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La guerre pourrait réduire de moitié la croissance du commerce mondial, selon l’OMC

Un camion près d'un bateau de conteneurs dans le port d'Halifax.

Selon l'OMC, la Russie et l'Ukraine ont distribué en 2019 environ 25 % de la production mondiale du blé, 15 % de celle de l'orge et 45 % de celle du tournesol.

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

Radio-Canada

La guerre en Ukraine pourrait effacer la moitié de la croissance du commerce international attendue en 2022 et, à long terme, mener à une « désintégration de l'économie mondiale », a alerté l'Organisation mondiale du commerce (OMC) lundi.

L'OMC devait annoncer mardi ses prévisions annuelles du commerce mondial de marchandises, mais elle a finalement publié lundi soir une première analyse de l'incidence de la crise en Ukraine, tout en maintenant la conférence de presse mardi avec sa directrice générale Ngozi Okonjo-Iweala.

Selon cette première étude, la crise devrait ramener la croissance du PIB mondial à un niveau de 3,1 % à 3,7 % cette année, tandis que celle du commerce mondial devrait atteindre de 2,4 % à 3 %. En octobre, l'OMC tablait sur une hausse de 4,7 %.

La guerre en Ukraine a non seulement créé une crise humanitaire d'une immense ampleur, mais a également fortement ébranlé l'économie mondiale.

Depuis l'invasion russe le 24 février, des tonnes de céréales sont restées à quai de ports ukrainiens comme Marioupol, citée bombardée et assiégée par l'armée russe pour sa position stratégique.

« Le gros des souffrances et des destructions est ressenti par le peuple ukrainien, mais les coûts en termes de réduction des échanges et de production seront probablement ressentis par les populations du monde entier en raison de la hausse des prix des denrées alimentaires et de l'énergie, et de la réduction de la disponibilité des marchandises exportées par la Russie et l'Ukraine. »

— Une citation de  Extrait d'une analyse du Secrétariat de l'OMC

Si les parts de la Russie et de l'Ukraine dans l'ensemble de la production et du commerce mondial sont relativement faibles, ces deux pays sont d'importants fournisseurs de produits essentiels, notamment de produits alimentaires et d'énergie.

Selon l'OMC, les deux pays ont distribué en 2019 environ 25 % de la production mondiale du blé, 15 % de celle de l'orge et 45 % de celle du tournesol. À elle seule, la Russie représente 9,4 % du commerce mondial des carburants, une part qui s'élève à 20 % pour le gaz naturel.

Moscou et Kiev sont également des fournisseurs clés d'intrants dans les chaînes de valeur industrielles, indique l'OMC dans son rapport.

La Russie est ainsi l'un des principaux fournisseurs mondiaux de palladium et de rhodium, utilisés dans l'industrie automobile, représentant 26 % de la demande mondiale d'importation de palladium en 2019.

La production de semi-conducteurs dépend en outre dans une large mesure du néon qui est fourni par l'Ukraine.

Un impact ressenti d'abord en Europe

L'Europe, principale destination des exportations russes et ukrainiennes, devrait subir l'essentiel de l'impact économique, selon l'OMC.

Mais la réduction des exportations de céréales et autres denrées alimentaires fera grimper les prix des produits agricoles, avec des conséquences négatives pour la sécurité alimentaire des régions les plus pauvres. L'Afrique et le Moyen-Orient sont les régions les plus vulnérables selon l'OMC, car elles importent plus de 50 % de leurs besoins en céréales d'Ukraine et de Russie.

En outre, prévient l'OMC, l'un des risques à plus long terme est que la guerre puisse déclencher une désintégration de l'économie mondiale en blocs distincts, qui seraient organisés en fonction de considérations géopolitiques.

Un tel scénario dit de découplage serait très coûteux pour l'économie mondiale, en particulier pour les régions les moins développées.

Au niveau mondial, cela pourrait réduire le PIB d'environ 5 % à long terme, en particulier dans les pays émergents, selon le rapport qui note que la baisse pourrait même être plus importante.

La Russie montrée du doigt par l'UE

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a pour sa part accusé lundi la Russie de provoquer la faim dans le monde avec la guerre en Ukraine, en détruisant les stocks de blé et en empêchant de l'exporter, notamment en Afrique.

Les Russes rendent les sanctions [imposées par les Occidentaux] responsables des pénuries alimentaires et des prix en hausse, alors que ce ne sont pas les sanctions, a déclaré le responsable espagnol à l'issue d'une réunion des ministres européens des Affaires étrangères à Luxembourg.

La Russie sème des bombes dans les champs en Ukraine, les navires de guerre russes bloquent des dizaines de bateaux chargés de blé, a poursuivi M. Borrell. Ils provoquent la pénurie. Ils bombardent des villes ukrainiennes et provoquent la faim dans le monde, a-t-il dit.

« Donc, arrêtez de blâmer les sanctions. C'est l'armée russe qui cause des pénuries alimentaires. Et l'Afrique est une source d'inquiétude majeure, parce que [les pays d'Afrique] sont particulièrement exposés à la crise alimentaire à venir. »

— Une citation de  Josep Borrell, chef de la diplomatie de l'Union européenne

L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a indiqué vendredi que les prix mondiaux des denrées alimentaires avaient atteint en mars leurs plus hauts niveaux jamais enregistrés, la guerre en Ukraine faisant peser un risque de crise mondiale.

Des pénuries de céréales susceptibles de provoquer des émeutes de la faim sont redoutées au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. L'Égypte, la Turquie, le Bangladesh ou le Nigeria, des pays très peuplés, sont les principaux importateurs de céréales de Russie et d'Ukraine.

Avec les informations de Agence France-Presse

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