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Qu’est-ce qu’un film canadien? Le CRTC pourrait devoir trancher

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«Dune», réalisé par le québécois Denis Villeneuve, n'est pas considéré comme un film canadien selon la réglementation actuelle.

Photo : Warner Bros. / Chiabella James

La Presse canadienne

Petite devinette : parmi ces deux films, lequel est canadien? Alerte rouge, une production des studios Pixar racontant les mésaventures d'une adolescente sino-torontoise, ou Dune, le film de science-fiction épique du réalisateur québécois Denis Villeneuve plusieurs fois récompensé aux Oscars?

Selon la réglementation canadienne actuellement en vigueur : aucun des deux.

Les décideuses et décideurs ainsi que les spécialistes des industries créatives du Canada sont maintenant aux prises avec l'épineuse question consistant à savoir ce qui, précisément, rend un film canadien ou une émission de télévision canadienne.

Définir le contenu canadien

Cette définition est au cœur du projet de loi C-11, qui vise à obliger les services de diffusion en continu comme Netflix, Amazon Prime ou Disney+ à présenter du contenu canadien, à l'instar des médias traditionnels.

Le ministre du Patrimoine canadien, Pablo Rodriguez, dit qu'il compte demander au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) de définir ce qui comptera comme une œuvre canadienne après l'adoption du projet de loi C-11 par le Parlement.

Selon lui, la loi permettra d'accroître les investissements dans les secteurs de la création au Canada. Elle permettra aux Canadiennes et aux Canadiens de raconter encore plus amplement leurs propres histoires.

Le CRTC a indiqué que les consultations publiques se dérouleront après que M. Rodriguez aura présenté la direction qu'il entend suivre.

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Pablo Rodriguez veut donner la tâche de définir ce qui est du contenu canadien au CRTC.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Des spécialistes demandent une plus grande souplesse

Le projet de loi C-11 créera un terrain plus équitable pour les créateurs canadiens et les entreprises tout en permettant aux auditrices et aux auditeurs un plus grand accès au contenu canadien, croit la directrice générale et cheffe de la direction de Téléfilm Canada, Christa Dickenson.

Or, pour ce faire, des spécialistes soulignent que l'actuelle définition d'un contenu canadien doit être étendue et modernisée, afin de refléter la réalité de la production cinématographique et télévisuelle d'aujourd'hui.

Ne rien changer pourrait inciter les studios à ne pas investir dans le talent d'ici, parce que leur travail ne serait pas considéré comme canadien, selon ces mêmes personnes.

Michael Geist, de la Chaire de recherche du Canada en droit de l'Internet et du commerce électronique à l'Université d'Ottawa, estime que des changements pourraient mener à une baisse des investissements dans les coproductions et favoriser les petites productions canadiennes.

Il espère donc une plus grande souplesse dans la définition d'un film canadien.

C'est la définition la plus restrictive, la plus étroite qui existe au monde. Elle en exclut même des auteurs canadiens, dit M. Geist en parlant de la populaire série La servante écarlate (The Handmaid's Tale), adaptée d'un roman de Margaret Atwood, qui ne compte pas comme une production canadienne.

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Elisabeth Moss dans «La servante écarlate»

Photo : La Presse canadienne / Hulu

La politique gouvernementale est déjà une réussite pour attirer des productions au Canada. C'est de là que nous devons partir, d'une perspective économique, ajoute-t-il.

Il rappelle que les plus importants diffuseurs en continu invertissent déjà de fortes sommes dans la création au Canada. Leurs algorithmes incitent la population canadienne et d'autres à regarder des productions d'ici. Ces œuvres ne cochent sans doute pas toutes les cases officielles, mais elles se retrouvent quand même dans le moteur de recherche de Netflix, selon lui.

Toutefois, selon la Canadian Media Producers Association, il est important que les productrices et producteurs du Canada obtiennent les droits à leurs propres histoires. Quand ils en possèdent la propriété intellectuelle, ces histoires leur appartiennent. Ils peuvent réinvestir ces revenus dans notre secteur, a indiqué l'organisme.

Des critères serrés

Certaines grandes productions mettant en vedette des Canadiennes et des Canadiens ne comptent pas comme des œuvres canadiennes, du moins officiellement.

Un exemple : Deadpool, une production des studios Marvel. Elle met en vedette un acteur canadien, Ryan Reynolds. C'est l'adaptation d'une bande dessinée dont le héros est canadien. Le tournage s'est déroulé à Vancouver. Le Canadien Paul Wernick a coécrit le scénario.

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Ryan Reynolds dans le film «Deadpool»

Photo : AP / Twentieth Century Fox Film Corp./Joe Lederer

Malgré tout, ce long métrage n'est pas reconnu comme un film d'ici, selon les critères du Bureau de certification des produits audiovisuels canadiens.

Pour être reconnue, une production canadienne doit compter obligatoirement des Canadiennes et des Canadiens à la réalisation et à la scénarisation. L'une ou l'un des deux artistes les mieux payés doit être du Canada.

Revoir le système de points

Des points sont aussi accordés si d'autres postes importants, comme ceux de la direction de la photographie, de la direction artistique, de la composition ou du montage, sont occupés par des Canadiennes ou des Canadiens.

Certaines personnes s'interrogent d'ailleurs sur la nécessité de mettre à jour le système de points. Par exemple, des points devraient-ils être accordés pour reconnaître l'importante des artistes s'occupant des effets spéciaux ou du son?

Peter Grant, un ancien membre du Groupe d'examen du cadre législatif en matière de radiodiffusion et de télécommunications, juge que les entreprises canadiennes doivent demeurer l'élément central de la définition.

Selon lui, la définition actuelle permet d'appuyer les créatrices et les créateurs du Canada tout en leur donnant la possibilité d'explorer des thèmes qui ne sont pas typiquement canadiens.

Et cela ne les empêche pas de devenir des joueuses et des joueurs importants à Hollywood, comme le fait valoir M. Grant.

Les règles actuelles s'appuient sur la prémisse que le propriétaire d'une entreprise de production doive être canadien ou canadienne, ou que l'argent soit dépensé pour le talent d'ici. En définissant le contenu canadien, les droits de propriété intellectuelle doivent être détenus par des gens d'ici, mais cela ne nécessite pas que l'œuvre présente une histoire canadienne ou qu'elle ait une allure canadienne, conclut-il.

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