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Inflation et hausse du taux directeur : à quoi les Canadiens doivent-ils s’attendre?

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Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, s'attend à ce que l'inflation s'établisse à 6 % pendant la première moitié de 2022.

Photo : Bloomberg / Sean Kilpatrick

Radio-Canada

La Banque du Canada a augmenté son taux directeur d’un demi-point de pourcentage cette semaine, le faisant passer de 0,5 à 1 %. Il s’agissait de la première hausse d’une telle ampleur en plus de 20 ans et les Canadiens devront s’y faire, affirment certains spécialistes.

L’économie peut supporter des taux d’intérêt plus élevés et elle en a besoin, a noté le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem.

Le plus haut responsable de la politique monétaire au pays s’inquiète de la généralisation des pressions sur les prix au Canada, alimentées entre autres par la guerre en Ukraine. Et pour cause : le pouvoir d’achat des Canadiens est frappé de plein fouet. Le rythme annuel de l’inflation a atteint les 5,7 % en février. Le prix du panier d’épicerie à lui seul a augmenté de 7,4 %. Le prix de l’essence a bondi de 48 % en un an.

Se loger à coût plus élevé

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre l’augmentation du taux directeur et celles qui suivront, car la Banque du Canada a pour objectif de maintenir l’inflation à 2 %. En augmentant son taux directeur, elle envoie un signal aux institutions financières selon lequel elles doivent majorer leurs taux d’intérêt, ce qui décourage les emprunts et les dépenses.

Supposons une hypothèque de 500 000 $ sur 25 ans à taux fixe. Une hausse de 50 points de base implique une hausse mensuelle du paiement hypothécaire de 125 $, illustre Serge Coulombe, professeur d’économie à l’Université d’Ottawa et invité à l'émission Les faits d'abord. Ça, c’est pour la hausse de 50 points de base. Mais on doit s’attendre à ce que la hausse dans le courant de l’année soit d’au moins deux points de pourcentage, ce qui implique une hausse des paiements hypothécaires mensuels de 500 $.

C’est une ponction importante dans le budget des ménages qui ont emprunté pour s’acheter une maison récemment, souvent à des prix très élevés, ajoute-t-il, notant que la majorité des hypothèques contractées par les premiers acheteurs s'élèvent à au moins 500 000 $, le prix moyen d'une maison au Canada étant nettement supérieur.

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Le prix moyen d'une maison au Canada a atteint le sommet de 748 450 $ en janvier dernier.

Photo : Radio-Canada

Aux yeux de M. Coulombe, cet exemple illustre toute la difficulté qu'il y a à contrer les pressions inflationnistes. C’est difficile de lutter contre l’inflation et d'être populaire parce que ça implique de resserrer les conditions de crédit pour les ménages et pour les entreprises. C’est pour cette raison qu'on ne confie pas cette tâche aux politiciens, qui doivent être réélus.

Payer de plus en plus pour se nourrir

Et ces pressions inflationnistes ne sont pas près de s’estomper. Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l’Université Dalhousie, s’attend à voir l’abordabilité alimentaire devenir un problème de taille au cours de la prochaine année.

Cet expert souligne qu’historiquement, le taux d’inflation alimentaire canadien, évalué à 7,4 % en février, finit toujours par rattraper celui de notre voisin américain, qui s'établit actuellement à 8,8 %. Les choses se corsent de plus en plus. [...] On s’attend à ce que le taux d’inflation alimentaire dépasse même les 9 % au cours des prochains mois. Ce sera difficile pour les ménages qui n’ont pas nécessairement les moyens d’absorber ce genre de hausse.

La guerre entre la Russie et l’Ukraine, deux des principaux exportateurs mondiaux de céréales, se révèle particulièrement perturbatrice pour le prix des denrées.

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L'Ukraine et la Russie figurent parmi les cinq premiers exportateurs mondiaux de blé et de maïs. Ensemble, ces deux pays fournissent 30 % du blé et 20 % du maïs aux marchés mondiaux.

Photo : afp via getty images / SERGEI SUPINSKY

Le professeur Charlebois donne l'exemple de l’Allemagne, très dépendante des produits alimentaires ukrainiens, où les détaillants alimentaires ont prévenu qu’ils allaient augmenter leurs prix de 20 à 50 % d’ici la fin de l’été.

Il s’inquiète également de l’incidence d’une décision prise cette semaine à Washington dans le but de diminuer le prix de l’essence. Le président Biden a annoncé l’allègement de certains restrictions sur la vente d’un carburant qui contient 15 % d'éthanol, le E15.

On va encore sacrifier beaucoup plus de maïs de la filière agroalimentaire à la filière énergétique, ce qui va diminuer la quantité de grains sur les marchés, fait-il observer. Le prix des denrées risque d’augmenter encore plus au cours des prochains mois.

La hausse des coûts fait mal aux manufacturiers

Les ménages ne sont pas les seuls affectés par l’inflation.

La présidente-directrice générale de Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ), Véronique Proulx, rappelle que les entreprises de la province sont aux prises depuis deux ans avec des difficultés d’accès aux matières premières à cause d’une série de perturbations.

La grève au port de Montréal, les barrages ferroviaires, les usines qui ont fermé pendant la pandémie, le paquebot coincé dans le canal de Suez [...] : tous ces événements se sont additionnés pour mettre beaucoup de pression sur nos manufacturiers.

Véronique Proulx cite la hausse du prix du transport des matières premières comme une des principales conséquences de ces perturbations.

Depuis deux ans, il y a une hausse du prix du conteneur, du transport par bateau, de l'essence également. On le sait, car on fait beaucoup de transport par camion vers les États-Unis. Il y a une pression incroyable sur le modèle d’affaires de nos manufacturiers liée à cette hausse des coûts. Dans ce contexte, certaines entreprises n'auraient-elles pas avantage à rapatrier une partie de leur production?

Ce n’est pas si simple, selon la PDG de MEQ.

Certaines entreprises envisagent de ramener de la production de la Chine au Québec ou au Canada compte tenu des coûts de transport et de toutes les difficultés qu’ils ont eues ces dernières années. Mais en même temps, le plus grand défi dans tout ça, c'est la pénurie de main-d'œuvre. On a déjà de la difficulté à produire ce qu’on a à produire parce qu’on n'a pas les travailleurs dont on a besoin. Si, en plus, on pense ramener davantage de production ici, comment est-ce qu’on va faire?

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La PDG de Manufacturiers et exportateurs du Québec affirme que 30 000 postes sont à pourvoir dans le secteur manufacturier.

Photo : Radio-Canada

Refroidir l’économie?

S’il estime qu’une certaine relocalisation de la production au pays est plausible à long terme en raison des problèmes d’approvisionnement auxquels se heurtent les manufacturiers, Serge Coulombe est d’avis que le contrôle de l’inflation demeure le problème le plus pressant à court terme, parce que les hausses de prix se traduisent par une baisse du niveau de vie des gens.

Les salaires des Canadiens augmentent moins rapidement que l’inflation, une tendance également observée aux États-Unis. Or, la pression pour faire augmenter les salaires pourrait elle-même amener de l’eau au moulin de l’inflation en faisant augmenter les coûts des entreprises. Or, les entreprises pourraient refiler cette hausse aux consommateurs en augmentant leurs prix.

Ce qu’il faut à court terme pour calmer le jeu, c’est refroidir l’économie, explique Serge Coulombe. Ce n’est pas facile politiquement parce que ce n’est pas populaire, mais il faut le faire, parce qu’on risque de se retrouver dans une situation comme dans les années 1980, où on a dû livrer une guerre contre l’inflation et où on a eu des taux d’intérêt hypothécaires de l’ordre de 15 % annuellement.

Dans ce contexte, Serge Coulombe juge contre-productives certaines mesures budgétaires récemment annoncées par Québec et par Ottawa, que ce soit l’envoi d’un chèque de 500 $ à tous les adultes québécois qui gagnent moins de 100 000 $ par année ou la création d’un compte d'épargne exonéré d’impôt pour aider les Canadiens à s’acheter une première propriété.

Dans le cas du chèque de 500 $, on donne de l’argent aux gens, donc on vient encore faire augmenter la demande. Dans le cas de l’aide aux premiers acheteurs au Canada, si elle s’avère efficace, les gens auront plus d’argent pour acheter leurs maisons et ça va faire augmenter le prix des maisons.

Ce sont des mesures politiciennes, laisse-t-il tomber. On ne lutte pas contre l’inflation en donnant de l’argent aux gens.

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