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La défense du Grand Nord canadien reprend du galon

La guerre en Ukraine met en lumière la vulnérabilité de l’Amérique du Nord, selon une experte.

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Le 11 mars dernier, des membres de l’armée canadienne se sont rendus à Goose Bay, à Terre-Neuve-et-Labrador, pour participer à un entraînement aérien dans le cadre de l’opération Noble Defender du NORAD. Le budget fédéral déposé jeudi dernier comporte une augmentation du budget du ministère de la Défense.

Photo : Ken Jacobson/NORAD

Radio-Canada

En déposant son budget jeudi, la ministre des Finances, Chrystia Freeland, a annoncé une augmentation des dépenses en matière de défense nationale. Le gouvernement fédéral y consacrera huit milliards de dollars de plus en cinq ans. Qu’est-ce que cela signifie pour la section canadienne du NORAD, cet organisme responsable du système de défense aérienne et maritime de l’Amérique du Nord?

L'invasion russe qui fait des ravages en Ukraine n’est pas étrangère à l’augmentation du budget de la défense annoncée jeudi. Les dictateurs du monde ne devraient jamais confondre notre politesse avec du pacifisme, a déclaré la ministre Freeland. Nous savons que la liberté n’est pas gratuite et que c’est notre empressement à lutter pour elle qui garantira la paix.

Les investissements additionnels de huit milliards de dollars annoncés doivent aider le Canada à se conformer aux exigences de l’OTAN, à soutenir la cybersécurité, à améliorer la collecte de renseignements critiques et à poursuivre la modernisation du Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (ou NORAD).

Situé à Winnipeg, le quartier général de la section canadienne du NORAD est sous l'autorité du commandant de la 1re Division aérienne du Canada.

Or, selon la directrice du Centre d’études sur la défense et la sécurité de l’Université du Manitoba, Andrea Charron, le budget Freeland ne se traduira pas par des investissements rapides dans les infrastructures ou dans les emplois au NORAD.

Tout d’abord, dit-elle, le Canada doit renforcer sa capacité à surveiller une grande étendue de l’Arctique, où l’observation des mouvements des navires et des avions russes est devenue plus critique.

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L'invasion russe en Ukraine a ravivé le débat sur la protection de l'Arctique.

Photo : Radio-Canada / Alexandre Lamic

Selon la professeure, le simple fait que le gouvernement fédéral investira davantage dans la défense traditionnelle et dans la cybersécurité est en soi remarquable compte tenu de la façon dont le Canada a diminué ses dépenses dans la défense nationale au cours des dernières décennies.

La plupart des budgets des gouvernements successifs à Ottawa ont comporté des compressions dans le budget de la défense parce que c’est une des enveloppes les mieux garnies, dit-elle en notant qu’il a été difficile pour tous les gouvernements de maintenir des dépenses dans ce secteur.

Mme Charron rappelle que Brian Mulroney avait proposé l’achat de 12 sous-marins nucléaires en 1987 mais que la pertinence de cette dépense est bien vite disparue avec l’effondrement du rideau de fer, en 1989.

Puis, au cours des années 1990, le Canada a perçu son armée comme une force globale de maintien de la paix tandis que ses investissements dans la défense ont diminué.

Ensuite est venue la guerre de 20 ans en Afghanistan, avec ses objectifs vagues et ses résultats désastreux.

Toutefois, depuis l'invasion de l’Ukraine par la Russie, il est fort probable que les Canadiens ne voient plus leur armée comme une simple force de police à déployer outre-mer ou comme une force à mettre à l'œuvre en cas de désastre naturel.

Il y a toujours un équilibre à atteindre entre, d'une part, la défense du Canada et de l’Amérique du Nord et, d'autre part, le déploiement d’aide à l’étranger, note Andrea Charron, et on assiste parfois à des sortes de revirements d’intérêt.

« Nous sommes sans aucun doute dans un de ces virages en ce qui concerne la sécurité intérieure parce qu'on se rend compte, en ce moment, que l'Amérique du Nord est vulnérable. »

— Une citation de  Andrea Charron, directrice du Centre d’études sur la défense et la sécurité de l’Université du Manitoba

Cette affirmation n’est pas exagérée quand on sait que des cyberattaques menées part des nations hostiles situées de l’autre côté du globe peuvent paralyser des secteurs essentiels de la société.

Cependant, même sur le plan conventionnel, la capacité du Canada à affirmer sa souveraineté sur son immense archipel arctique est discutable.

Ainsi, la Russie dispose de six brise-glaces propulsés par l’énergie nucléaire et capables de broyer l’épaisse couche de glace de l’Arctique tout en progressant.

La garde côtière canadienne utilise quant à elle des brise-glaces qui fonctionnent au diesel, qui ne sont pas aussi rapides et qui ne peuvent pas aller aussi loin.

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Des brise-glaces canadiens.

Photo : Gary Morgan / Garde côtière canadienne

Miser sur les communautés pour renforcer la sécurité

Il y a quand même plus d'une façon d'assurer la sécurité de l'Arctique. Depuis longtemps, les Inuit demandent à Ottawa d'examiner cette question autrement que d’un seul point de vue militaire.

Il est vital que les gens de l’Arctique, et en particulier les peuples autochtones, soient inclus, affirme Andrea Charron. La meilleure défense de l’Arctique, ce sont des communautés en santé, viables et durables. Donc, chaque fois qu'on investit dans des infrastructures pour améliorer les capacités de l’armée, il faut se demander si elles peuvent aussi être utiles aux communautés.

Par exemple, s’il faut agrandir une piste d'atterrissage pour l’armée, assurons-nous qu’elle puisse être utile aux vols commerciaux et à l’approvisionnement en biens des communautés locales.

Avec des informations de Bartley Kives

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