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L’abstention, candidate mystère à l’élection présidentielle française

L’abstention s’étend à des tranches de la population française qui, jusqu’à maintenant, allaient voter systématiquement.

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Les préparatifs sont en cours dans les bureaux de vote en vue du premier tour de l'élection présidentielle de dimanche en France.

Photo : Reuters / PASCAL ROSSIGNOL

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Lorsqu’il rencontre des électeurs, dans le cadre d’opérations de porte-à-porte, le militant Jeroen doit non seulement les convaincre de voter pour son candidat, mais il doit parfois les convaincre de voter tout court.

Ce partisan de Jean-Luc Mélenchon, le candidat du parti La France insoumise, admet rencontrer un grand nombre de Français peu intéressés par la campagne électorale, voire par la politique en général.

Les gens nous disent qu'ils ne sont pas intéressés par la politique parce qu'ils disent que ça ne sert à rien d'aller voter. Et moi, je leur explique gentiment qu'on peut avoir des avancées sociales et que oui, la politique, c'est aussi quelque chose qui doit les intéresser, explique Jeroen.

Lorsque nous l’accompagnons dans un édifice d’un quartier en périphérie de Metz, dans l’est de la France, Joeron entame une conversation avec un électeur qui lui annonce qu’il ira voter, mais sans grand intérêt.

Découragé par la politique française, cet homme constate que des gens autour de lui s’abstiendront dimanche.

Écœuré par le système, quoi! Il y a des gens qui travaillent, qui ont deux boulots jour et nuit et qui n'y arrivent pas, raconte-t-il.

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Des militants de la France insoumise participent à des efforts de campagne à Metz.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

Vers une abstention plus importante qu’en 2017

Lors du premier tour de la dernière élection présidentielle, en 2017, 22 % des électeurs français s’étaient abstenus.

Dans certaines régions, la proportion était encore plus importante. C’était le cas à Metz, où le tiers des électeurs inscrits n’ont pas voté.

Plusieurs sondages laissent entendre que le taux d’abstention pourrait être encore plus élevé cette année.

Pour le conseiller municipal de Metz, Xavier Bouvet, cette perspective n’a rien d’étonnant. Il a constaté le peu d’intérêt suscité par cette campagne qui a été victime d'une actualité de plus en plus vertigineuse, avec la pandémie de COVID-19 et la guerre en Ukraine.

L’élu, témoin du désenchantement d’une partie de l’électorat, souligne par ailleurs que le problème se constate depuis bien avant cette campagne présidentielle.

« C'est une fatigue démocratique qui a des racines profondes, nourrie à la fois par une forme d'incompréhension du système politique, des temps de décisions et des complexités administratives. Tout ça a produit de l'éloignement par rapport à des enjeux qui paraissent de plus en plus opaques. »

— Une citation de  Xavier Bouvet, conseiller municipal à Metz
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Xavier Bouvet, conseiller municipal à Metz, constate le désintérêt d'une partie de l'électorat.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

La professeure à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye, Céline Braconnier, s’intéresse depuis des années à l’abstention en France.

Selon elle, le phénomène est visible depuis longtemps auprès des jeunes électeurs et des résidents des quartiers populaires, en périphérie des grandes villes.

Les candidats s’adressent de façon prioritaire à ceux qui les élisent. Quand des catégories entières votent peu, on est peu portés en tant que candidats à défendre les intérêts de ces électeurs, explique-t-elle.

L’experte ajoute que l’abstention est désormais une option plus répandue au sein de la population française, notamment dans les catégories de la population qui, jusque-là, avaient systématiquement voté.

Une évolution du phénomène, qui, selon Céline Braconnier, s’explique en partie par un désenchantement, mais aussi par l’offre politique, qui a connu de grands changements en France au cours des dernières années.

« C’est évident que lorsque les partis traditionnels se déstructurent, lorsque des repères qui ont été très forts comme la droite et la gauche ne sont plus des repères, il est évident que ceux qui sont les plus éloignés ont plus de mal à se repérer et vont moins vers les urnes. »

— Une citation de  Céline Braconnier, professeure à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye

Forte abstention des jeunes?

Cette année, l’abstention pourrait particulièrement s’imposer au sein de la tranche la moins âgée de l’électorat. Des sondages suggèrent que le taux pourrait être de 40 % chez les 18-24 ans.

Sur le campus de l’Université de Lorraine à Metz, mardi, certains étudiants ne cachaient pas avoir peu suivi la campagne présidentielle.

Je ne vote pas, et il y en a probablement d’autres qui font pareil comme moi, lance Etam, qui reconnaît que l’abstention pourrait avoir un impact sur le scrutin et même fausser les résultats.

À la sortie des classes, différentes raisons sont évoquées pour expliquer l’hésitation de certains à se rendre au bureau de vote.

Pour Apolline, l’obstacle est le fait de devoir rentrer dans sa ville natale pour voter. Il me faut minimum cinq heures de route ou sept heures de train pour y aller. Je n’en ai pas les moyens ni le temps, dit-elle. L’étudiante ne se sent pas suffisamment interpellée par les propositions des candidats pour faire ces efforts.

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Des militants de Greenpeace, dont Mamadou Karim Sissoko, se sont arrêtés sur le campus de l'Université de Lorraine, à Metz.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair.

Justement, Mamadou Karim Sissoko, un militant de Greenpeace venu mener une campagne de sensibilisation sur le campus, croit que le peu d’attention accordé par les aspirants présidents à certains thèmes, comme le climat, a pu contribuer à la démobilisation d’une partie de l’électorat.

« L'écologie est toujours reléguée au second plan. Donc voilà. Pourtant, c'est un sujet qui peut être mobilisateur aussi, notamment au niveau des jeunes. »

— Une citation de  Mamadou Karim Sissoko, de Greenpeace

Malgré le contexte et les obstacles, plusieurs électeurs, notamment jeunes, se prévaudront de leur droit de vote dimanche.

C’est le cas d'Inès, rencontrée à Metz, qui constate cette tentation de l’abstentionnisme autour d’elle.

C'est très problématique pour la démocratie. On nous offre le droit de vote, c'est notre seule arme, et si personne ne l'utilise, tout le monde râlera encore, lance-t-elle.

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Douze candidats s'affrontent au premier tour de l'élection présidentielle en France.

Photo : Reuters / STEPHANE MAHE

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