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Analyse

Élection présidentielle en France : Vladimir Poutine vote Marine Le Pen

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Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national

Photo : Getty Images / Sam Tarling

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« Poutine assassin, Le Pen complice! » C’était le 13 avril à Paris : Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national à la présidence française, a été interpellée par des militants (notamment de l’organisation SOS Racisme) sur ses liens privilégiés avec le président russe Vladimir Poutine.

C’était juste avant et pendant une conférence de presse, qui avait justement pour but d’exposer la politique étrangère d’une éventuelle présidence Le Pen. Une politique qui allait être marquée par la remise en question des liens de la France avec l’Union européenne et l’OTAN – mais sans rupture, a-t-elle promis. Et aussi par un rapprochement avec la Russie, qui a été déjà qualifiée d’alliée par Mme Le Pen. Une alliée qu’il faudra retrouver dès que la guerre d’Ukraine sera terminée.

Habilement, elle prétend se placer dans la continuité d’anciens présidents comme Charles de Gaulle qui, en 1966, avait sorti la France du commandement intégré de l’Alliance atlantique tout en restant membre de l’OTAN. En 2009, Nicolas Sarkozy avait ramené le pays dans le giron. Aujourd’hui, elle dit : on sort à nouveau du commandement de l’Alliance.

Une proximité revendiquée

De façon générale, on peut dire que la proximité de Marine Le Pen avec la Russie est assez claire et même historiquement revendiquée par la candidate elle-même.

Comme d’autres leaders populistes de droite en Europe (mais pas uniquement de droite), elle a une affection marquée pour l’homme de Moscou. Au fil des ans, elle a multiplié les marques d’allégeance et d’admiration envers Vladimir Poutine.

Pour payer les factures de son parti, elle a contracté au cours des années 2010 des prêts en Russie et en Hongrie, où se trouve le gouvernement le plus prorusse de l’Union européenne et où le premier ministre Viktor Orban, récemment réélu, est un ami et un cousin idéologique.

Le 24 mars 2017, à quatre semaines du premier tour de l’élection présidentielle, Mme Le Pen avait été reçue au Kremlin presque comme un chef d’État. Prise ce jour-là, la photo de leur poignée de main a largement circulé. La présidence russe avait même émis, ce jour-là, une déclaration d’appui quasi explicite à sa candidature.

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Marine Le Pen lors de sa rencontre avec le président Vladimir Poutine au Kremlin en 2017.

Photo : afp via getty images / MIKHAIL KLIMENTYEV

Cinq ans plus tard, revoilà Marine Le Pen en finale face à Emmanuel Macron (second tour le 24 avril), avec plus de chances que jamais de l’emporter. Les sondages lui accordent dix, voire quinze points de plus que lors de l’élection de mai 2017, où elle avait plafonné à 34 %. La déclaration d’appui d’il y a cinq ans, au Kremlin, n’a pas été répétée en ce printemps 2022 – Poutine est occupé sur d’autres fronts –, mais on peut parier qu’elle tient toujours… et même plus que jamais!

Cité par Le Monde, l’analyste politique et ancien premier ministre italien Enrico Letta a déclaré : Si, le 24 avril, c’était Le Pen… eh bien Poutine pourrait arrêter ses chars. Il aurait gagné. Il serait entré au cœur de l’Europe.

Un peu de discrétion devant la guerre

Bien sûr, ces dernières semaines, Marine Le Pen a mis sous le boisseau son amitié avec le régime Poutine. Début avril, devant les horreurs de Boutcha (les exécutions sommaires de civils) et de Kramatorsk (la gare bombardée) en Ukraine, elle y est allée d’un rétropédalage tactique.

Notre dossier Guerre en Ukraine

Toutefois, encore là, c’était du bout des lèvres : Oui, ce sont des crimes de guerre. Mais elle le disait comme si elle y avait été contrainte, changeant vite de sujet et sans qu’elle n’ait pu – ou voulu – nommer clairement l’agresseur et l’agressé!

Elle s’est bornée à ajouter : On va attendre que l’ONU nous dise ce qui s’est passé. Elle qui par ailleurs se méfie de l’ONU et dénonce régulièrement les grandes organisations internationales!

On peut donc penser que Marine Le Pen, malgré ce petit pas de côté un peu forcé, continue d’incarner, comme actrice politique et comme représentante d’une tendance réelle dans l’opinion publique française, une inflexion prorusse assez marquée. Avec, en ce tragique printemps 2022, un souhait supplémentaire : ne pas trop en faire pour les Ukrainiens, surtout si ça devait coûter cher d'un point de vue économique.

L’élection de Marine Le Pen serait donc une excellente nouvelle pour Vladimir Poutine. On peut parier qu’avec son ami Kirill, le patriarche orthodoxe russe, il a fait brûler quelques cierges pour sa chère alliée française.

Référendum sur l’Europe

Emmanuel Macron a parlé de cette élection comme d’un référendum sur l’Europe avec un possible effet d’entraînement sur le reste du continent.

Peut-on alors pronostiquer qu’une victoire de Marine Le Pen entraînerait un changement radical de la diplomatie française face à la Russie, face à l’Europe et au monde? Oui, et c’est même un enjeu capital de cette élection française : Le Pen exprime une ligne prorusse, anti-Union européenne, dont elle est le chef de file à l’échelle du continent mais qu’elle n’est pas du tout la seule à exprimer.

Dans plusieurs pays d’Europe et derrière l'apparente quasi-unanimité des 27 face à Moscou, visible depuis février, se cachent en réalité des opinions publiques et des configurations politiques diverses qui peuvent changer d’une élection à l’autre.

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Marine Le Pen et le premier ministre hongrois Viktor Orban à Budapest en 2021.

Photo : afp via getty images / ATTILA KISBENEDEK

Dans ces opinions publiques existe un autre point de vue : anti-OTAN, anti-ligne dure face à Moscou, antiaméricain. On peut le voir dans les sondages, dans le discours de divers partis politiques – français, italiens, hongrois, tchèques – qui sont souvent dans l'opposition mais parfois proches du pouvoir ou carrément au pouvoir (Hongrie).

Ces tendances et ces gens, on les trouve surtout dans la droite nationaliste radicale, mais pas seulement (Jean-Luc Mélenchon en France, une partie du SPD en Allemagne). Des gens qui disent par exemple : Pas de livraisons d'armes à l'Ukraine, pas de sacrifices économiques pour la supposée solidarité avec les Ukrainiens, pas d'embargo sur le gaz russe, négociation, diplomatie et rien d’autre.

Ces points de vue existent et ne sont pas marginaux. Exprimés en France par des candidats comme Jean-Luc Mélenchon (gauche radicale), Éric Zemmour (ultradroite), Marine Le Pen : à eux trois, ces candidats ont réuni le 10 avril pas moins de 52 % des suffrages exprimés.

L’internationale pro-Moscou… de l’extrême gauche à l’extrême droite

Au siècle dernier, il y avait une internationale pro-Moscou qui était communiste. Mais aujourd’hui, ce sont des partis et des personnalités d’une tout autre idéologie qui appuient la Russie autoritaire, voire qui parlent en son nom.

Là où, il y a 50, 60 ou 70 ans, la cinquième colonne de Moscou en Europe gravitait autour des partis communistes français, italien, espagnol. Depuis le début des années 2010, cette nouvelle internationale – malgré un paradoxe apparent dans les termes – est formée de nationalistes d’extrême droite : ce sont, en 2022, les petits frères et les petites sœurs idéologico-stratégiques de Poutine.

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Marine Le Pen et Steve Bannon, l'ancien conseiller de l'ex-président américain Donald Trump, à Paris en 2018.

Photo : Getty Images / Sylvain Lefevre

Il existe en Europe, en faveur de cette tendance, un réservoir stratégique dans les opinions publiques et dans les configurations politiques toujours changeantes d’une élection à l’autre. L’élection présidentielle française est un test crucial. À terme, cette tendance pourrait miner, voire contrecarrer la ligne suivie actuellement face à Moscou.

Ces gens-là ont voté Zemmour, Mélenchon, Salvini en Italie, Orban en Hongrie. Le 24 avril, beaucoup d'entre eux vont voter Marine Le Pen.

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