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Un premier village de logements abordables imprimé en 3D pourrait voir le jour en C.-B.

Infographie représentant 5 maisons imprimées en 3D, au toit vert, disposées en forme de fleur et entourées d'arbres.

La construction des 5 habitations de type Fibonacci disposées en forme de fleur de cerisier est prévue dans les prochains mois près de Nelson, en Colombie-Britannique

Photo : Twente Additive Manufacturing

Une organisation internationale qui vise à fournir un foyer à tous et une entreprise d’impression de maisons en 3D tentent de bâtir un premier village de maisons 3D abordables au Canada, mais elles se heurtent à des problèmes de financement.

Don McQuaid dirige l’organisation internationale sans but lucratif World Housing, qui vise à mettre fin à l’itinérance. Ian Comishin est à la tête de l’entreprise d’impression 3D Twente Additive Manufacturing. Ensemble, ils nourrissent le rêve de construire un village de logements abordables imprimé en 3D près de Nelson, en Colombie-Britannique, un premier projet du genre au Canada. Le financement se fait toutefois attendre.

Vous pouvez imaginer ici cinq maisons Fibonacci, décrit Ian Comishin, debout au milieu d’un terrain déboisé à Procter, près de Nelson, dans les Kootenay, sa région d’origine.

Ian Comishin au centre du terrain déboisé qui doit accueillir le village de logements abordables.

Ian Comishin, le président de l'entreprise Twente Additive Manufacturing, s’est lancé dans la construction de maisons en 3D parce qu’il croit que cette technologie d’impression peut faire progresser l’industrie.

Photo : Radio-Canada / Raluca Tomulescu

La maison Fibonacci, imaginée et construite par Twente Additive Manufacturing, est une maison de béton conçue par une imprimante 3D, à la structure courbée, inspirée de la séquence mathématique du même nom. Le premier et seul exemplaire de l’entreprise au Canada se situe sur le même terrain, à quelques centaines de mètres de ce qui doit devenir le village de logements abordables.

Le projet, qui porte déjà le nom de Sakura Place, est destiné à fournir un toit à des mères monoparentales et à leurs enfants. L'idée, c'est d'avoir un endroit sain et sécuritaire pour elles, mais aussi moins cher que d’habitude. À Nelson, c'est vraiment dispendieux pour la location maintenant, explique Ian Comishin. Chacune des maisons, d’une superficie d’environ 95 mètres carrés (1000 pi2), comportera trois chambres à coucher.

Une maison en béton imprimée en 3D.

La première maison Fibonacci au Canada, imaginée par Ian Comishin et son équipe, se trouve à Procter, près de Nelson, en Colombie-Britannique. Elle peut être louée sur le site Airbnb.

Photo : Radio-Canada / Raluca Tomulescu

Une technique de construction plus efficace

Selon Ian Comishin, l’impression de maisons en 3D a le potentiel de déclencher une révolution dans l’industrie de la construction, particulièrement en ce qui concerne la construction de logements abordables.

« On est capables de fabriquer des maisons beaucoup plus rapidement, pour moins d’argent. »

— Une citation de  Ian Comishin, président, Twente Additive Manufacturing

Il estime que chaque maison de Sakura Place coûterait 400 000 dollars à construire. C'est 15 % à 20 % de moins qu’une maison construite avec des méthodes traditionnelles, selon lui.

Pour une maison de type Fibonacci, le travail d’imprimante c'est moins de 10 % de la valeur de la maison. Le reste des frais vient du plafond, du plancher, des tuyaux, des produits qui n’ont rien à voir avec le béton, précise Ian Comishin.

Une grande imprimante 3D au centre d’un atelier.

Cette imprimante, baptisée Leonardo 1 par Twente Additive Manufacturing, est l’une des trois qui se trouvent sur le site, à Procter. Il s’agit d’un prototype de robot capable d’imprimer des éléments de grande taille.

Photo : Radio-Canada / Raluca Tomulescu

Il prévoit que les cinq habitations seront imprimées presque entièrement sur le terrain qui doit les accueillir, en y déplaçant une des trois imprimantes qui se trouvent déjà à Procter. La construction de chaque maison prendrait entre 10 et 14 jours.

Au-delà de l’aspect social, le projet comporte aussi une part d’expérimentation et d’apprentissage. Ça va être une validation pour voir si on peut fabriquer beaucoup plus [de maisons] avec cette technologie, affirme Ian Comishin.

L’imprimante Leonardo 1 s'affaire à la conception d'un panneau servant à recouvrir la façade de l'atelier qui l'abrite.

Parvenir à fabriquer plus de maisons en 3D pour les personnes dans le besoin, c’est ce que vise justement Don McQuaid, le directeur général de World Housing, dont le siège social est à Vancouver.

L’organisation a financé une communauté de 10 maisons imprimées en 3D à Tabasco, au Mexique, et elle est aussi responsable de trouver le financement pour Sakura Place, un de ses premiers projets au Canada.

On se concentrait sur les pays en voie de développement, mais avec la COVID-19, on a pris conscience du fait qu’on ne peut pas rester à la maison si on n’a pas de maison, explique Don McQuaid. L’organisme a donc décidé de mettre son expérience en collecte de fonds acquise à l’étranger au profit du Canada, et s’est associé à Twente Additive Manufacturing.

Don McQuaid assis à une table sur une terrasse.

Don McQuaid est le directeur général de l'organisation internationale World Housing, qui a contribué à des projets de construction de logements en Haïti, au Salvador, aux Philippines, en Colombie, au Mexique et au Cambodge. Radio-Canada l'a rencontré à Oliver, en Colombie-Britannique.

Photo : Radio-Canada / Raluca Tomulescu

« Nous devons vraiment innover en matière de construction si nous voulons atteindre notre objectif, à savoir un foyer pour tous. Nous croyons de tout cœur en l'avenir de l'impression 3D. »

— Une citation de  Don McQuaid, directeur général, World Housing

Selon Don McQuaid, des imprimantes de maisons en 3D pourront à l’avenir être déplacées dans des communautés éloignées, comme dans le nord de la Saskatchewan ou du Manitoba. Des villages entiers pourraient y être bâtis en un été grâce à cette technologie, selon lui.

Une maison de béton imprimée en 3D entourée de plantes et de meubles de jardin.

World Housing a financé une communauté de maisons imprimées en 3D à Tabasco, au Mexique.

Photo : World Housing

Un parcours semé d’embûches

Même si Ian Comishin et Don McQuaid sont convaincus des bénéfices de la technologie d’impression 3D dans la construction de logements abordables, l’aboutissement de Sakura Place n’est pas garanti pour l'instant.

Les deux responsables du projet affirment qu’à la fin de janvier, la Société canadienne d’hypothèques et de logements (SCHL), une société du gouvernement fédéral dont la mission est de stabiliser le marché de l’habitation, a rejeté pour une seconde fois la demande de World Housing de financer le projet Sakura Place.

L’impression des cinq habitations devait commencer en avril, regrette Ian Comishin, qui admet que la technologie est encore peu connue dans l’industrie de la construction.

La décision de la SCHL a aussi déçu Don McQuaid, qui espère qu’elle accorde autant d’importance aux projets en région rurale, comme celui de Procter, qu’à ceux qui sont en zone urbaine.

Les deux hommes ne baissent cependant pas les bras. Nous sommes toujours inspirés, nous avons toujours l’espoir d’être admissibles, confie Don McQuaid. Il souhaite toujours travailler avec le gouvernement fédéral pour le projet Sakura Place, mais souligne qu’il est aussi à la recherche d’autres donateurs pour le financer.

Malgré tout, Ian Comishin et Don McQuaid espèrent toujours que les familles pourront emménager à Sakura Place d’ici la fin de 2022.

Un processus coûteux, selon la SCHL

La SCHL ne confirme ni n’infirme avoir refusé la demande de financement de World Housing.

Afin de protéger la confidentialité de nos partenaires, les renseignements concernant les demandes, les demandes potentielles ou les projets potentiels ne peuvent pas être rendus publics tant qu’il n’y a pas d’entente signée avec un promoteur, écrit-elle dans une déclaration envoyée par courriel.

Elle ajoute que la plupart des programmes de financement de la Stratégie nationale sur le logement (SNL) du gouvernement fédéral sont fondés sur les demandes, et qu’elle travaille avec les promoteurs pour veiller à ce que leurs demandes soient complètes et prêtes à être classées par ordre de priorité une fois présentées. Elle précise que chaque demande est évaluée au mérite conformément aux lignes directrices du programme demandé.

Dans la même déclaration, la SCHL reconnaît que la technologie d’impression en 3D promet des délais de construction rapides, de faibles coûts de construction, une meilleure qualité/durabilité et une construction plus écologique. Toutefois, poursuit-elle, la technologie en est encore aux premières étapes de son développement, et il existe plusieurs obstacles, dont le coût.

Selon la société fédérale, la technologie est principalement utilisée pour les pièces de faible volume et de grande valeur, et il reste à voir s’il sera possible de promouvoir l’adoption de la technologie à grande échelle pour rendre le processus moins coûteux.

Elle souligne finalement que du financement est offert aux demandeurs partout au pays, y compris dans les régions rurales, bien que les promoteurs de projets en milieu rural et éloigné ne représentent qu’une petite partie du nombre total d’unités engagées dans le cadre de la SNL.

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