•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Assurance-emploi : des délais coûteux pour certains prestataires

Une femme au travail affiche des problèmes de santé mentale.

Les délais à l'assurance-emploi minent le crédit de certains prestataires.

Photo : iStock

En raison de délais administratifs, Olivier Sabino a attendu quatre mois avant de recevoir ses premières prestations d'assurance-emploi. Résultat, dit-il : sa cote de crédit a été touchée.

Il a finalement reçu au début d'avril près de 10 000 $ de l’assurance-emploi, mais il a dû emprunter de l'argent entre-temps. Il se retrouve donc avec des intérêts impayés et une cote de crédit diminuée.

Après avoir perdu son emploi comme réalisateur, M. Sabino a fait une demande de prestation d'assurance-emploi. Rapidement, il a obtenu ses premières prestations et a poursuivi sa recherche de travail.

Image professionnelle d’un homme qui regarde la caméra.

Olivier Sabino est réalisateur et a perdu son emploi à Toronto.

Photo : Olivier Sabino

Il a accepté en novembre un contrat de 380 $ et déclaré ce revenu obtenu en tant que travailleur autonome.

Je m’attendais à ce qu’ils reprennent ce montant-là lors de mes prochaines prestations; c’était normal, affirme M. Sabino.

Mais son dossier a plutôt été envoyé en révision, et on l’a informé que ses prestations ne seraient pas versées tant qu’une évaluation de son dossier ne serait pas faite.

Lors d’un premier appel à Service Canada, il affirme avoir été informé qu’un délai d’environ trois semaines était à prévoir. Il a alors dû puiser dans ses économies.

Cependant, les délais se sont accumulés.

Pour subvenir à ses besoins, le réalisateur a emprunté à des proches, retiré des placements de ses REER et utilisé ses cartes de crédit.

Dans une déclaration écrite, un porte-parole du ministère de l'Emploi et du Développement social souligne que dans le cas particulier de M. Sabino, le délai est attribuable aux tentatives de fraude [d’une tierce partie] qui nécessitent une vérification de l’identité, ainsi que du fait que le client avait déclaré d’autres sommes d’argent reçues en lien avec un travail indépendant, ce qui a rendu le traitement de la demande et la décision d’admissibilité plus complexe.

M. Sabino a été victime d’une fraude de carte de crédit il y a quelques années, mais il dit que la situation avait été entièrement réglée en collaboration avec son institution financière.

Or, il est loin d’être le seul demandeur d’assurance-emploi en attente du traitement de son dossier.

Au cours de la plus récente semaine pour laquelle le ministère a publié des données, soit celle débutant le 28 mars 2022, 52 810 demandes ont été faites. Parmi les demandes reçues depuis le 27 septembre 2020, 151 180 sont toujours en attente d’une réponse.

Malgré tout, le ministère affirme dépasser actuellement ses cibles pour le traitement des demandes, peut-on lire dans la déclaration.

« La norme de service pour le versement des prestations est d’envoyer les avis de paiement ou de non-paiement dans les 28 jours suivant le dépôt de la demande dans 80 % des cas. Du 1er avril 2021 au 31 mars 2022, Service Canada a dépassé la cible avec un taux de 85,4 %. »

— Une citation de  Déclaration du ministère de l'Emploi et du Développement social

Le Ministère reconnaît toutefois que des demandes plus complexes peuvent nécessiter des délais dépassant six semaines.

Se préparer au pire

M. Sabino affirme qu’il avait des épargnes, un petit coussin, mais qu’il n’avait jamais envisagé devoir maintenir des épargnes lui permettant de subvenir à ses besoins aussi longtemps.

Le conseiller financier Robert Tétrault conseille à ses clients de maintenir si possible entre trois et six mois d’épargne facilement accessible pour les temps difficiles.

Une version précédente de ce texte identifiait de façon erronée le conseiller financier comme étant Richard Tétrault. Son nom a été modifié pour Robert Tétrault dans la version actuelle.

Selon lui, la liquidité est un problème que beaucoup de Canadiens ont. Il suggère aux personnes qui contribuent régulièrement à un régime enregistré d’épargne-retraite (REER) de plutôt déposer une partie de ces sommes dans un véhicule d’épargne plus facilement accessible, comme un compte d’épargne libre d’impôt (CELI).

Mais si les besoins financiers d’urgence dépassent les épargnes disponibles, le gestionnaire de portefeuille pour le Groupe financier Tétrault conseille de ne retirer les REER qu’en tout dernier recours.

Il suggère plutôt de se tourner d’abord vers des proches pour un prêt, de communiquer avec une institution financière pour un prêt à faible taux d’intérêt, et même d’utiliser temporairement les cartes de crédit disponibles avant de retirer de l'épargne-retraite.

« Le REER, vous allez payer votre taux marginal tout de suite au moment de le sortir, alors ça devrait être votre dernier dernier choix. »

— Une citation de  Robert Tétrault, gestionnaire de portefeuille au Groupe financier Tétrault

M. Sabino a dû utiliser toutes ces stratégies pour subvenir à ses besoins pendant quatre mois et demi.

Après avoir obtenu le paiement d'assurance-emploi auquel il avait droit, il se retrouve tout de même avec la facture des intérêts qui se sont accumulés.

De plus, sa cote de crédit a diminué de 80 points, passant d'excellent à très bon.

Le ratio entre le crédit disponible et la dette est un facteur décisif dans l’établissement de la cote de crédit d’un individu.

M. Sabino s’inquiète maintenant que de futurs projets d’emprunt soient mis en péril par cette dévaluation de son crédit. Il souligne également qu’il hésitera à l’avenir avant d’accepter un contrat susceptible de compliquer une demande de prestation, même si dans son industrie, c’est ce type de contact qui peut mener à un emploi.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !