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Budget fédéral : les francophones attendent mieux pour 2023

La ministre des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor, debout en Chambre.

On attend déjà la ministre des Langues officielles, Ginette Petitpas Taylor, au prochain budget fédéral en raison de l'absence de mentions sur la francophonie dans celui de 2022 (archives).

Photo : The Canadian Press / Adrian Wyld

Déçus par l’absence de mentions et de mesures spécifiques en matière de francophonie et de langues officielles dans le dernier budget libéral, les francophones s’en remettent au prochain budget pour juger le travail du gouvernement.

C'est toujours décevant d'entendre ou de voir qu'il n'y a pas de mesures spécifiques ou d'allocation spécifique pour les langues officielles ou pour la francophonie canadienne. [...] C'est certain qu'on aurait peut-être pu voir "francophonie", "langues officielles" mentionnés à quelques reprises, parce qu'il y a des dossiers chauds qui sont en discussion présentement, glisse la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, Liane Roy, en entrevue à Radio-Canada.

Au lendemain du dévoilement d’un budget peu mémorable pour les communautés francophones en situation minoritaire, la FCFA se projette donc déjà l’année prochaine.

Une femme souriante porte des lunettes.

La présidente de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada, Liane Roy (archives)

Photo : Gracieuseté

En 2023, le budget fédéral devrait inclure les investissements destinés au Plan d’action pour les langues officielles 2023-2028 et à la mise en œuvre de la Loi sur les langues officielles modernisée.

La ministre des Langues officielles nous a dit qu'elle commencerait ses consultations sous peu pour le Plan d'action pour les langues. Donc, nos énergies vont aller à bien monter, bien structurer, avec nos membres, nos demandes pour bien répondre aux besoins des communautés. Et c'est dans ce plan d'action, l'an prochain, qu'on s'attend de voir les éléments pour la communauté, explique Mme Roy.

L'organisme porte-parole des francophones en situation minoritaire n’avait formulé aucune recommandation pour le budget 2022.

On était très occupé à parler de la modernisation de la Loi [sur les langues officielles], et beaucoup de nos budgets, dans nos communautés, sont des budgets pluriannuels qui suivent justement le Plan d'action. C'est pour cette raison qu'on s'est dit qu'on va bien monter le travail pour le budget de 2023.

Professeure à l’Université de l’Ontario français et spécialiste de la francophonie canadienne, Linda Cardinal rappelle toutefois que plusieurs annonces fédérales ont été faites pour les francophones au cours des derniers mois, notamment cette semaine pour le collège La Cité, à Ottawa.

Toutefois, cela n’aurait pas dû empêcher le gouvernement de mentionner la francophonie, dit-elle.

Avec tout ce qu'on a dit sur les langues officielles, je trouve que c’est un peu décevant. Pas d'argent, d'accord, mais une sensibilité, ça ne coûte rien, estime-t-elle. Tout ce qu’il y a pour la recherche, Affaires mondiales, les petites entreprises, le tourisme, les communautés rurales, l'immigration, la main-d'œuvre, l'aide internationale, l'appui aux communautés noires, l'appui au journalisme local et diversifié, les aînés, les arts et la culture… [...] S’il y avait une petite phrase dans le budget sur les langues officielles, on pourrait se dire : "C'est intéressant, il y a des directives qui vont être envoyées aux différents ministres pour qu'ils prennent en compte les langues officielles dans leur budget".

Des éléments prometteurs, mais aucune mention

Selon Mme Cardinal, le gouvernement fédéral dispose cependant d’une marge de manœuvre pour que les investissements annoncés touchent aussi les francophones.

On sait qu'il y a une marge de manœuvre, que les financements pour les langues officielles sont sans doute là, quelque part, mais on n'a pas senti important de les mettre dans le budget parce qu'on doit se dire qu'on va se rattraper avec le plan d'action [pour les langues officielles], analyse-t-elle. On aurait aimé des mentions des langues officielles dans le budget pour qu'on puisse voir que les milliards qui sont annoncés ne vont pas échapper aux francophones.

La professeure Linda Cardinal, de la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques de l'Université d'Ottawa.

La professeure Linda Cardinal (archives)

Photo : Radio-Canada

La FCFA note d’ailleurs quelques éléments prometteurs dans le budget présenté par Chrystia Freeland, à commencer par les investissements annoncés en matière d’immigration.

L’organisme francophone souhaite que la somme de 2,1 milliards sur cinq ans annoncée pour accélérer le traitement des demandes de résidence permanente ait des retombées positives en ce qui a trait au traitement de dossiers en provenance de pays sources francophones, notamment en Afrique.

La FCFA espère aussi que l’annonce, dans le budget, d’une modification de la Loi sur l’immigration et sur la protection des réfugiés, qui doit donner plus de pouvoirs au ministre fédéral de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté pour moduler les programmes d’immigration, favorise la création de programmes d’immigration spécifiques aux communautés, taillés sur mesure en fonction de leurs réalités.

Déception en Ontario

En février dernier, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) avait énoncé trois souhaits en vue du budget 2022.

L’organisme porte-parole des Franco-Ontariens souhaitait que le gouvernement fédéral finance la demande de l'Université de Sudbury soumise à Patrimoine canadien par l’entremise du programme Fonds complémentaires en éducation postsecondaire; qu’il pérennise et bonifie les Fonds complémentaires en éducation postsecondaire en langue minoritaire à 80 millions de dollars par année, comme le premier ministre Justin Trudeau s’y était engagé pendant la dernière campagne électorale; et qu’il verse 37,8 millions de dollars au projet de rénovation et d’agrandissement du Mouvement d’implication francophone d’Orléans (MIFO).

Carol Jolin s'adresse aux médias derrière un micro.

Le président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, Carol Jolin (archives)

Photo : Radio-Canada

Mais aucune de ses recommandations ne se trouve dans le dernier document budgétaire.

On a été pour le moins étonnés que le budget ne fasse aucune mention de la francophonie. [...] Ce qui nous préoccupe beaucoup, c'est la situation du postsecondaire dans le Moyen-Nord de l'Ontario. Là encore, le budget n'en parle pas, constate le président de l'AFO, Carol Jolin. Il me semble que ça aurait pu être mentionné, parce que ce sont des dossiers extrêmement importants pour la communauté francophone hors Québec et la communauté francophone en Ontario. [...] Ça aurait été une occasion de dire : "On s'en va dans cette direction-là, en réponse à la promesse qu'on a faite pendant les élections".

À la Société économique de l’Ontario (SEO), on accueille le budget avec réserve, car on juge timides les mesures proposées en matière d’employabilité et d’entrepreneuriat, malgré des initiatives intéressantes destinées aux petites et moyennes entreprises.

Nous aurions souhaité que le gouvernement annonce des mesures plus musclées en matière d’immigration économique francophone, indique le président de l’organisme, Denis Laframboise, dans un communiqué.

Les quatre musiciens de la formation Hey Wow sur scène.

Le secteur des arts a été durement éprouvé par la pandémie (archives).

Photo : Joël Ducharme

Même déception dans le secteur des arts et de la culture francophone, malgré quelques mesures annoncées.

On voit que c'est un budget de dépenses et un budget qui veut s'orienter vers la croissance. Malgré tout, on voit que le secteur des arts et de la culture est plutôt absent [...]. C'est préoccupant, parce que c'est un secteur qui doit faire partie d'une relance au pays et c'est un secteur qui souffre encore beaucoup de cette pandémie qui s'étire. C'est un secteur qui a peine à se relever. On le voit dans nos organisations, évidemment, mais on le voit aussi chez les artistes, les travailleurs culturels. Ça a fait des dommages quand même assez considérables et il faut continuer de soutenir cet écosystème, sans quoi on risque de ne pas être capable de se relever, estime Marie-Christine Morin, directrice générale de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF).

« On va se réjouir des investissements qui sont faits, c'est clair. Mais ça ne réglera pas évidemment tous les défis qui sont devant nous et les défis qui sont actuels. »

— Une citation de  Marie-Christine Morin, directrice générale de la Fédération culturelle canadienne-française

La FCCF surveillera de près la volonté du gouvernement exprimée dans le budget de moderniser l'assurance-emploi, afin de s'assurer qu'elle vienne en aide aux travailleurs culturels, ainsi que la réforme de la Loi sur le droit d'auteur.

Un homme avec des lunettes qui sourit en entrevue.

Le président de la Fédération nationale des conseils scolaires francophones, Denis Chartrand (archives)

Photo : Radio-Canada

En éducation, la Fédération nationale des conseils scolaires francophones (FNCSF) se montre un peu plus satisfaite. Elle souligne les investissements dans les services de garde, en santé mentale, mais aussi les efforts annoncés en immigration et en logement qui pourraient permettre d'attirer des enseignants et de répondre à la pénurie de main-d'œuvre, notamment.

Par contre, encore une fois, ça fait un an qu'on demande que, dans la nouvelle Loi sur les langues officielles, on ait des clauses linguistiques, c'est-à-dire que lorsque le fédéral donne des fonds aux provinces, qu'il mette une clause linguistique, que tant de dollars ou un pourcentage doit aller aux francophones. Et c'est ce qui manque dans le budget des garderies, regrette toutefois le président de l'organisme, Denis Chartrand. À travers le Canada, on a plus de 9000 enfants francophones qui attendent une place en garderie. Alors, bien qu'on soit d'accord avec les fonds qui vont être mis dans les garderies, est-ce qu'on peut s'assurer qu'il va y en avoir un certain pourcentage qui va aller pour des francophones?

Priorité à la Loi sur les langues officielles?

Selon la professeure Cardinal, l’absence de mention sur la francophonie et sur les langues officielles pourrait s’expliquer par l’énergie actuellement consacrée à la modernisation de la Loi sur les langues officielles.

« Je pense qu’en ce moment, toutes les énergies sont concentrées sur l'adoption de la Loi [sur les langues officielles] et peut-être moins sur le budget. »

— Une citation de  Linda Cardinal, professeure à l’Université de l’Ontario français

Mais si les langues officielles, c’est important, il ne faut pas attendre la loi ni le plan d’action pour se référer aux langues officielles, surtout dans un budget fédéral. Un budget fédéral, c’est structurant, c’est ce qui nous donne les orientations pour l’année à venir jusqu’au prochain budget, c’est le gouvernement qui chiffre ses promesses et qui annonce les programmes et les secteurs dans lesquels il va investir.

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