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Toujours aucun programme francophone de sage-femme hors Québec au Canada

Gros plan sur les pieds nus du bébé.

En pleine crise financière, l'Université Laurentienne a aboli le seul programme de sage-femme francophone hors Québec en mai 2015. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les étudiantes qui voulaient s’inscrire à un programme francophone de sage-femme hors Québec devront patienter une fois de plus cette année.

Depuis que l’Université Laurentienne a fermé son programme en français en avril 2021, il n’existe aucune option à l’extérieur de la belle province.

Une situation qui a de graves conséquences sur les communautés francophones en milieu minoritaire.

Le Québec forme seulement des résidents du Québec qui planifient rester au Québec, explique Natalie MacLeod, une sage-femme franco-ontarienne qui enseignait à la Laurentienne avant que celle-ci ne se place à l’abri de ses créanciers.

« Pour des sages-femmes francophones en Ontario ou dans le reste du Canada, on a besoin d’un programme francophone hors du Québec. »

— Une citation de  Natalie MacLeod, sage-femme, Sudbury Community Midwives

Avant d’être aboli dans le cadre de la restructuration, le programme de sage-femme de l’Université Laurentienne était populaire. Pour la rentrée 2020, il y avait plus de 300 demandes d’admission, et seulement une trentaine de places.

Ces demandes d’admission venaient de partout au pays, comme le souligne Buffy Fulton Breathat, également ancienne enseignante au programme de sage-femme de la Laurentienne.

Buffy sourit à la caméra.

Buffy Fulton-Breathat travaille comme sage-femme pour Sudbury Community Midwives. Elle enseignait à la Laurentienne avant que l'établissement n'abolisse le programme de sage-femme.

Photo : Sudbury Community Midwives

Toutes les sages-femmes francophones du Nouveau-Brunswick ont été formées à la Laurentienne, explique-t-elle.

« Ça démontre que l’Ontario avait la capacité d’exporter des sages-femmes francophones dans le reste du Canada. »

— Une citation de  Buffy Fulton-Breathat, sage-femme, Sudbury Community Midwives

Silence du côté des universités ontariennes

Les universités McMaster et Ryerson ont chacune accueilli la moitié des étudiantes de l’ancien programme de la Laurentienne.

Elles ont également embauché quelques anciennes professeures francophones du programme pour que les étudiantes puissent terminer leurs études en français.

Mais McMaster n’offre pas de programme francophone à la rentrée de 2022, comme le précise Liz Darling, la directrice du programme de sage-femme de l’Université.

Nous travaillons avec le ministère pour déterminer quel établissement pourrait reprendre le programme francophone, le plus tôt possible, indique-t-elle. Mais ce ne sera pas prêt à temps pour la prochaine rentrée.

Des vitres d'une structure appartenant à l'Université Ryerson.

L'Université Ryerson de Toronto, qui changera bientôt de nom, a accueilli les élèves de la Laurentienne après la fermeture de leur programme en mai 2021. (Archives)

Photo : CBC / Michael Wilson

L’Université Ryerson confirme également qu’elle ne sera pas celle qui reprendra le flambeau.

Par contre, elle espère qu’une nouvelle université s’engagera à reprendre le programme de sage-femme francophone, écrit un porte-parole dans un échange de courriel avec Radio-Canada.

De son côté, l’École de médecine du Nord de l’Ontario compte prendre les deux prochaines années pour stabiliser ses finances et perfectionner ses programmes existants avant d'offrir de nouveaux programmes, relate une porte-parole.

Contactée à ce sujet, l'Université de Sudbury, qui n'a pas encore reçu de financement de la province pour reprendre ses activités pédagogiques, n'avait aucun commentaire à offrir.

Finalement, le ministère des Collèges et des Universités de l’Ontario affirme être actuellement en train d’explorer différentes options de partenariat pour le programme de sage-femme francophone, mais ne précise pas de date butoir concernant le retour de la formation.

L’importance de donner vie en français

Le temps presse pour former des sages-femmes francophones, selon Mme Fulton-Breathat.

Nos sages-femmes francophones quittent la profession et il n’y a personne pour les remplacer, se désole-t-elle.

« Ça prend quatre ans pour obtenir un diplôme. Si nous n’offrons pas de programme bientôt, nous allons voir un déficit de diversité linguistique chez les sages-femmes, pas seulement cette année et l’année prochaine, mais dans les années à venir. »

— Une citation de  Buffy Fulton-Breathat, sage-femme, Sudbury Community Midwives

Les sages-femmes accompagnent les personnes enceintes dans toutes les différentes étapes, des soins prénataux jusqu’au premier mois après la naissance.

Tous devraient avoir des soins dans leur langue maternelle, surtout lorsqu’ils sont dans une position vulnérable, renchérit Mme MacLeod.

Il ne faut pas qu’il y ait de barrière de la langue quand on doit transmettre des informations clés et prendre des décisions difficiles, explique-t-elle.

À l’heure actuelle, les étudiantes francophones et francophiles qui veulent devenir sages-femmes devront faire leurs études en anglais en Ontario.

« C’est dommage, parce qu’après, les francophones formées en anglais perdent confiance en leur capacité de donner des soins en français. »

— Une citation de  Natalie MacLeod, sage-femme, Sudbury Community Midwives

Elles ne connaissent pas les termes et ne peuvent pas pratiquer leur langue. Ça leur enlève une partie de leur identité francophone, poursuit Mme MacLeod.

Vers une formation offerte au niveau collégial?

Lundi, le gouvernement de l’Ontario a annoncé que les collèges publics de l’Ontario pourront créer de nouveaux programmes d’études afin de pallier la pénurie de main-d'œuvre.

Questionnée à ce sujet, la responsable des communications du Collège Boréal, Lyne Michaud, indique que l’établissement nord-ontarien compte éventuellement développer une nouvelle offre de programmes et de services.

Le hall d'entrée du Collège Boréal à Toronto.

En tant qu’établissement francophone, le Collège Boréal serait bien placé pour reprendre le programme de sage-femme. (Archives)

Photo : Radio-Canada

Mais ce transfert de programme au niveau collégial comporte son lot de défis, selon Mme Fulton-Breathat.

D’abord, il faut qu’il y ait suffisamment d’étudiants dans chaque cohorte pour avoir une bonne classe de diplômés, explique-t-elle en précisant qu’en moyenne, un élève sur cinq ne réussit pas à terminer le programme.

Ensuite, il y a la question du personnel enseignant. Le bassin de candidats est relativement restreint, il y a peu d’enseignants francophones qualifiés pour enseigner.

Dans ce domaine, il est difficile de concilier un emploi de sage-femme à temps partiel avec une charge de cours, puisque les quarts de travail sont imprévisibles.

Le recrutement, c’est quelque chose qui va prendre énormément de temps. Alors le gouvernement doit faire des annonces maintenant, pour que le futur établissement - peu importe lequel - ait suffisamment de temps pour faire les embauches nécessaires, conclut-elle.

Une version précédente de ce texte indiquait que la Laurentienne avait supprimé un programme bilingue de sage-femmes. Il s'agit plutôt de deux programmes : l'un en anglais, l'autre en français.

Avec des informations de Bienvenu Senga et Francis Beaudry

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