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Les victimes de l’attaque au sabre du Vieux-Québec témoignent

Le procès de l'homme accusé d'avoir tué deux personnes et d'en avoir blessé cinq autres dans le Vieux-Québec le 31 octobre 2020 s'ouvre lundi au palais de justice de Québec.

Le procureur de la poursuite Me Francois Godin entend démontrer que Girouard planifiait son geste depuis longtemps, car il avait commencé à en parler à la fin de l'année 2014.

Photo : Radio-Canada / ILLUSTRATION HBÉ

Après avoir été suspendu en raison de la COVID-19, le procès de l’auteur de l’attaque au sabre le soir de l’Halloween 2020 à Québec a repris mardi avec les témoignages des victimes et la lecture des déclarations écrites de témoins.

Attention : les propos rapportés dans ce texte pourraient choquer certains lecteurs en raison de leur caractère violent.

Les membres du jury ont affronté toute l'horreur du drame.

En plus des témoignages à la Cour, la poursuite a mis en preuve les déclarations écrites de certains témoins.

Le récit des événements fait à la police par le conjoint de Suzanne Clermont, tuée devant leur domicile, est particulièrement troublant.

Le procureur de la poursuite, Me Pierre-Alexandre Bernard, a fait la lecture de la déclaration faite par Jacques Fortin à la police neuf jours après le drame.

M. Fortin explique que sa conjointe des 18 dernières années est sortie quelques instants pour fumer devant la porte d'entrée.

Suzanne Clermont sourit.

Suzanne Clermont était sortie fumer une cigarette lorsqu'elle a été attaquée sauvagement.

Photo : Capture d'écran - Facebook / Klody Tremblay

Puisque son chien se met à hurler de manière inhabituelle, il sort à son tour pour retrouver sa conjointe au sol, dans une mare de sang. J'ai vu qu'elle avait une profonde entaille au milieu du front, explique Jacques Fortin, avant d'ajouter : J'ai essayé de refermer la plaie avec mes mains pour réunir son visage.

Jacques Fortin en entrevue devant les remparts du Vieux-Québec.

Jacques Fortin, le conjoint de Suzanne Clermont, n'a pas témoigné au tribunal. Le jury a pu prendre connaissance de sa déclaration faite aux enquêteurs.

Photo : Radio-Canada

Ses cris alertent son voisin, dont la conjointe est urgentologue.

Marie-France Rioux a commencé un massage cardiaque. J'ai compris que c'était grave et que je ne reverrais plus Suzanne, a déclaré M. Fortin à la police. L'urgentologue a précisé aux policiers que Mme Clermont avait un pouls filant, à ce moment, et respirait difficilement. La Dre Rioux a constaté le décès sur place.

Une blague

Les témoins qui ont défilé à la barre ont tous indiqué avoir d'abord cru à une blague lorsque Carl Girouard a commencé ses attaques. Le musicien Rémy Bélanger a donc eu le réflexe de ne rien faire et d'ignorer Carl Girouard, qui a foncé vers lui en brandissant son sabre, au pied du Château Frontenac.

L’épée est tombée direct sur ma tête, a-t-il expliqué aux 11 membres du jury. Il a par la suite eu des flashs des événements, même s’il est demeuré conscient tout au long de l'agression.

Alors que Girouard s'est acharné sur lui, il a vu deux adolescents sur la fontaine au milieu de la place d'Armes. Il a décidé de courir vers eux pour obtenir de l'aide, mais ils se sont sauvés, effrayés.

Rémy Bélanger.

Rémy Bélanger au palais de justice de Québec

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Rémy Bélanger a utilisé le monument pour se cacher. Alors qu'il se vidait de son sang, il a décidé de se relever pour se sauver puisqu'il craignait que son agresseur ne vienne l'achever.

Ses longs cheveux ensanglantés, il a trouvé refuge au Château Frontenac, où le personnel semblait aussi croire à une mauvaise blague. Des employés ont finalement compris le sérieux de l'affaire avant de le prendre en charge.

Il sera hospitalisé pendant deux semaines pour soigner trois fractures du crâne, mais aussi des fractures au larynx, aux bras, aux omoplates en plus de nombreuses profondes lacérations.

Étant musicien, il a été transféré à Montréal pour que son index, tranché durant la sauvage attaque, soit recollé. On pouvait d'ailleurs constater durant son témoignage que son pouce droit est amputé de moitié.

Adolescents témoins de l'homicide

Un des deux adolescents vers lesquels Rémy Bélanger s'est dirigé, alors qu'il était poursuivi par Girouard, a témoigné.

Comme il est aujourd'hui âgé de 17 ans, son identité est protégée. Il était en compagnie d'un ami en cette soirée de l'Halloween.

Lui aussi ne pouvait croire que la scène qui se déroulait sous ses yeux était bien réelle. Ils sont en train de faire un spectacle et c’est juste vraiment réaliste, s'est-il dit.

C'est quand il a vu Rémy Bélanger débouler les marches de la fontaine, ensanglanté, qu'il a compris l'urgence. Alors que son ami semblait figé, il lui a pris la main et l'a tiré pour courir se réfugier sur la terrasse.

De là, ils ont assisté à l'attaque de la deuxième victime, François Duchesne, qui lui a succombé à ses blessures. Les adolescents ont vu l'assaillant se diriger vers M. Duchesne, sauter et le frapper.

Photo corporative de François Duchesne, vêtu d'une chemise à pois et d'un veston gris.

François Duchesne, 56 ans, est une des deux victimes des attaques du Vieux-Québec. (Archives)

Photo : Courtoisie / MNBAQ

Probablement, lui aussi croyait à un spectacle, dira l'adolescent au jury au sujet de la non-réaction de la victime. Il a entendu M. Duchesne crier : Ben voyons donc, avant de s'écrouler au sol.

C'est à ce moment qu'il a vu Girouard planter son sabre dans le corps de M. Duchesne. Sous le choc, il compose difficilement le 911. Il soulignera aux policiers que le tueur semblait prendre plaisir au moment des attaques.

Attaque de la rue De Buade

Après avoir emprunté la rue du Trésor, Carl Girouard a croisé la route de Pierre Lagrevol et de Lisa Mahmoud.

Les deux amis s'écartent pour laisser passer l'homme déguisé en samouraï.

Pierre Lagrevol.

Pierre Lagrevol est accompagné d'un enquêteur au palais de justice de Québec.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Quand il est dans mon angle mort, c'est là qu'il me tape, a témoigné M. Lagrevol. Projeté au sol après avoir été atteint à la tête et au cou, il a vu son amie recevoir plusieurs coups. C'est vraiment des coups pour tuer, assure Pierre Lagrevol, qui dit que l'assaillant semblait très serein.

Il a vu que Girouard voulait embrocher Lisa Mahmoud. Il a essayé de me transpercer le ventre et j’ai enlevé le sabre de moi, a témoigné, Mme Mahmoud. Son ami a finalement détourné l'attention de l'agresseur alors qu'il allait mettre son sabre dans ma nuque, selon la jeune femme.

Quand le samouraï s'est détourné, elle en a profité pour s'extirper avec l'aide de son ami Pierre avant de se sauver. Elle estime avoir reçu entre 13 et 14 coups de sabre, et elle a dû subir de nombreuses opérations aux épaules, aux mains et aux jambes, notamment.

Lisa Mahmoud, le 19 avril 2022 au palais de justice de Québec.

Lisa Mahmoud, le 19 avril 2022 au palais de justice de Québec

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

La coiffeuse n'a pas été en mesure de travailler depuis les événements.

Alors que les victimes témoignent, Carl Girouard porte parfois ses mains à son visage, pour le couvrir, se balançant frénétiquement sur son siège.

Sinon, il garde la tête basse, fixant le sol.

Bonne Halloween

Les dernières victimes de Girouard s'étaient réunies dans le Vieux-Québec pour prendre des photos et profiter de la soirée de l'Halloween.

Gilberto Porras, 19 ans, était en compagnie de trois amis lorsqu'ils ont croisé le tueur à la hauteur des rues des Remparts et Sainte-Famille.

Gilbert Porras.

Gilbert Porras a été atteint à la tête par le sabre de Carl Girouard.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Le jeune homme à l'accent espagnol a témoigné avoir rapidement constaté que le samouraï qui se trouvait devant eux était potentiellement dangereux.

C'était pas en caoutchouc, a-t-il rapidement constaté, au sujet du Katana qu'il tenait à la main gauche.

Selon Gilberto Porras, Girouard a dit : Bonne Halloween, avant de le frapper à la tête.

Son ami, mineur à ce moment, a témoigné par la suite que l'assaillant avait indiqué que l'Halloween était une merde. Si les deux amis n'ont pas entendu les mêmes paroles, ils ont compris qu'ils devaient fuir, ce qu'ils ont fait.

Gilberto Porras a remonté la rue Sainte-Famille pour se retrouver, par chance, face à face avec une auto-patrouille.

De nombreux petits cônes orange ont été déposés au sol par les policiers.

Gilberto Porras a pris la fuite en remontant la rue Sainte-Famille, où les techniciens en scène de crime ont retrouvé plusieurs traces de sang.

Photo : Radio-Canada / Service de police de la Ville de Québec

Pendant ce temps, Girouard poursuivait son ami mineur qui a trouvé refuge dans un dépanneur.

L'adolescent n'a pas été blessé physiquement, contrairement à son amie.

Gilberto Porras, lui, a eu peur de mourir puisqu'il craignait que la lame n'ait atteint une portion de son cerveau. Mais la lame a glissé sur mon crâne, a souligné le jeune homme, qui a perdu une partie de peau et de cheveux sur la tête.

Arrestation

Un patrouilleur de la police de Québec a raconté l'arrestation de Girouard, après une chasse à l'homme de plus de deux heures.

Des agents de sécurité du port ont composé le 911 après avoir repéré le suspect, près d'un buisson de l'espace 400e.

Deux policiers tiennent Carl Girouard par les mains, lors de son arrestation. Le suspect a les cheveux brun foncé et est vêtu de noir.

Les policiers de la Ville de Québec ont procédé à l'arrestation de Carl Girouard dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, tout prêt de l'Espace 400e. (Archives)

Photo : Reuters / Steve Jolicoeur

Le jeune homme de 26 ans n'a pas résisté à son arrestation, respectant les directives données par les agents.

Comme il semblait souffrir d'hypothermie, il a été conduit à l'hôpital avant d'être amené à la centrale Victoria.

L'agent Dany Gauthier qui a examiné les moindres gestes du prévenu a dit qu'il est demeuré calme et silencieux.

Photos de l'appartement en preuve

Pendant la troisième journée d'audience, la poursuite a déposé en preuve des photos de l'appartement de Girouard, prise lors de la perquisition du 1er novembre 2020.

On peut y voir une photo de son lit, une lame enfoncée dans le matelas. Sur un miroir, il y a un signe similaire à celui inscrit au crayon-feutre sur le tableau de bord de son véhicule, soit un astérisque noir.

Les policiers ont aussi extrait dans son cellulaire une image montrant le symbole du chaos, soit une étoile comparable à un astérisque.

Le procès se poursuit mercredi avec la suite de la preuve du Directeur des poursuites criminelles et pénales.

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