».

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Au Canada, 56,5 % des poules pondeuses sont élevées dans des cages de ce type.

Photo : Radio-Canada

« Les cages conventionnelles sont une des façons les plus cruelles d’élever des animaux », lance Lynn Kavanagh, de la branche canadienne de l’organisme Protection mondiale des animaux. Son organisation prêche depuis longtemps pour l’abandon des habitacles en question, depuis, en fait, que des images d’oiseaux déplumés, empilés les uns sur les autres, sans nids pour pondre ni le moindre espace vital, font les manchettes en Occident.

Au Canada, les normes font en sorte qu’avec 432 centimètres carrés chacune, les poules disposent d’une superficie plus petite qu’une feuille de papier standard pour vivre.

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Lorsqu'elles sont dans des cages conventionnelles, les poules ont un très petit espace de vie.

Photo : Radio-Canada

En Suède, un des chefs de file de la planète en matière de bien-être animal, les cages conventionnelles ont été interdites dès 1988.

Quand les journalistes et le public ont découvert ces cages abritées dans de vastes bâtiments sans fenêtres, ç'a été un choc. Ils ont demandé au gouvernement si on voulait vraiment élever des animaux comme ça. La réponse a été non! rappelle Stefan Gunnarsson, du Département d’éthique de l’Université suédoise des sciences agricoles.

Dans ce pays, 96 % des poules sont maintenant élevées en liberté, c'est-à-dire en parcours libre, un système qui leur permet d’aller dehors à leur guise, ou en volière, un système d’élevage où les poules peuvent circuler librement entre les étages des poulaillers. C'est là la conséquence d’un boycottage massif des consommateurs suédois pour toute forme de cages.

Erik Wilhelmsson, un éleveur de poules pondeuses de Täljestad, dans le centre du pays, en sait quelque chose. Il y a douze ans, son père lui a légué un poulailler où les volatiles étaient élevés dans des cages enrichies, des habitacles plus grands que les cages conventionnelles. Dans ces cages, ses poules avaient des nids, des perchoirs et d'autres accessoires. Il a tout de même dû s’en départir parce qu’il n’arrivait pas à vendre ses œufs, victime de l'opprobre général envers les cages.

Les consommateurs veulent des poules qui vivent bien, résume l’éleveur suédois avant de décocher une flèche à l’endroit de ses pairs canadiens. Selon moi, mettre des poules en cage, c’est révolu.

« Je pensais que vous étiez plus avancés au Canada. »

— Une citation de  Erik Wilhelmsson
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Pour Erik Wilhemsson, il est impensable d’élever des poules autrement qu’en liberté.

Photo : Radio-Canada

Le Canada emboîtera le pas en 2036

Dès 2014, l’industrie canadienne ovocole a senti le vent tourner. C’est à ce moment que les producteurs d'œufs du pays ont décidé de bannir les cages conventionnelles, mais elles ont choisi de le faire d’ici… 2036. Pour l’instant, plus de la moitié d'entre eux logent leurs poules dans des cages conventionnelles exiguës.

Charles-Éric Bouchard, un producteur d'œufs de Saint-Gédéon-de-Beauce qui ne possède plus ce genre de cages, défend le sursis accordé à ses pairs. Je pense que c'est tout à fait normal, considérant que pour la plupart des producteurs, ça demande de très gros investissements pour faire un nouveau bâtiment. Quelqu'un qui s'est construit une bâtisse neuve au sommet de la technologie en 2014 et qui devrait mettre la clé à la porte du jour au lendemain, c'est impensable de faire ça.

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Charles-Éric Bouchard fait partie des premiers éleveurs du Québec à avoir expérimenté le concept des poules en liberté.

Photo : Radio-Canada

L’entreprise familiale des Bouchard est à l’avant-garde. Dès 2015, elle a répondu à l’appel d’une multinationale qui voulait acheter des œufs de poules élevées sans cages : Hellmann’s. La compagnie voulait fabriquer sa mayonnaise avec des œufs de poules en liberté. On élève une partie de nos poules en volière. Avec ce système, les oiseaux ont accès au sol, ils peuvent sauter, se promener. Ils ont un environnement un peu plus vaste, explique Charles-Éric Bouchard.

C'est là un concept populaire auprès des consommateurs, si on se fie à Maurice Doyon, directeur du Département d'économie agroalimentaire et des sciences de la consommation de l’Université Laval. En 2016, l’agroéconomiste s’est penché sur ce que les Québécois pensaient du concept de captivité.

Dans une étude de 2016 financée par les Producteurs d’œufs du Québec, il s’est demandé si les cages enrichies, appelées à remplacer les cages traditionnelles au Canada, étaient acceptables aux yeux des consommateurs québécois (Nouvelle fenêtre). Le mot "cage" a un stigmate très, très fort. On a questionné des consommateurs et on leur a donné douze noms de logements de poules, dont trois contenaient le mot "cages". On leur a demandé de classer ce qu’ils croyaient être le logement le plus intéressant en matière de bien-être animal. Les trois qui avaient le mot "cage" sans aucune autre description étaient les plus bas.

Depuis, la Fédération des producteurs d'œufs du Québec évite systématiquement d'utiliser le mot cage dans ses communications. Elle parle maintenant de logement conventionnel ou aménagé pour désigner les cages conventionnelles ou enrichies.

Après l'Ontario, le Québec est la province qui produit le plus d'oeufs au pays, on y compte environ 5 millions de poules pondeuses. Seulement 20 % sont élevées en liberté et près de la moitié passent leur vie entassées dans de minuscules cages. Dans certains pays d'Europe, comme la Suède, ces cages sont déjà bannies. Pourquoi n'est-ce pas encore le cas, ici? Reportage de Julie Vaillancourt.

Le reportage de Julie Vaillancourt et de Geneviève Brault est diffusé à l'émission La semaine verte le samedi à 17 h et le dimanche à 12 h 30 sur ICI TÉLÉ. À ICI RDI, ce sera dimanche à 20 h.

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