•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Joe Biden qualifie les actes de la Russie en Ukraine de « génocide »

Chargement de l’image

Joe Biden prenait la parole dans une usine de Menlo, en Iowa.

Photo : Associated Press / Carolyn Kaster

Le président américain Joe Biden a pour la première fois franchi le pas en employant le mot « génocide », mardi, pour décrire les agissements de l'armée russe en Ukraine. Un terme qu'avait soigneusement évité jusqu'à présent son administration.

Joe Biden a donc fait sienne, publiquement, la position martelée depuis plusieurs jours par son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, qui s'est d'ailleurs réjoui de la sortie du locataire de la Maison-Blanche.

La déclaration du président américain s'est faite, comme d'autres avant elles, dans un contexte surprenant, puisqu'il prenait la parole dans une usine de production de bioéthanol en Iowa, où il détaillait entre autres ce que faisait son administration afin de réduire les coûts pour les familles américaines.

Annonçant une initiative visant à étendre l'utilisation d'un mélange d'essence à base d'éthanol, Joe Biden a montré Moscou du doigt pour l'inflation touchant les Américains.

Votre budget familial, votre capacité à faire le plein, rien de tout cela ne devrait dépendre du fait qu'un dictateur déclare la guerre et commette un génocide à l'autre bout du monde, a-t-il affirmé.

Pour aider à faire face à cette hausse du prix [attribuable] à Poutine, j'ai autorisé la libération d'un million de barils par jour de la réserve stratégique de pétrole, a-t-il poursuivi.

Interrogé par les journalistes quelques heures plus tard, Joe Biden n'a pas cherché à tempérer ses propos, contrairement à d'autres situations récentes où il a devancé la position officielle de son administration.

« Oui, j'ai appelé ça un génocide, parce qu'il est de plus en plus évident que Poutine essaie d'effacer l'idée même de pouvoir être un Ukrainien. »

— Une citation de  Joe Biden, président des États-Unis

Et les preuves s'accumulent, c'est différent de ce que c'était la semaine dernière, a-t-il dit, dénonçant les choses horribles faites par les Russes en Ukraine.

Nous laisserons les avocats [en droit] international décider [si les actes commis atteignent le niveau de] génocide, mais cela y ressemble bien à mes yeux, a-t-il déclaré, estimant qu'on en apprendrait de plus en plus sur la dévastation.

Chargement de l’image

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Photo : via reuters / Bureau de la présidence ukrainienne

Sur Twitter, le président Zelensky a applaudi au virage de son homologue américain et salué les mots d'un vrai leader.

« Appeler les choses par leur nom est essentiel pour s'opposer au mal. »

— Une citation de  Volodymyr Zelensky, président de l'Ukraine

Se disant reconnaissant de l'aide fournie, il a du même souffle réclamé de toute urgence plus d'armes lourdes pour empêcher de nouvelles atrocités russes.

La découverte de cadavres, vraisemblablement de civils exécutés par les forces russes, à Boutcha, en banlieue de Kiev, avait poussé M. Zelensky à dénoncer un génocide au début du mois.

Le Kremlin a dénoncé les propos du président Biden. Notre désaccord est catégorique et nous considérons que de telles tentatives de déformer la réalité sont inacceptables, d'autant plus qu'elles viennent du président des États-Unis, pays dont les agissements dans l'histoire récente sont bien connus, a commenté mercredi son porte-parole, Dmitri Peskov.

Des descriptions aux antipodes

Le terme très chargé brandi par le président américain contraste avec les propos tenus plus tôt par son homologue russe, Vladimir Poutine, qui a vanté les objectifs nobles d'une guerre qu'il persiste à qualifier d'opération militaire spéciale.

Notre tâche est d'accomplir les objectifs fixés en minimisant les pertes. Nous allons agir de manière harmonieuse, calmement jusqu'à l'atteinte de nos buts, a soutenu le maître du Kremlin.

Chargement de l’image

Le président russe Vladimir Poutine

Photo : Associated Press / Andrei Gorshkov

Les témoignages de civils ukrainiens et les nombreux reportages des médias internationaux dépeignent pourtant jour après jour une réalité horrible.

Bombardement de zones civiles ciblant des écoles, des hôpitaux, des garderies et des quartiers résidentiels, actes de torture, meurtres délibérés de civils, viols : les allégations à l'encontre des militaires russes se multiplient au sujet d'actes qui constitueraient au minimum des crimes de guerre en vertu du droit international.

En début de journée, Volodymyr Zelensky a d'ailleurs dénoncé des « centaines de viols » constatés dans les zones précédemment occupées par l'armée russe, y compris sur de jeunes filles mineures et de tout petits enfants.

Moscou continue de nier cibler des civils et rejette la responsabilité sur l'Ukraine, l'accusant de procéder à des mises en scène.

Un terme jusqu'ici évité

Washington était jusqu'ici resté prudent sur le choix des mots, contrairement, par exemple, à la Pologne.

Nous avons vu des atrocités, nous avons vu des crimes de guerre, nous n'avons pas encore vu un niveau de privation systématique de la vie du peuple ukrainien qui atteigne le niveau du génocide, a affirmé le conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, Jake Sullivan, au début du mois.

Pour qu'il y ait génocide, reconnu par le droit international, il faut notamment, selon l'ONU, qu'il y ait une intention de détruire le groupe visé, ce qui est très difficile à prouver.

Dans la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide approuvé en 1948 par l'ONU, le génocide « s'entend de l'un quelconque des actes ci-après, commis dans l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :

  • a) Meurtre de membres du groupe;
  • b) Atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe;
  • c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle;
  • d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe;
  • e) Transfert forcé d'enfants du groupe à un autre groupe. »

Un mot lourd de sens de nouveau évité il y a deux jours à peine par Washington : L'étiquette [apposée à ce qui se passe] est moins importante que le fait que ces actes sont cruels, criminels, mauvais et diaboliques, et qu'il faut y répondre de manière décisive, a affirmé M. Sullivan sur les ondes de CNN.

De façon similaire, Joe Biden avait pour la première fois traité son homologue russe de « criminel de guerre », presque à la volée, le mois dernier, ce qui tranchait avec le ton prudent adopté jusque-là par son administration depuis le début de l'offensive russe en Ukraine.

Ce n'est que quelques jours plus tard que le département d'État, qui insistait auparavant sur ses enquêtes, avait formellement évalué que la Russie commettait des crimes de guerre en Ukraine.

Par la suite, Joe Biden avait de façon impromptue estimé que Vladimir Poutine ne pouvait « pas rester au pouvoir » à la fin d'un discours prononcé à Varsovie, en Pologne, ce qui avait obligé la Maison-Blanche à rétropédaler dans les jours suivants.

Lui-même a ensuite semblé minimiser la portée de ses propos, car il a affirmé qu'ils ne reflétaient pas un changement de politique de son administration à l'égard de la Russie, mais plutôt sa propre indignation morale.

Avec les informations de Washington Post, et CNN

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !