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Vers « une ultime bataille » dans le port assiégé de Marioupol?

Le chef de la république séparatiste de Donetsk affirme que le port de la ville est « sous le contrôle » des combattants séparatistes prorusses.

Une tombe fleurie et décorée d'une croix porte la photo d'un homme à proximité d'immeubles de logements.

À Marioupol, des civils ont été enterrés à toute vitesse dans des espaces publics où on a creusé des tombes de fortune.

Photo : Reuters / ALEXANDER ERMOCHENKO

Radio-Canada

L'armée ukrainienne se prépare à livrer « une ultime bataille » contre les forces russes qui assiègent depuis plus de 40 jours la ville portuaire de Marioupol, a affirmé lundi la 36e brigade de la marine nationale sur Facebook.

Aujourd'hui sera probablement l'ultime bataille, car nos munitions s'épuisent. [...] Ce sera la mort pour certains d'entre nous et la captivité pour les autres, a écrit la brigade, qui fait partie des forces ukrainiennes au cœur du combat. Nous sommes en train de disparaître lentement.

« Nous ne savons pas ce qui va se passer, mais nous vous demandons vraiment de vous souvenir [de nous] avec un mot gentil. Pendant plus d'un mois, nous avons combattu sans réapprovisionnement en munitions, sans nourriture, sans eau, faisant le possible et l'impossible. »

— Une citation de  Déclaration de la 36e brigade de la marine nationale ukrainienne

Pendant plus de 40 jours de combats intenses, l'ennemi nous a progressivement repoussés [...], nous a encerclés et tente maintenant de nous détruire, a souligné la brigade en ajoutant qu'environ la moitié de ses effectifs ont été blessés dans les combats.

Un homme est assis devant un immeuble dont toutes les vitres ont volé en éclats. Des débris jonchent le sol et un arbre est carbonisé tout près.

90 % de Marioupol a été détruite par les bombardements russes, ont affirmé la semaine dernière les autorités municipales légitimes.

Photo : Reuters / ALEXANDER ERMOCHENKO

Le message de la brigade était assorti d'une critique sans précédent du commandement de l'armée et du président Volodymyr Zelensky, dont elle a dit regretter le manque d'aide depuis le début de l'invasion russe, le 24 février.

Nous avons seulement reçu une fois 50 obus, 20 mines, des missiles antichars NLAW, a déploré la brigade. Rien d'autre ne nous a été donné, il n'y a eu que des promesses non tenues, a-t-elle encore fustigé.

Un conseiller de la présidence ukrainienne, Oleksiï Arestovitch, a pour sa part convenu dans une vidéo publiée sur YouTube qu'il est désormais impossible de briser le siège de Marioupol par des moyens militaires.

« Je suis le premier qui a eu le courage de dire – et maintenant de répéter – que Marioupol ne pourra pas être libérée par des moyens militaires. Les troupes [ukrainiennes] n'y entreront pas. »

— Une citation de  Oleksiï Arestovitch, conseiller de la présidence ukrainienne

Nous n'avons pas suffisamment de forces et de moyens désormais, a soutenu M. Arestovitch en ajoutant que des actions humanitaires et politiques continuaient à être menées.

Le chef de la république séparatiste de Donetsk, Denis Pouchiline, a fait écho aux propos des responsables ukrainiens en affirmant que le port de Marioupol est sous le contrôle des combattants séparatistes prorusses.

Le représentant de l'armée séparatiste, Edouard Bassourine, a quant à lui affirmé que les derniers défenseurs ukrainiens se concentrent désormais dans les immenses usines Azovstal et Azovmach.

La devanture d'un immeuble carbonisé au pied duquel s'accumulent des débris. Trois secouristes marchent dans les décombres.

À Marioupol, des secouristes fouillaient dimanche les décombres d'un immeuble détruit par une frappe russe.

Photo : Reuters / ALEXANDER ERMOCHENKO

Zelensky anticipe des dizaines de milliers de morts

Dans un discours par visioconférence à l'Assemblée nationale de la Corée du Sud, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a dit estimer lundi qu'au moins des dizaines de milliers de citoyens de Marioupol ont dû être tués. Ce bilan est invérifiable dans l'immédiat.

« C'était une ville d'un demi-million d'habitants. Les occupants l'ont assiégée et n'ont même pas permis d'y acheminer de l'eau et des vivres. Les Russes ont complètement détruit Marioupol et l'ont réduite en cendres. »

— Une citation de  Volodymyr Zelensky, président de l'Ukraine

Le maire de Marioupol, Vadim Boïtchenko, a aussi affirmé à l'Associated Press que plus de 10 000 personnes ont perdu la vie depuis le début du siège russe. Il a avancé du même souffle que le bilan réel pourrait être deux fois plus lourd.

Selon la vice-première ministre ukrainienne Iryna Verechtchouk, des résidents de Marioupol pourraient quitter la ville lundi en empruntant un des neuf couloirs humanitaires mis en place avec l'assentiment de Moscou dans l'est de l'Ukraine. Seuls des véhicules privés ont la permission de partir, selon elle.

Un conseiller du maire de Marioupol, Petro Andryouchtchenko, a cependant affirmé que le nombre de personnes en mesure de fuir est en baisse depuis quelques jours puisque les forces russes ont ralenti les inspections des véhicules. Selon lui, 10 000 personnes attendent conséquemment de quitter Marioupol.

Un combattant en treillis militaire examine des papiers que lui tend un civil.

Un combattant prorusse a examiné les papiers d'un résident de Marioupol qui souhaitait quitter la ville le 7 avril dernier.

Photo : Reuters / ALEXANDER ERMOCHENKO

La ville portuaire revêt une grande importance stratégique pour Moscou. Si l'armée russe devait s'en emparer, elle pourrait établir un corridor terrestre entre la Crimée, qu'elle a annexée pendant la guerre de 2014, et les républiques prorusses autoproclamées de Donetsk et de Louhansk, dans le Donbass, dont elle reconnaît la souveraineté.

La Russie affirme avoir détruit des systèmes de missiles S-300

Le ministère russe de la Défense a assuré avoir détruit dimanche quatre lanceurs de missiles antiaériens S-300 fournis à l'Ukraine par un pays européen grâce à des frappes de missiles Kalibr russes tirés depuis la mer.

Les lanceurs se trouvaient dans un hangar situé près de la ville de Dnipro, a soutenu le ministère en précisant que 25 soldats ukrainiens ont aussi été touchés. Cette information n'a pas été confirmée par le gouvernement ukrainien et n'est pas vérifiable dans l'immédiat.

La Russie n'a pas précisé quel pays européen avait fourni les systèmes S-300. La Slovaquie, qui a fait don de son système de missiles sol-air S-300 à l'Ukraine la semaine dernière, a déclaré dimanche qu'il ne s'agissait pas de celui-ci et a qualifié les prétentions à cet effet de mensonges russes.

Notre S-300 n'a pas été détruit, a soutenu la porte-parole du gouvernement slovaque, Lubica Janikova, dans une déclaration écrite fournie à l'Associated Press.

Le gouverneur de Dnipro, Valentin Reznitchenko, avait admis dimanche que l'aéroport de la ville ainsi que des infrastructures situées à proximité avaient été bombardés et complètement détruits par des frappes russes.

Les forces russes ont également abattu deux avions ukrainiens Su-25 près de la ville d'Izioum, dans l'est du pays, et détruit deux dépôts de munitions, dont un près de la ville de Mykolaïv, dans le sud, a indiqué le ministère russe de la Défense.

Des soldats russes marchent en rangs. En avant du cortège, un soldat tient une photo du défunt entre ses mains.

Les funérailles d'un soldat russe, Nikita Avrov, ont eu lieu lundi à Luga, au sud de Saint-Pétersbourg. Selon les autorités locales, M. Avrov était un chargeur de char d'assaut qui a été tué fin mars à Izioum. De l'avis même de Moscou, des centaines de soldats russes sont morts en Ukraine. Selon Kiev, ce bilan avoisine plutôt les 15 000.

Photo : Getty Images / AFP

Dans le nord-est de l'Ukraine, le maire de Kharkiv, Ihor Terekhov, a lui aussi rapporté d'intenses bombardements qui ont fait plusieurs victimes, dont un enfant tué.

Une attaque très prochainement dans le Donbass, prévient Kiev

L'armée ukrainienne ainsi que les séparatistes prorusses ont tous deux prévenu qu'une grande offensive russe se prépare dans le Donbass.

Une recrudescence des combats apparaît imminente depuis que Moscou a reconnu il y a quelques jours qu'il y concentrerait ses efforts après le retrait de ses troupes des environs de Kiev.

Selon nos informations, l'ennemi a presque terminé sa préparation pour un assaut sur l'est. L'attaque aura lieu très prochainement, a anticipé lors d'une conférence de presse le porte-parole du ministère ukrainien de la Défense, Oleksandre Motouzianik.

« Nous prédisons que des combats intenses auront bientôt lieu dans ces territoires. Nous ne pouvons pas prévoir quand cela se produira [exactement], car ce sont des informations de sources occidentales. L'armée ukrainienne est prête. »

— Une citation de  Oleksandre Motouzianik, porte-parole du ministère ukrainien de la Défense
Des hommes et des femmes s'activent dans un entrepôt au milieu de centaines de boîtes entassées.

Dans un entrepôt de Lviv, des bénévoles s'affairent à trier de la nourriture et des vêtements donnés au profit des Ukrainiens qui ont fui leur domicile en raison de l'offensive russe. Selon l'ONU, 11,5 millions d'Ukrainiens sont dans cette situation, qu'ils aient quitté le pays ou non.

Photo : Getty Images / AFP/YURIY DYACHYSHYN

La bataille pour le Donbass durera plusieurs jours et, pendant ces jours, nos villes pourraient être complètement détruites, a aussi prédit sur Facebook Serguiï Gaïdaï, le gouverneur de la région de Louhansk, dans le Donbass, en appelant de nouveau les civils à quitter la région.

Dans une entrevue subséquente à la télévision, le gouverneur Gaïdaï a soutenu que des véhicules militaires russes avaient été rapprochés de la ligne de front dans la région de Louhansk, laissant présager que les préparatifs en vue d'un nouvel assaut sont en cours.

En entrevue à la télévision ukrainienne, le gouverneur Gaïdaï a affirmé que le pilonnage russe dans sa région s'intensifie de jour en jour. La situation la plus difficile est à Roubijne et à Pospana. Elles sont bombardées constamment, 24 heures sur 24, a-t-il indiqué.

Le chef de la république séparatiste prorusse de Donetsk a aussi affirmé lundi que ses forces prorusses allaient renforcer leurs efforts pour conquérir entièrement la région. Les séparatistes prorusses ne contrôlent qu'une partie de la région depuis la guerre de 2014.

L'opération va être intensifiée, car plus nous traînons, plus la population civile souffre en étant otage de la situation, a déclaré Denis Pouchiline, lors d'une conférence de presse donnée lundi dans la ville de Donetsk, capitale de la région du même nom.

Le chancelier de l'Autriche, Karl Nehammer, n'a pas dit autre chose au terme d'une rencontre avec le président russe Vladimir Poutine, lundi à Moscou. Une offensive massive est de toute évidence en préparation dans l'est de l'Ukraine, a-t-il observé.

Une image satellite montre des chars russes sur une route en Ukraine.

Le convoi de véhicules militaires russes semble se diriger vers le Donbass.

Photo : Reuters / MAXAR TECHNOLOGIES

Des images satellitaires de la firme Maxar Technologies publiées dimanche ont montré une colonne de centaines de véhicules militaires russes s'étirant sur des kilomètres qui traversait vendredi dernier le village de Velykyi Burluk, à l'est de Kharkiv. Elle semblait se diriger vers Izioum, d'où les troupes russes pourraient se lancer à l'assaut de Sloviansk, plus au sud.

Un haut responsable du Pentagone a avancé lundi sous le couvert de l'anonymat que le convoi comprend des éléments de commandement et de contrôle, un bataillon de soutien de maintenance d'hélicoptères et un bataillon de logistique pour l'infanterie.

Les forces russes se renforcent également au sud-ouest de Donetsk, notamment avec de l'artillerie, mais nous ne considérons pas que la nouvelle offensive a débuté, a-t-il ajouté.

La même source a confirmé que le général Alexandre Dvornikov, surnommé en Occident le boucher de Syrie, a été désigné par Moscou pour diriger l'offensive russe en Ukraine. Toutefois, vu leurs gros problèmes de logistique et d'approvisionnement, vu leurs difficultés à manœuvrer, vu leurs problèmes de coordination, de moral, d'organisation hiérarchique, il n'est pas sûr qu'il puisse être très efficace, a-t-il jugé.

Le haut responsable de la Défense américaine a également indiqué que les États-Unis ont des informations selon lesquelles des troupes russes retournées au Bélarus après avoir quitté les environs de Kiev il y a quelques jours sont en mouvement et se dirigent vers l'est.

Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, et Associated Press

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