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La hausse des départs à la retraite préoccupe le Collège des médecins

Le nombre de médecins de famille qui prennent leur retraite a presque doublé depuis cinq ans. La situation préoccupe le Collège des médecins, qui appelle ses plus jeunes membres à la responsabilité sociale.

Un médecin ausculte une patiente.

Louis Duquette, médecin de famille depuis 1979, compte prendre sa retraite d'ici quelques années.

Photo : Radio-Canada

Au cours des prochaines semaines, quelques milliers de patients de Lotbinière, dans la région de Chaudière-Appalaches, vont recevoir une lettre leur annonçant officiellement le départ à la retraite de deux médecins de famille dans 12 mois.

Moi, chaque patient qui me dit : qu'est-ce que je vais faire, Docteure, allez-vous m'en trouver un? Moi, ça me prend au cœur et c'est sûr que ça rend notre marche vers la retraite difficile et pénible, confie la Dre Claire Nantel.

Elle et son collègue médecin Louis Duquette pratiquent comme omnipraticiens à Saint-Patrice-de-Beaurivage depuis plus de 40 ans. Au fil des ans, ils ont contribué à la mise sur pied de la Coop de solidarité santé du Sud de Lotbinière.

Deux jeunes médecins se sont joints à la Coop, ces dernières années, mais ce ne sera pas suffisant pour assurer la relève.

Idéalement, on voudrait cinq médecins [au total] et on a demandé deux infirmières praticiennes spécialisées, explique le Dr Louis Duquette.

Les Drs Nantel et Duquette font partie d’une importante cohorte de médecins de famille dans la soixantaine qui vont quitter la pratique ces prochaines années.

Des dizaines de milliers de patients se retrouvent chaque année orphelins et gonflent la liste d’attente pour un médecin de famille. Selon les données obtenues auprès de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), le nombre de médecins de famille qui signalent leur intention de prendre leur retraite a presque doublé en cinq ans, passant de 145 en 2016 à 275 l’an dernier.

Comme le souligne la directrice générale de la Coopérative de solidarité de santé du Sud de Lotbinière, Isabelle Jacques, leur départ crée beaucoup d'incertitude.

La région de Chaudière-Appalaches compte déjà 62 000 patients sur la liste d’attente pour un médecin de famille, tandis que la province en compte près de 950 000.

L'extérieur d'une clinique près d'une église.

Extérieur de la Coop de solidarité santé du Sud de Lotbinière

Photo : Radio-Canada

Le Collège préoccupé

Au Collège des médecins du Québec (CMQ), on se dit conscient de la démographie et de la pression sur les futurs retraités.

Quand un médecin cesse ses activités et qu’il a une clientèle établie qui peut aller jusqu’à 1500 patients et qui, tout à coup, ne trouve pas de relève, [...] ça nous préoccupe. Et c’est pour ça qu’on a mis en place, il y a un an, un chantier sur l’accès à une médecine de famille, à une médecine de première ligne, et [sur] la cessation d’exercice, explique le président du Collège, Mauril Gaudreault.

Le reportage de Davide Gentile

L’éthique de responsabilité individuelle entre un médecin et un patient, on est bon là-dedans! Mais allier une éthique de responsabilité collective entre un groupe de médecins et une population à desservir, ça, on est moins bon là-dedans et c’est en ce sens-là qu’on va essayer de travailler pour voir comment on pourrait aider ces médecins-là qui sont à l’âge de la retraite, précise le Dr Gaudreault.

D'après lui, la solution ne passe pas par un rehaussement du nombre de médecins de famille, comme le suggère la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ).

Je ne crois pas qu’il faille se résoudre à former plus de médecins. Je pense qu’il faut que, pendant leur formation, les médecins soient plus formés en interdisciplinarité, estime le Dr Gaudreault. Il se réjouit de l’ouverture aux collaborations avec les infirmières.

Mauril Gaudreault, président du Collège des médecins du Québec.

Mauril Gaudreault, président du Collège des médecins du Québec

Photo : Radio-Canada

Mécanismes de prise en charge

Lorsqu’il a cessé ses activités de médecin de famille, en 2013, le Dr Gaudreault a pu compter sur ses collègues médecins de son groupe de médecine familiale (GMF) à Chicoutimi pour prendre ses patients en charge.

Moi, j’ai été chanceux, j’ai pratiqué la médecine de famille à Chicoutimi pendant 45 ans et, quand j’ai quitté, [...] tous mes patients avaient été pris en charge par mes collègues résidents qui y travaillaient.

Mais cette prise en charge entre médecins d’un même GMF ou clinique n’est pas un automatisme.

Comme l’explique par courriel une porte-parole de la RAMQ, si le médecin n’a pas trouvé de collègues pour prendre le relais, sa clientèle ne sera pas divisée en blocs et les patients seront invités à s’inscrire au guichet d’accès à un médecin de famille (GAMF).

Lorsqu’un médecin de famille prend sa retraite, déménage, réoriente sa pratique ou meurt, il peut céder des blocs de patients à d’autres médecins.

Selon les données de la RAMQ, un nombre record de 108 414 patients ont été transférés entre médecins en 2021, une hausse de 32 % par rapport à 2018 (82 067).

Mais en tenant compte de ces données, de 20 % à 25 % des patients, en moyenne, sont repris par un autre médecin au moyen du mécanisme de transfert de blocs de patients.

La majorité des patients doivent s’inscrire et patienter sur la liste d’attente du GAMF.

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