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Analyse

Bienvenue à l’ère Freeland

Dans son budget 2022, Chrystia Freeland montre que c’est elle qui décide, malgré l’entente de confiance et de moyens avec le NPD.

Sur un marche-pied, Chrystia Freeland prend la parole derrière un lutrin.

Chrystia Freeland a présenté son deuxième budget jeudi.

Photo : La Presse canadienne / Peter Power

C’est son deuxième budget, mais le premier qui porte véritablement la signature de Chrystia Freeland. Et elle se donne trois ans pour remplir ses promesses. Elle a le loisir du temps. Un luxe qui a aussi un effet pervers.

On n’est plus dans la gestion de crise pandémique ou dans l’urgence d’une élection dans six mois. L’entente avec le NPD permet au gouvernement Trudeau de survivre et donne à Chrystia Freeland l’occasion d’établir une vision pour les finances et l’économie canadienne, et d'exécuter le plan de match.

Le budget 2022 marque donc le véritable début de l’ère Freeland aux Finances. Le document jette les bases des transformations que le gouvernement Trudeau souhaite apporter, postpandémie, à l’économie canadienne et à son filet social.

Première empreinte de Chrystia Freeland dans le budget : un semblant de retour à la prudence fiscale. Le document est écrit en partie au stylo orange pour honorer l’entente avec le NPD, mais ne tombe pas en mode hyperdépensier. Après avoir présidé au plus grand déficit canadien de l’histoire durant la pandémie, la ministre souhaite certainement que cette image ne lui colle pas à la peau.

Ensuite, il y a un petit côté Robin des Bois au budget. Mme Freeland choisit d’augmenter les impôts des Canadiens les plus riches et des banques, et perçoit un dividende ponctuel de 6 milliards de dollars auprès des institutions financières pour aider à payer les dépenses encourues durant la pandémie de COVID-19.

Deux tomes du budget déposés sur une table.

La ministre fédérale des Finances Chrystia Freeland a déposé le budget du gouvernement libéral de Justin Trudeau pour l'année 2022-2023, le 7 avril 2022 à la Chambre des communes, à Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Benoit Roussel

Ça semble conforme aux valeurs qu’elle véhiculait dans son livre Ploutocrates : la montée des nouveaux super-riches et la chute de tous les autres, publié en 2012 et dans lequel elle déplorait les inégalités et explorait des solutions pour les aplanir.

De plus, certaines mesures qui touchent le secteur de l’énergie portent clairement sa marque. On confie en coulisses que Mme Freeland militait en faveur du projet pétrolier Bay du Nord, approuvé cette semaine. Elle tenait à inclure dans son budget un crédit d’impôt pour le captage et le stockage du carbone, que les éléments plus environnementalistes du caucus libéral voient comme une subvention déguisée à l’industrie pétrolière.

Un balbutiement d’une politique économique

Et puis, elle esquisse un début de stratégie économique et industrielle qui va de pair avec la lutte contre les changements climatiques, en mettant l’accent sur l’aide à l’achat de voitures électriques, la production de minéraux rares pour leurs batteries, l’établissement d’une nouvelle agence de l’innovation et de l’investissement afin de débloquer le potentiel de l'entrepreneuriat canadien.

Le tout exprime un balbutiement d’une politique économique à long terme.

Mais le principal avantage des libéraux dans ce budget représente également un de ses principaux défauts : le temps.

Le gouvernement se donne le temps de réfléchir aux prochaines étapes et de réaliser sa vision. Mais il semble aussi manquer d’impulsion. Comme s’il se préparait à un marathon plutôt qu’à un sprint.

Malgré l’urgence de l'inflation, aucune mesure à court terme pour soulager le fardeau des familles à l’épicerie ou à la pompe.

Malgré l’urgence climatique, peu de mesures concrètes rapidement réalisables pour atteindre ses cibles ambitieuses. Au contraire, on approuvait un nouveau projet pétrolier cette semaine.

Malgré les demandes répétées des provinces, pas une seule indication qu’une augmentation des transferts en santé est imminente.

Il manque aussi des détails sur la stratégie pour la croissance de l’économie et un manque de détails sur la réduction du déficit et le contrôle des dépenses. Les informations, note le budget, seront dévoilées plus tard, dans 6 ou 12 mois.

Symbiose

Le premier ministre Justin Trudeau en compagnie de la ministre des Finances Chrystia Freeland à Hamilton

Le premier ministre Justin Trudeau en compagnie de la ministre des Finances Chrystia Freeland à Hamilton

Photo : The Canadian Press / Peter Power

La confiance entre un premier ministre et son ministre des Finances est souvent la clé de leur survie mutuelle.

Ce qui fait le succès d’un premier ministre, c’est de bien choisir son ministre des Finances, disait à l’époque Jean Chrétien à propos de Paul Martin. Et ce dernier de répliquer : C’est moi, comme ministre des Finances, qui ai bien choisi mon premier ministre!

Il y a une confiance solide entre Justin Trudeau et Chrystia Freeland. Ils travaillent bien ensemble, ils sont souvent sur la même longueur d'onde et se soutiennent mutuellement.

Stephen Harper et Jim Flaherty se vouaient un profond respect mutuel, mais leur relation n’était pas aussi étroite. Jean Chrétien et Paul Martin travaillaient bien ensemble, mais leur rivalité personnelle pouvait parfois brouiller les ondes.

Justin Trudeau et Chrystia Freeland semblent donc avoir une relation entre premier ministre et ministre des Finances qui est très rare, sinon unique, en politique canadienne récente.

Pour le moment, leur symbiose profite à l’un et à l’autre. Mais elle pourrait avoir l’effet inverse si les promesses du budget Freeland ne se matérialisaient pas. Et ce, peu importe si Justin Trudeau poursuit ou non sa carrière politique au-delà de la prochaine élection. Ou si Chrystia Freeland lui succède ou non comme cheffe libérale.

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