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Vous hésitez à vous faire vacciner? Posez vos questions à un conseiller en vaccination

Une personne tient une seringue avec un vaccin dans un centre de vaccination de Vancouver.

Au Canada, les taux de vaccination pour la dose de rappel sont peu élevés.

Photo : CBC / Ben Nelms

L'hésitation à la vaccination n’est pas un phénomène apparu avec la COVID-19. Pendant des années, le Dr Arnaud Gagneur a multiplié les efforts pour convaincre les parents de faire vacciner leurs enfants. Fort de cette expérience, ce néonatalogiste est convaincu que sa méthode, maintenant éprouvée, peut amener un plus grand nombre de personnes à aller chercher leur dose contre la COVID-19.

C'est ce que lui et son équipe tenteront, à partir de mercredi, en offrant aux Canadiens un entretien virtuel de 30 minutes gratuit, dans la langue officielle de leur choix, avec un conseiller en vaccination.

Ce projet pancanadien, appelé MIICOVAC, s'appuie sur son étude PromoVac, qui a permis d’augmenter les taux de vaccination chez les nouveau-nés et les jeunes enfants en offrant aux mères hésitantes des discussions sans jugement avec des conseillers.

Il estime possible de reproduire ce succès avec les personnes hésitant cette fois devant la vaccination contre la COVID-19, pour elles ou leurs enfants, en misant sur un dialogue ouvert.

« Si ça fonctionne pour les parents pour la vaccination des enfants, ça pourrait aussi fonctionner pour la vaccination contre la COVID-19. On veut voir si ces interventions aident les gens à prendre leur décision. »

— Une citation de  Dr Arnaud Gagneur

Ce professeur de la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke croit possible de les convaincre en ayant avec eux une conversation respectueuse et empathique au cours de laquelle ils pourront poser des questions sur les éléments qui les préoccupent. Car il sait, d’expérience, que présenter les bénéfices de la vaccination ne suffit parfois pas et peut même se révéler contreproductif.

D’abord testée à Sherbrooke, l'étude PromoVac du Dr Gagneur a permis de réduire de 40 % la réticence à la vaccination au Québec et a incité un plus grand nombre de parents à faire vacciner leurs enfants.

La couverture vaccinale s’est améliorée de 3,3 % chez les bébés âgés de 3 mois, de 5 % chez ceux de 5 mois et de 7,4 % chez ceux de 7 mois. Le projet a aussi démontré une probabilité accrue de 9 % que les enfants présentent un statut vaccinal complet à l’âge de 2 ans si leurs parents profitaient de ce type intervention à la maternité.

En 2018, cette technique a été étendue aux unités de maternité de partout au Québec, sous le nom de Programme d’entretien motivationnel en maternité pour l’immunisation des enfants (EMMIE).

Une campagne de vaccination à relancer

Le Dr Arnaud Gagneur estime que la vaccination est l’un des éléments les plus importants pour affronter les prochains mois de la pandémie.

« On voit mal de repartir sur des fermetures prolongées et on peut s’attendre à d’autres vagues importantes. Le message sur le besoin de la vaccination doit être renforcé. »

— Une citation de  Dr Arnaud Gagneur

Or, si la campagne de vaccination contre la COVID-19 a d’abord suscité un engouement auprès de la majorité des Canadiens, les taux de vaccination stagnent depuis plusieurs mois.

Un peu plus de 80 % de la population canadienne a reçu deux doses du vaccin. Dans quatre provinces et territoires (en Alberta, en Saskatchewan, au Manitoba, au Nunavut et aux Territoires-du-Nord-Ouest), le taux de vaccination est de moins de 80 % pour deux doses.

Seulement 47 % des Canadiens ont obtenu la dose de rappel, qui est essentielle pour faire face au variant Omicron. En Alberta et au Nunavut, ce taux est de 36 %.

Fatima Tokhmafshan, généticienne et communicatrice scientifique, fait de la sensibilisation à l’importance de la vaccination depuis près d'une dizaine d'années. Le Réseau de réponse rapide aux variants du coronavirus (CoVaRR-Net), dont elle est directrice de l'engagement communautaire et des patients, est associé au projet du Dr Gagneur.

Elle aussi dit comprendre pourquoi certaines personnes sont à ce point réticentes au vaccin. C’est une décision qui affecte la santé d’une personne et c’est une décision très personnelle. Et de pouvoir bien juger les risques et les bénéfices peut être difficile, soutient-elle.

Elle déplore par ailleurs que les gouvernements aient transféré la majorité de la responsabilité de la vaccination aux gens, sans leur avoir fourni les outils nécessaires pour prendre une décision éclairée.

Alors que la vaccination est désormais un sujet polarisant et politisé, elle croit que la stratégie du Dr Gagneur est une bonne façon de tendre la main à ceux qui hésitent, sans les stigmatiser.

Des entretiens sans jugement

Un homme à l'étage de la maternité d'un hôpital.

Selon le Dr Arnaud Gagneur, la méthode d'entrevue motivationnelle est une approche qui permet aux personnes hésitant à s’exprimer d’être respectées dans leur questionnement, de ne pas être jugées et d'être autonomes dans leur choix.

Photo : Briand Goldman/CBC

Le Dr Arnaud Gagneur et les conseillers de MIICOVAC utiliseront la méthode appelée entretien motivationnel, un style de communication empathique et non conflictuel développé par des psychologues pour provoquer un changement de comportement (par exemple arrêter de fumer, mieux manger, etc.). C'est ce type de communication qui est utilisé auprès des mères après leur accouchement.

Le but n’est pas de convaincre à tout prix ceux qui participeront, mais plutôt de répondre à leurs questions et écouter sans jugement leurs préoccupations.

« C’est une approche humaniste, respectueuse de la personne, qui vise à comprendre ses craintes, à lui donner de l’information qui a du sens pour elle, le tout dans une atmosphère de bienveillance. »

— Une citation de  Dr Arnaud Gagneur

Fatima Tokhmafshan promet que les conseillers ne bombarderont pas les personnes avec des données dans l’espoir de les convaincre. Nous voulons d’abord écouter et valider leurs craintes, assure-t-elle.

Selon le Dr Gagneur, la population fait face à une « infodémie » par rapport à la pandémie. Il croit que ce projet peut aider les gens qui se sentent perdus dans le flot d'informations. Il y a beaucoup d’informations, beaucoup d’informations contradictoires et de fausses informations, constate-t-il. Les gens sont un peu perdus et sont tannés de se faire dire tout et son contraire.

C’est le groupe CoVaRR-Net, composé de près d’une centaine de chercheurs interdisciplinaires canadiens, qui a formé les conseillers.

Ces conseillers ont accès à un réseau qui a toutes les dernières études et données sur la COVID et les vaccins, précise le Dr Gagneur. Si les conseillers n’ont pas comme objectif de donner un cours de virologie, ils vont vraiment avoir à leur disposition toutes les données scientifiques à jour. Ils ont un background scientifique; ils ne vont pas raconter n'importe quoi.

Le Dr Arnaud Gagneur croit fermement que ce projet peut contribuer à augmenter les taux de vaccination, mais il ajoute qu’il faudra respecter l’autonomie d’une personne qui refusera de se faire vacciner après l’entretien. Au moins, ces personnes auront reçu toute l’information nécessaire pour prendre une décision éclairée, selon lui.

Les personnes intéressées peuvent prendre un rendez-vous sur le site web d MIICOVAC (Nouvelle fenêtre). Des séances sont offertes du lundi au vendredi de 8 h à 20 h et les samedis de 10 h à 16 h.

Le projet a été financé par l’Agence de santé publique du Canada.

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