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Des « champignons magiques » comme thérapie? D’anciens combattants ouvrent la voie

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Certains hallucinogènes aident des vétérans américains qui souffrent de stress post-traumatique.

Photo : getty images/istockphoto / vasile voicu

La Presse canadienne

Les champignons hallucinogènes gagnent en popularité aux États-Unis comme moyen de traiter certains troubles mentaux comme le stress post-traumatique. Cette pratique s'impose même tranquillement dans les États les plus conservateurs grâce à d'anciens combattants.

C'est notamment le cas de l'Utah, devenu au moins le quatrième État depuis deux ans à autoriser l'étude du potentiel médical des substances hallucinogènes, dont la consommation demeure illégale au regard de la loi fédérale.

Plusieurs municipalités ont aussi choisi de décriminaliser les champignons magiques alors que d'énormes investissements inondent ce nouveau marché potentiel.

D'après certains experts, la recherche sur les hallucinogènes semble prometteuse comme moyen de traiter divers problèmes allant du choc post-traumatique à la dépendance au tabac. Toutefois, le recours à ces substances comporte de graves dangers, surtout pour les patients qui ont d'autres problèmes de santé mentale.

C'est le cas de Matthew Butler, un ancien combattant qui a passé 27 ans dans l'infanterie américaine. Il aura eu besoin d'une journée en cellule pour prendre conscience du fait que son trouble de stress post-traumatique (TSPT) était devenu hors de contrôle.

Récemment retraité des bérets verts, il avait déjà essayé les antidépresseurs, la thérapie et la zoothérapie. Sauf qu'au moment où sa famille a tenté de lui ouvrir les yeux en lui présentant clairement les faits dans la résidence familiale, il a explosé et a défoncé un mur. De toute évidence, aucune solution n'avait fonctionné.

J'avais une belle maison, un bon emploi, tout, mais je ne dormais pas, je faisais des cauchemars, l'anxiété me rongeait, j'évitais les foules, a-t-il confié. Ma vie était un naufrage.

Une vie transformée

Ce sont finalement les hallucinogènes qui ont changé sa vie, explique-t-il.

J'ai réussi à remonter très loin et j'ai eu une prise de conscience : "Oh, je vois ce qui s'est passé. Je comprends, maintenant", raconte l'homme de 52 ans. Aujourd'hui, il n'a plus affaire aux policiers, il jouit d'un mariage heureux et il s'est réconcilié avec ses parents.

M. Butler, qui vit en banlieue de Salt Lake City, fait partie d'un mouvement d'anciens combattants qui tentent de convaincre les élus de plusieurs États d'étudier l'usage de certaines drogues hallucinogènes comme traitement médical.

Jusqu'ici, l'Oregon demeure le seul État à avoir rendu légale l'utilisation thérapeutique de la psilocybine, l'ingrédient actif de certains champignons.

Cependant, le débat est ouvert dans de nombreux autres États américains, non seulement dans des États démocrates comme Hawaï, le Connecticut et le Maryland mais aussi dans les États républicains du Texas, de l'Utah et de l'Oklahoma, où des projets de loi sont à l'étude.

Opposition au cannabis

Ces avancées contrastent avec l'opposition obstinée sur laquelle bute l'usage du cannabis à des fins médicales. Les élus de l'Utah se sont longtemps opposés à cette avenue jusqu'à ce qu'un référendum sur la question parvienne enfin à forcer le gouvernement à aller de l'avant.

Dans le cas des drogues hallucinogènes, la proposition visant à étudier l'efficacité d'un large éventail de substances a facilement été adoptée cette année.

Même scénario au Texas, où le cannabis est toujours illégal, qu'il soit consommé dans un contexte médical ou non. Étonnamment, l'an dernier, l'ex-gouverneur républicain Rick Perry a parrainé un projet de loi qui accorde 1,4 million $ US à l'étude d'un traitement à la psilocybine pour atténuer les effets des troubles du stress post-traumatique.

Il y a un ostracisme et un tabou rattachés à la psilocybine et à la majorité des hallucinogènes. Cette situation remonte aux années 1960 et 1970. C'est très difficile à combattre, explique le représentant démocrate Alex Dominguez, qui a déposé ce projet de loi. Mon approche a consisté à dire : "Penchons-nous sur le groupe de personnes que tous les partis affirment soutenir", c'est-à-dire, évidemment, les anciens combattants.

M. Dominguez s'est aussi tourné vers des voix conservatrices favorables, par exemple l'ex-gouverneur Perry, et leur a laissé le fardeau de convaincre les gens de leur côté du spectre politique.

Le Maryland a également approuvé son propre projet de recherche. Puis, des villes comme Washington D.C., Denver, Oakland, Santa Cruz, Ann Arbor et Cambridge ont décriminalisé la psilocybine.

Une foule d'investisseurs en capital de risque

Au-delà d'une certaine ouverture de la part des autorités, une foule d'investisseurs en capital de risque ont injecté des fonds pour être les premiers à pénétrer le marché des drogues hallucinogènes thérapeutiques, mentionne John Krystal, directeur du département de psychiatrie de l'Université Yale.

Il s'agit d'un étonnant revirement de situation dans un domaine d'études qui avait captivé les chercheurs des années 1950 et 1960 avant que les champignons magiques et le LSD ne deviennent des drogues récréatives illégales.

De nouvelles études tendent maintenant à indiquer que la psilocybine peut être utile dans le traitement de nombreux troubles qui vont de la dépression grave à l'alcoolisme, affirme Ben Lewis, professeur adjoint au département de psychiatrie de l'Université de l'Utah.

« Les gens parlent de la période actuelle comme de la renaissance des hallucinogènes. Jusqu'à 30 % des personnes qui souffrent de dépression sont considérées comme étant résistantes aux traitements actuels. »

— Une citation de  Ben Lewis, professeur adjoint au département de psychiatrie de l'Université de l'Utah

M. Lewis ajoute que certaines avancées récentes alimentent l'enthousiasme en ce qui a trait à certaines drogues.

Par ailleurs, le risque de dépendances et de surdoses est considéré comme étant faible avec les hallucinogènes, surtout sous supervision médicale. Par contre, il existe des risques pour la santé cardiaque ainsi que pour la santé psychologique, particulièrement chez ceux qui ont des antécédents familiaux de troubles bipolaires et de schizophrénie.

De nombreuses substances hallucinogènes comme le LSD, la mescaline, la psilocybine et l'ayahuasca sont des produits à base de plantes consommés depuis fort longtemps par des communautés autochtones dans le monde entier.

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