•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Bataille du Donbass : une première ville ukrainienne tombe aux mains des Russes

L'armée russe attaque l'ensemble de la ligne de front dans l'est du pays, affirme l'armée ukrainienne.

Une femme met une main sur son front, une autre parle au téléphone.

Des résidents de Kharkiv constatent de nouveaux dégâts dans leur ville, pilonnée depuis le début de l'offensive russe.

Photo : Reuters / ALKIS KONSTANTINIDIS

Radio-Canada

L'offensive de l'armée russe dans le Donbass, qui se vérifie mardi par de nombreuses frappes aériennes sur des positions ukrainiennes, a entraîné la chute de la ville de Kreminna, qui comptait 18 000 habitants avant la début de la guerre, a confirmé mardi le gouverneur de Louhansk.

Kreminna est passée sous le contrôle des "orques" [surnom péjoratif donné aux militaires russes, NDLR]. Ils sont entrés dans la ville, a déclaré le gouverneur Serhi Gaïdaï pendant un point de presse. Nos défenseurs ont dû se retirer. Ils ont pris de nouvelles positions et continuent à se battre contre l'armée russe.

Kreminna, qui comptait 18 000 habitants avant la guerre, se trouve sur l'axe routier emprunté par les troupes russes qui se dirigent vers Roubijne et Sievierodonestk. Ces deux villes, situées au sud-est de Kreminna, sont intensément bombardées depuis plusieurs jours.

Le gouverneur de Louhansk, qui presse les habitants de sa région de s'enfuir depuis déjà plusieurs jours en prévision de ce que les Ukrainiens appellent la bataille du Donbass, n'a pas précisé à quel moment la ville est tombée, mais a fait savoir que les troupes russes l'ont attaquée sur tous les fronts.

Il est impossible de calculer le nombre de morts parmi la population civile. Nous avons des statistiques officielles – environ 200 morts –, mais en réalité, il y en a beaucoup plus, a encore dit M. Gaïdaï sans préciser la période couverte par ce bilan.

Le gouverneur de Louhansk, qui signale également des combats à Roubijne (15 kilomètres à l'est de Kreminna) et à Popasna (75 kilomètres au sud), a profité de l'occasion pour presser de nouveau les résidents de la région de trouver refuge ailleurs dans l'ouest de l'Ukraine.

« Partez! Des milliers d'habitants de Kreminna n'ont pas eu le temps de partir et sont maintenant les otages des Russes. »

— Une citation de  Serhi Gaïdaï, gouverneur de Louhansk, à l'intention des habitants de la région

Le gouverneur de Louhansk avait déjà indiqué lundi que la ville était tombée, mais l'information avait été démentie par un conseiller de la présidence ukrainienne, Oleksiy Arestovytch, qui avait affirmé que de violents combats de rue s'y déroulaient toujours.

Un soldat ukrainien sur un blindé.

Un soldat ukrainien sur un blindé près de la ligne de front dans la ville d'Izioum le 18 avril.

Photo : Getty Images / AFP/ANATOLII STEPANOV

Dans la région voisine de Donetsk, les Russes bombardent en direction de Mariïnka, Otcheretyne et Avdiïvka, a pour sa part signalé mardi son gouverneur, Pavlo Kyrylenko, sur Telegram. La situation sur le front est difficile, mais contrôlée, a-t-il assuré.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a confirmé mardi que la bataille du Donbass, nouvel objectif de ce que Moscou appelle une opération militaire spéciale, avait débuté. Une nouvelle étape de cette opération est en train de commencer, a-t-il déclaré mardi à la chaîne de télévision India Today.

Nous pouvons maintenant affirmer que les troupes russes ont commencé la bataille pour le Donbass, à laquelle ils se préparent depuis longtemps, avait déclaré quelques heures plus tôt le président ukrainien Volodymyr Zelensky dans un discours retransmis sur Telegram.

Peu importe combien de soldats russes sont dépêchés jusqu'ici, nous combattrons. Nous nous défendrons, a-t-il promis.

Le Donbass est le cœur industriel de l'est de l'Ukraine, où on parle majoritairement le russe et où des indépendantistes soutenus par Moscou combattent les forces ukrainiennes depuis huit ans. Ces groupes sécessionnistes ont déclaré l'indépendance de deux républiques reconnues par la Russie.

Notre     dossier Guerre en Ukraine

Les frappes russes se multiplient

Selon le porte-parole de l'armée ukrainienne, Oleksandr Motuznyak, l'armée russe attaque mardi l'ensemble de la ligne de front dans l'est du pays en accentuant son siège sur Marioupol et en poursuivant ses efforts pour encercler des villes des régions de Donetsk et de Louhansk.

« Le but [de l'offensive russe] est de défaire les forces ukrainiennes, d'établir un contrôle sur les territoires de Donetsk et de Louhansk et d'établir un corridor terrestre vers la Crimée. »

— Une citation de  Oleksandr Motuznyak, porte-parole de l'armée ukrainienne

Les médias ukrainiens ont effectivement signalé de nombreuses explosions le long de la ligne de front dans la région de Donetsk, notamment à Sloviansk, à Marinka et à Kramatorsk ainsi qu'à Mykolaïv, dans le sud, à Zajorijia, dans le sud-est, et à Kharkiv, dans le nord-est.

Des femmes et des personnes âgées attendent à l'intérieur et à l'extérieur d'un immeuble. Une femme est assise dans un fauteuil roulant.

Des Ukrainiens attendent de recevoir de la nourriture et des médicaments mardi à Kramatorsk, dans la région de Donetsk.

Photo : La Presse canadienne / AP/Petros Giannakouris

À Kharkiv, au moins trois personnes ont été tuées et 21 autres blessées dans des bombardements russes sur quatre quartiers résidentiels, selon des bilans fournis sur Telegram et à la télévision ukrainienne Hromadske par le gouverneur régional Oleg Sinegoubov.

L'intensité des bombardements à Kharkiv s'est accrue, a encore indiqué M. Sinegoubov, qui a demandé aux habitants de la ville, qui n'est pas tombée malgré des assauts russes depuis le début de l'offensive, de se mettre à l'abri et de ne pas sortir dans les rues.

Plus tôt dans la journée, le porte-parole du ministère russe de la Défense, le général de division Igor Konachenkov, avait signalé des dizaines de frappes aériennes et de tirs de missiles de l'armée russe dans le Donbass ukrainien.

Des missiles de haute précision des forces aérospatiales russes ont neutralisé 13 places fortes des unités de l'armée ukrainienne ainsi que des concentrations de troupes près de Sloviansk, dans la région de Donetsk, a-t-il indiqué.

Par ailleurs, l'aviation des forces aérospatiales de la Russie a frappé 60 installations militaires de l'Ukraine, notamment 53 sites de concentration de troupes et de matériel militaire ainsi que trois points de commandement, selon le ministère.

L'artillerie russe aurait touché 1260 installations militaires ukrainiennes, notamment dans les régions de Mykolaïv et de Zaporijia, et 1214 concentrations de troupes au cours des dernières 24 heures. Ces affirmations ne peuvent pas être vérifiées de manière indépendante.

Des hommes creusent des tombes. Des fleurs ont été placées devant d'autres tombes situées à proximité.

À Boutcha, en banlieue de la capitale ukrainienne, Kiev, on continue à creuser des tombes pour enterrer des victimes. Le gouvernement ukrainien accuse l'armée russe d'avoir commis des crimes de guerre, voire un génocide, en exécutant des civils. Moscou dément toute responsabilité et accuse les Ukrainiens de faire des mises en scène.

Photo : Reuters / GLEB GARANICH

Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, a quant à lui dit suivre le plan de libération des républiques séparatistes prorusses de Donetsk et de Louhansk, établi par le président russe Vladimir Poutine, qui a reconnu leur indépendance.

« Les États-Unis et les États occidentaux qu'ils contrôlent font tout pour faire durer au maximum l'opération militaire spéciale. Les livraisons croissantes d'armes étrangères démontrent clairement leur intention : celle que le régime de Kiev se batte jusqu'au dernier des Ukrainiens. »

— Une citation de  Sergueï Choïgou, ministre russe de la Défense

M. Choïgou, qui s'exprimait devant une assemblée de hauts responsables militaires du ministère de la Défense et de l'armée, notamment le chef d'état-major Valéri Guerassimov, en était à sa première apparition publique depuis la fin de mars. Des rumeurs sur son état de santé et sur ses liens tendus avec M. Poutine ont circulé depuis.

Échange de prisonniers

La vice-première ministre ukrainienne, Iryna Verechtchouk, a annoncé mardi que 76 Ukrainiens ont été libérés dans un nouvel échange de prisonniers avec la Russie. Nous avons échangé 60 militaires, dont 10 officiers. Seize civils sont également rentrés chez eux, a-t-elle indiqué sur Telegram.

Mme Verechtchouk n'a pas révélé ce que Kiev a remis à Moscou en échange lors de ce qui est, selon elle, le cinquième échange de prisonniers depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine, le 24 février.

À Washington, un haut responsable du Pentagone s'exprimant sous le couvert de l'anonymat a soutenu que les activités russes dans le Donbass étaient un prélude à une offensive de plus grande envergure. Il a noté que deux groupes tactiques de bataillons russes étaient entrés en Ukraine au cours des dernières heures, portant le total de ces bataillons à 78.

Selon cette source, sept avions transportant des armes destinées à l'Ukraine doivent s'envoler vers l'Europe au cours des prochaines 24 heures.

Marioupol au bord du gouffre

Dans la ville portuaire de Marioupol, assiégée par les troupes russes depuis début mars, des combats sont toujours en cours, a affirmé le gouverneur de la région de Donetsk, Pavlo Kyrylenko, dans une entrevue accordée à CNN. Ces informations sont invérifiables de source indépendante.

« Des combats sont en cours à Marioupol. Ce sont des combats de rue et pas seulement avec des armes légères, mais aussi des batailles de chars dans les rues de la ville. »

— Une citation de  Pavlo Kyrylenko, gouverneur de la région de Donetsk

Les zones où sont concentrés les combattants ukrainiens, à commencer par la zone du complexe métallurgique Azovstal, sont soumises à de lourds bombardements, mais les défenses tiennent le coup, a poursuivi M. Kyrylenko.

Sviatoslav Palamar, un commandant adjoint du régiment nationaliste affilié à l'extrême-droite Azov, qui regroupe l'essentiel des défenseurs ukrainiens, a de son côté affirmé à la télévision que l'usine Azovstal a été bombardée et presque entièrement détruite.

Des soldats ukrainiens creusent des tranchées à quelques kilomètres des troupes russes dans la région de Donetsk pendant que l'offensive dans l'est de l'Ukraine s'intensifie. À Marioupol, l'usine d'Azovstal est prise d'assaut par les séparatistes pro-russes, comme nous l'explique Mariève Bégin.

En début de journée, le ministère russe de la Défense avait appelé toute l'armée ukrainienne à déposer les armes et les derniers défenseurs de la ville de Marioupol à cesser leur résistance insensée. L'armée russe a promis la vie sauve aux combattants qui occupent encore le site industriel d'Azovstal s'ils se rendaient mardi.

« Ne tentez pas le destin, prenez la seule décision correcte, celle de cesser les opérations militaires, et déposez les armes. Nous nous adressons à tous les militaires de l'armée ukrainienne et aux mercenaires étrangers : un sort peu enviable vous attend à cause du cynisme des autorités de Kiev. »

— Une citation de  Extrait d'un communiqué du ministère russe de la Défense

L'armée russe avait proposé un cessez-le-feu à midi, heure de Moscou (5 h, HAE), pour qu'entre 14 h et 16 h [...], toutes les unités armées ukrainiennes sans exception et les mercenaires étrangers sortent [d'Azovstal] sans armes ni munitions. Cette fenêtre s'est depuis refermée sans qu'aucune information sur ce qui s'est passé ne soit communiquée, que ce soit du côté ukrainien ou du côté russe.

Image satellitaire d'un complexe industriel près de la mer.

Cette image satellitaire fournie par la firme américaine Maxar Technologies montre le complexe industriel d'Azovstal, à Marioupol, en date du 9 avril.

Photo : Reuters / Maxar Technologies

L'armée russe avait également annoncé la création de trois colonnes humanitaires dans trois rues situées au nord, à l'ouest et à l'est de l'usine Azovstal. Ces colonnes, composées d'une quarantaine de véhicules, dont des ambulances, devaient permettre de transporter des gens, selon Moscou.

L'agence russe Interfax a indiqué quelques heures plus tard en citant des informations de la télévision d'État russe que 120 civils qui habitaient près du complexe d'Azovstal avaient utilisé ces corridors pour quitter les lieux.

Depuis le début du siège de Marioupol, début mars, Moscou a demandé à plusieurs reprises aux forces ukrainiennes de déposer les armes. La semaine dernière, plus d'un millier de soldats ukrainiens se sont rendus, mais plusieurs centaines d'autres, selon les séparatistes prorusses, sont toujours retranchés dans l'usine.

Mardi, un responsable militaire des séparatistes de Donetsk, Edouard Bassourine, a affirmé que des groupes d'assaut soutenus par l'artillerie et l'aviation russes avaient en partie lancé un assaut sur Azovstal, une information qui ne peut être vérifiée.

À la télévision russe, M. Bassourine a assuré qu'aucun civil ne se trouvait dans cette zone industrielle. Le conseil municipal de Marioupol a plutôt réaffirmé mardi sur Telegram qu'au moins 1000 civils, la plupart des femmes, des enfants et des personnes âgées sont retranchés dans les abris souterrains de l'usine.

Un pétrolier en mer.

Les garde-côtes grecs ont annoncé mardi avoir saisi un pétrolier russe dans le cadre des sanctions imposées par l'Union européenne à Moscou après son invasion de l'Ukraine. Le Pegas, qui compte 19 membres d'équipage, a été saisi près de Karystos, sur la côte sud de l'île d'Eubée, en mer Égée. Un responsable des garde-côtes grecs a précisé que la cargaison du navire n'avait pas été confisquée.

Photo : Reuters / Vassilis Triandafyllou

Selon Mykhaïlo Podolyak, un conseiller du président ukrainien, le siège de Marioupol compromet les négociations de paix entre Kiev et Moscou. Avec la tragédie de Marioupol en toile de fond, le processus de négociation est devenu encore plus compliqué, a-t-il indiqué dans un échange de courriels avec Reuters.

Avec les informations de Reuters, et Agence France-Presse

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !