•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un faux candidat de la CAQ teste les limites de la satire sur Facebook

Le parti s’est indigné que la page satirique n'ait pas été supprimée par le réseau social, qui estimait qu’elle n’enfreignait pas ses politiques.

Chargement de l’image

Maxym Croteau n'est pas réellement le candidat caquiste dans la circonscription de La Pinière.

Photo : Maxym Croteau

Chargement de l’image

Un étudiant de Brossard a supprimé jeudi soir sa page Facebook satirique « Maxym Croteau - candidat caquiste dans La Pinière » à la demande de la Coalition avenir Québec (CAQ), qui estimait qu’elle nuisait à son image. Il aurait pourtant pu continuer à publier sur sa page en toute impunité, étant protégé par les règles encadrant la satire sur Facebook.

Active depuis janvier, la page pouvait sembler authentique à première vue : sa photo de couverture reproduisait soigneusement la signature visuelle des images de candidats de la CAQ, et plusieurs des publications ressemblaient en tout point à celles des communications officielles du gouvernement du Québec sur les réseaux sociaux. Malgré tout, en consultant le contenu, on comprend assez vite que c’était de la parodie, estime Jean-Hugues Roy, professeur à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Une publication du 11 mars indiquait par exemple que tous les Québécois non vaccinés âgés de plus de 18 ans doivent prendre le premier vol possible pour l’Ukraine, afin d’affronter la Russie. Dans un autre message mis en ligne le 29 mars, Maxym Croteau proposait qu’on nomme dorénavant les non-vaccinés les sauvages.

Chargement de l’image

Cette publication indiquant que les Québécois non vaccinés devront aller combattre en Ukraine a été partagée 135 fois.

Photo : Maxym Croteau

Mon but avec cette page-là était de niaiser les complotistes et de prouver qu’ils étaient capables de croire à n’importe quoi, explique Maxym Croteau en entrevue téléphonique. Depuis le début de la pandémie, les groupes complotistes pensent que la CAQ représente le nouvel ordre mondial et qu’on est en dictature. C’est pour cette raison-là que j’ai choisi [de faire une page aux couleurs de] la CAQ, pas parce que j’ai quelque chose contre le parti, assure-t-il.

De la désinformation, selon la CAQ

La directrice des communications de la CAQ, Claude Potvin, estime pour sa part qu’il n’y a rien de drôle dans les publications de Maxym Croteau. Faire comme si on était un candidat d’un parti politique, c’est problématique. Pour nous, c’est de la désinformation, a-t-elle dit en entrevue avant que la page soit supprimée.

Mme Potvin dénonce ce qu’elle qualifie de propos clivants, qui selon elle exacerbent les tensions sociales et nuisent à l’image du parti.

Avant sa disparition, la fausse page de Maxym Croteau avait moins de 500 abonnés, et la plupart des publications ne recueillaient pas plus de quelques dizaines de réactions et de partages. C’est un message mis en ligne cette semaine annonçant faussement l’ouverture du parc Joël-Legendre à Brossard qui a suscité le plus d’attention, recueillant plus de 700 partages.

Chargement de l’image

Cette publication annonçant faussement l'ouverture du parc Joël-Legendre à Brossard est la plus virale sur la page de Maxym Croteau. Elle a été partagée plus de 700 fois avant d'être supprimée.

Photo : Maxym Croteau

On a eu plusieurs plaintes dans les derniers jours parce que les gens y croyaient et se demandaient comment la CAQ pouvait endosser ce genre de chose-là. Ça prouve une chose : son affaire fonctionne, estime Claude Potvin.

Aucune règle n’est enfreinte, dit Facebook

La CAQ tentait en vain depuis plus de trois semaines de faire fermer la fausse page politique de Maxym Croteau, dit sa directrice des communications. Facebook nous dit qu’il ne peut rien faire, ce qu’on trouve tout à fait aberrant, soutient Claude Potvin. Le parti en était à examiner les outils juridiques à sa disposition.

Or, la maison mère de Facebook, Meta, estime que le profil et le contenu de la page de Maxym Croteau ne violent pas ses standards de communauté concernant la désinformation (Nouvelle fenêtre). Par courriel, l’entreprise explique qu’elle supprime de fausses informations seulement lorsqu'elles sont susceptibles de contribuer directement à des dommages physiques imminents et que d’autres types de fausses informations voient simplement leur portée réduite.

Nous autorisons l'humour, la satire ou le commentaire social, et nous pensons que lorsque les gens utilisent leur véritable identité, ils sont plus responsables au moment du partage de ce type de contenu, a déclaré un porte-parole de l’entreprise par courriel.

« Nous comprenons que nos règles ne sont pas parfaites, et nous réévaluons constamment la façon d'équilibrer notre engagement envers la liberté d'expression et la nécessité de maintenir une plateforme sécuritaire. »

— Une citation de  Meta

Facebook interdit toutefois la création de comptes en prétendant être une autre personne ou entité ou en s’exprimant en son nom, selon ses standards de communauté (Nouvelle fenêtre). Par contre, dans certains cas, Meta cherche des informations supplémentaires sur un compte avant de prendre des mesures. Le droit à la satire semble avoir pris le dessus dans le cas de Maxym Croteau.

C’est une décision dont se réjouit le professeur à l’École des médias de l’UQAM Jean-Hugues Roy. Je trouve que la CAQ a l'épiderme très mince là-dessus. Pour moi, c’est de la caricature politique qui mérite de rester sur le site. Si Facebook avait des réactions impulsives chaque fois qu’il reçoit une plainte, je trouverais ça épeurant. En même temps, c’est une entreprise privée; elle fait ce qu’elle veut, analyse-t-il.

Maxym Croteau supprime la page

Finalement, Maxym Croteau a décidé de supprimer la page jeudi soir parce que bon nombre d’utilisateurs Facebook ne saisissaient pas qu’elle était satirique. La publication sur le parc Joël-Legendre a été vue par plus de 200 000 personnes, et au moins la moitié d’entre elles y ont cru, selon le principal intéressé.

Il y avait beaucoup trop de gens qui partageaient et voyaient mes publications en pensant que j’étais un vrai candidat et la CAQ avait raison de dire que ça nuisait à son image, alors j’ai cru que le mieux était de supprimer ma page pour que ça puisse faire l’affaire de tout le monde, soutient Maxym Croteau.

La directrice des communications de la CAQ a affirmé que le parti était bien content de ce dénouement, mais qu’il était déçu que Facebook ait refusé d’agir.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !