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Attaque dans le Vieux-Québec : Girouard voulait être « un agent du chaos »

Le procès de l'homme accusé d'avoir tué deux personnes et d'en avoir blessé cinq autres dans le Vieux-Québec le 31 octobre 2020 s'ouvre lundi au palais de justice de Québec.

Le procureur de la poursuite Me Francois Godin entend démontrer que Girouard planifiait son geste depuis longtemps, car il avait commencé à en parler à la fin de l'année 2014.

Photo : Radio-Canada / ILLUSTRATION HBÉ

Carl Girouard préparait depuis longtemps un « coup d'éclat », ce qui l'a amené à s'attaquer gratuitement à des passants, dans le Vieux-Québec, et à tuer deux personnes le soir de l'Halloween 2020. Le procureur de la poursuite, Me François Godin, a indiqué au jury que l'accusé avait commencé à verbaliser ses intentions dès la fin de 2014.

Les deux premiers témoins appelés à la barre à l'ouverture du procès sont d'ailleurs intervenus auprès de Girouard, à l'époque.

Selon le représentant du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), Girouard voulait faire changer l'opinion des gens à son égard. Pour ce faire, il a utilisé la violence, parce que ça démontre une supériorité sur autrui. Il voulait être un agent du chaos, a dit Me Godin.

Selon le procureur, Girouard veut alors démontrer son courage en faisant des actes que les autres ne feraient pas, ce qui signifie pour lui tuer des gens.

La séquence des événements

Le 31 octobre 2020, Girouard, qui est originaire de Sainte-Thérèse au nord de Montréal, prend donc la route de Québec, après avoir inscrit dans son GPS les coordonnés du Château Frontenac. Il emporte un katana, soit un long sabre japonais dont la lame mesure 76,9 cm.

L'arme a été achetée sur Internet, en janvier 2020, au coût de 403 $.

Carl Girouard porte un pantalon noir et un kimono, dont il a pris soin de couper les manches. Un masque noir couvre son visage.

Son périple meurtrier commence au pied du Château Frontenac, à la place d'Armes.

« Il sème la terreur. »

— Une citation de  Me François Godin, avocat du DPCP

Le premier témoin appelé par la poursuite est un psychoéducateur en milieu scolaire.

La direction du Centre d'éducation aux adultes de Saint-Eustache a demandé l'intervention d'Hugo Mercier-Villeneuve, le 11 décembre 2014.

Le psychoéducateur rencontre l'étudiant de 18 ans dont les propos inquiètent le personnel de l'école.

Le jeune homme a écrit une histoire dans laquelle un homme masqué et déguisé tue deux personnes avec une épée, et que ce personnage en tire une fierté.

Girouard ajoute qu'il projette de créer son propre personnage et de commettre une action qui le rendrait fier tout en confirmant son existence.

Il a déjà commencé à préparer son costume et possède une épée.

Il raconte au psychoéducateur que son geste ne sera pas commis à court terme, puisqu'il veut se faire retirer un tatouage avant de mettre son plan à exécution.

Le mandat d'Hugo Mercier-Villeneuve est d'évaluer le risque et de déterminer si Girouard représente un danger pour l'école.

Ce dernier lui fait savoir qu'il quitte l'école et le psychoéducateur l'adresse aux services sociaux.

C'est dans ce contexte que Charles-André Bourdua, travailleur social au CLSC, prend contact avec le jeune homme.

Le deuxième témoin de la poursuite va être en contact à neuf reprises avec l'accusé, entre décembre 2014 et septembre 2015.

Girouard lui confie son plan de tuer des gens de façon aléatoire avec une épée.

Le risque n'est pas à court terme, puisque Girouard veut d'abord faire effacer son tatouage pour être pur au moment de commettre son geste d'éclat.

Le travailleur social indique que son plan consiste à envoyer un message à la société en faisant quelque chose de grandiose, de noble et beau.

Comme avec le premier intervenant, Girouard s'inquiète des notes prises lors de ses rencontres. Il demande de les relire et ajoute des éléments pour, dit-il, mieux refléter sa pensée.

Lors d'une rencontre au domicile de Girouard, le travailleur social aperçoit une épée dans la chambre. L'accusé lui confie que ce n'était pas la bonne pour exécuter son plan et qu'il allait s'en procurer une autre.

Au fil du temps, le plan de Girouard évolue.

Il dit ne plus vouloir tuer des gens, car il ne veut pas aller en prison, indique l'employé du CLSC.

Selon Charles-André Bourdua, le jeune homme alors âgé de 19 ans veut toujours faire les manchettes, mais pas dans l'immédiat, car il prévoit de mettre son projet à exécution avant d'avoir 25 ans.

Sa vision du monde n’a pas changé, note M. Bourdua. Ce qui a changé, c’est le niveau de violence.

Son nouveau plan pourrait être de monter sur un édifice pour brandir, déguisé, son épée.

Il dirige le cas vers un suivi en psychiatrie au mois d'août 2020.

Le contre-interrogatoire du travailleur social aura lieu mardi.

Images difficiles

Les jurés devront regarder des images difficiles, a prévenu le procureur de la poursuite Me François Godin.

Avant de commencer à présenter la preuve, il a indiqué qu'un montage vidéo des événements sera présenté. Le meurtre de François Duchesne a été filmé et on voit l’accusé s’élancer vers Suzanne Clermont, mais son homicide se passe hors du champ de la caméra.

Certaines des cinq tentatives de meurtre ont également été filmées.

Une photo encadrée d'un homme qui sourit est posée sur le sol et tient debout appuyée contre un mur. Des bouquets de fleurs sont entassés autour du cadre.

François Duchesne est l'une des deux victimes de la tuerie survenue il y a un an dans le Vieux-Québec.

Photo : Radio-Canada / Hadi Hassin

Criminellement responsable?

L'accusé, aujourd'hui âgé de 26 ans, va présenter une défense de non-responsabilité criminelle, en raison de ses troubles mentaux.

Une thèse à laquelle la poursuite s'oppose. Me Godin a demandé au jury de porter une attention particulière aux gestes et aux paroles prononcées par l’accusé avant, pendant et après les événements. Il entend faire témoigner deux experts pour contrer la défense annoncée, soit un neuropsychologue et un psychiatre.

Visuel de la plaque commémorative.

Cette plaque hommage sera installée de façon permanente à la place d'Armes ce printemps.

Photo : Radio-Canada

Les membres du jury

Il aura fallu moins d’une heure pour sélectionner les 12 membres du jury. Huit femmes et quatre hommes auront la tâche de décider si l'accusé était criminellement responsable.

Le procès d'une durée d'environ un mois est présidé par le juge Richard Grenier, de la Cour supérieure.

Le procureur de la poursuite, Me François Godin, est épaulé par Me Pierre-Alexandre Bernard.

Me Pierre Gagnon assure la défense de Carl Girouard.

Vêtu d'une chemise orange brûlé, Girouard a levé les yeux à de rares reprises, se contentant de garder la tête basse en fixant le sol.

L'exposé d'ouverture de la poursuite s'est déroulé devant une salle pratiquement vide. Mis à part les représentants des médias et quelques travailleurs du palais de justice, une seule personne se trouvait dans l'assistance.

Le procès doit durer environ un mois.

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