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Protection du caribou : l’ultimatum à Québec, un message pour toutes les provinces

Un décret pourrait être promulgué par Ottawa si le plan du gouvernement Legault est jugé insuffisant.

Deux caribous mâles s'affrontent.

Le gouvernement fédéral avait demandé aux provinces d'élaborer une stratégie pour protéger l'habitat essentiel du caribou en 2012.

Photo : iStock

La Presse canadienne

L'ultimatum lancé à Québec par le ministre fédéral de l'Environnement, Steven Guilbeault, en ce qui concerne la protection du caribou forestier pourrait indiquer que la patience d'Ottawa a ses limites avec les provinces qui n'assument pas leurs responsabilités pour protéger la faune, croient des écologistes.

Rachel Plotkin, une spécialiste du caribou à la Fondation David Suzuki, estime que la menace du ministre Guilbeault en ce qui a trait à la protection unilatérale de l'habitat de cette espèce sur le territoire québécois pour protéger les populations en déclin démontre qu’Ottawa est prêt à adopter la ligne dure après des années de laisser-aller.

En tant que militante qui a été engagée pour tenter de renforcer les outils de la Loi sur les espèces en péril, je suis très heureuse de voir qu'un ministre semble avoir finalement la volonté de s'en servir, a déclaré Mme Plotkin.

Le gouvernement fédéral avait demandé aux provinces d'élaborer une stratégie pour protéger l'habitat essentiel du caribou en 2012. Toutefois, selon Mme Plotkin, Ottawa a toujours été réticent à contraindre les provinces à agir, même si les populations continuaient de diminuer.

« Ça démontre que le gouvernement fédéral est tanné d'attendre que les provinces posent les bons gestes [et que] sa patience a atteint sa limite. »

— Une citation de  Rachel Plotkin, spécialiste du caribou à la Fondation David Suzuki

Dans une lettre datée du 8 avril, le ministre Guilbeault a donné au gouvernement du Québec jusqu'au 20 avril pour lui faire part de son plan de protection du caribou et de l'habitat de ce cervidé. Si ce plan est jugé insuffisant, M. Guilbeault recommandera au cabinet fédéral de promulguer un décret pour protéger une partie de l'habitat de cet animal sur le territoire québécois, quelles que soient les objections de la province.

Ottawa a récemment conclu une entente avec l'Alberta en ce qui concerne un plan de protection du caribou forestier et négocie actuellement avec la Colombie-Britannique et l'Ontario.

Malheureusement, il semble y avoir peu de volonté de la part du gouvernement du Québec de trouver des terrains, s’est désolé M. Guilbeault jeudi.

Le ministre Guilbeault espère toujours parvenir à une entente avec Québec et éviter de le contraindre à se conformer à un décret.

Steven Guilbeault en gros plan devant une rangée de drapeaux canadiens.

Le ministre fédéral de l'Environnement, Steven Guilbeault

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Jeremy Kerr, professeur de biologie à l'Université d'Ottawa, estime que l’intervention de M. Guilbeault est un rappel brutal du fait que les ministères provinciaux de l'Environnement doivent assumer leurs responsabilités.

Selon lui, le ministre fédéral de l'Environnement ne prend pas à la légère la décision d’imposer la volonté d'Ottawa à une province, en particulier à celle qui s'oppose avec le plus de véhémence à l'ingérence fédérale.

« Si le ministre fédéral [Steven Guilbeault] est prêt à entrer dans ce genre de situation potentiellement litigieuse avec le Québec, alors il est peut-être prêt à le faire n'importe où. »

— Une citation de  Jeremy Kerr, professeur de biologie à l'Université d'Ottawa

Ottawa a déjà émis des ordonnances d'urgence pour conjurer les menaces immédiates qui pèsent sur une espèce, notamment en arrêtant les projets de construction dans le sud du Québec pour protéger la rainette faux-grillon de l'Ouest, a rappelé Anne-Sophie Doré, avocate au Centre québécois du droit de l'environnement.

Toutefois, cette nouvelle mesure envisagée par le ministre Guilbeault est sans précédent, insiste-t-elle.

Contrairement aux ordonnances d'urgence, un décret protégerait les habitats dans leur intégralité et pourrait durer cinq ans, a précisé Mme Doré.

La Loi sur les espèces en péril prévoit des sanctions en cas de non-respect d'une ordonnance, mais il est possible que le Québec tente de contester ces sanctions devant les tribunaux, a ajouté Mme Doré.

Réduction des activités

M. Guilbeault a précisé jeudi que l'ordonnance de protection couvrirait environ 35 000 kilomètres carrés au Québec.

Selon M. Kerr, ce décret pourrait introduire de nouveaux éléments qui iraient d'une cessation des activités d'utilisation des terres qui menacent la survie du caribou dans ces zones à l'exigence que la gestion de ces zones soit modifiée.

Les recherches ont démontré que le caribou a besoin de forêts épaisses et anciennes pour se nourrir et pour se protéger contre ses prédateurs.

Plan rapproché de la tête d'un caribou.

L'habitat du caribou forestier est fortement perturbé.

Photo : iStock

Jusqu’à présent, les gouvernements ont été réticents à réduire les activités industrielles telles que l'exploitation forestière. Ces activités ont entraîné le remplacement des vieux arbres par de plus jeunes et ont fait apparaître des chemins qui permettent aux prédateurs d'atteindre plus facilement les caribous. Afin de protéger les cervidés, il ne fait aucun doute que les activités industrielles sur leur territoire doivent être considérablement réduites, selon M. Kerr.

Le premier ministre du Québec, François Legault, a déclaré mardi que l'ultimatum de M. Guilbeault est un autre exemple de l'ingérence du gouvernement de Justin Trudeau dans les domaines de compétence provinciale. Le Québec, a-t-il dit, a une commission indépendante sur la protection du caribou qui cherche à trouver un équilibre avec la protection des emplois, qui sont importants dans certaines régions du Québec.

M. Kerr, Mme Plotkin et Mme Doré constatent toutefois que depuis plusieurs années, au Québec, les autorités se montrent peu disposées à introduire des changements significatifs pour protéger le caribou forestier.

Le statu quo ne peut pas continuer si nous voulons avoir un avenir où la faune survive et se rétablisse, a lancé Mme Plotkin. Espérons que ce coup de semonce fédéral suscitera ces changements.

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