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Élection en Ontario : le NPD et les verts promettent de limiter le prix des billets

Le Québec a déjà une loi contre les revendeurs de billets, mais elle n'est pas toujours respectée, se plaignent des amateurs.

Justin Bieber sur scène au Danforth Music Hall, à Toronto.

Le coût des billets en revente pour bien des concerts et des matchs est devenu exorbitant, se plaignent des Ontariens.

Photo : CBC/Evan Mitsui

Le NPD et les verts disent que, s'ils sont élus en juin, ils remettront en place le plafond sur le prix de revente des billets de concerts et de matchs aboli par le gouvernement Ford.

Les deux partis d'opposition disent qu'il est devenu inabordable d'aller voir son artiste préféré en spectacle ou d'assister à un match de hockey ou de basketball professionnels en Ontario.

Des billets offerts à 60 $, 100 $ ou 150 $ peuvent souvent coûter 40 %, 50 %, voire même 100 % plus, en revente.

L'ancien gouvernement libéral avait promis de limiter à 50 % la majoration que les revendeurs peuvent demander par rapport à la valeur nominale d'un billet, mais après avoir pris le pouvoir, le gouvernement Ford a éliminé cette disposition de la loi, avant qu'elle n'entre en vigueur, la jugeant impossible à faire respecter.

Le chef du Parti vert, Mike Schreiner, accuse les progressistes-conservateurs d'avoir pris le parti des revendeurs.

« C'était une erreur de lever ce plafond et de permettre à des sites web d'accumuler des profits énormes sur le dos des amateurs de sport et de musique. »

— Une citation de  Mike Schreiner, chef du Parti vert

Même son de cloche de la part du porte-parole du NPD en matière de protection des consommateurs, Terrence Kernaghan, selon qui Doug Ford prononce de beaux discours contre les prix abusifs, mais sans passer à l'action.

« Les familles me disent qu'elles sont fâchées de voir que les billets sont revendus à des prix exorbitants. »

— Une citation de  Terence Kernaghan, député néo-démocrate de la région de London

Le bureau du ministre ontarien des Services aux consommateurs, Ross Romano, répond ceci : Depuis que nous avons pris le pouvoir, notre gouvernement a renforcé les protections pour les consommateurs ontariens tout en appuyant la croissance économique dans nos industries de la culture et du divertissement. Nous allons continuer à tenir compte de ces facteurs concernant tout changement potentiel à la Loi de 2017 sur la vente de billets.

Les libéraux affirment, eux, qu'ils n'ont aucun commentaire sur la question pour l'instant.

Des amateurs en faveur d'une limite

Le Torontois Florian François est d'accord avec l'idée de limiter les prix en revente.

L'amateur de basketball raconte que le coût des places les moins chères qu'il peut trouver pour les Raptors est passé de 15 $ à 20 $, lorsqu'il est arrivé à Toronto il y a huit ans, à 70 $ à 80 $. C'est une dépense que bien des familles ne peuvent pas se permettre, note-t-il.

« Je pense à des familles qui ont des enfants qui vont voir les Raptors jouer pour la première fois de leur vie. C'est vraiment dommage qu'il y ait des gens qui soient privés de ça [à cause du prix trop élevé des billets].  »

— Une citation de  Florian François, amateur des Raptors

Il ne pense pas aller voir les Raptors en séries éliminatoires si les billets coûtent plus de 150 $.

Adrien Polselli en entrevue sur Zoom.

Adrien Polselli trouve que les billets de sports et de spectacles coûtent cher à Toronto.

Photo : Radio-Canada

L'amateur de sports Adrien Polselli assistait par le passé à tous les matchs à domicile des Raptors avec sa femme, parce qu'il arrivait à dénicher des billets en revente à 20 $ quelques heures avant le match. Mais ce n'est plus le cas, raconte-t-il.

Il ajoute qu'il n'est jamais allé à un match des Maple Leafs à cause du coût. Même en début de saison, je trouve que les prix sont vraiment très chers, un minimum de 150 $ par place, dit-il.

« Moi, j'habitais proche de Lyon [avant] et j'allais souvent voir des matchs de soccer. J'arrivais toujours à m'en sortir pour 15 $ à 20 $ pour aller à des matchs, même des matchs de la Ligue des champions. »

— Une citation de  Adrien Polselli, Torontois

Il est en faveur lui aussi d'une loi en Ontario pour limiter les prix en revente, disant qu'il a l'impression que c'est un peu sans limites ici à l'heure actuelle. Quand je regarde Justin Bieber ici, j'ai l'impression que les premiers prix sont environ 250 $ à 300 $, déplore-t-il.

Est-ce que ça marcherait?

Lorsqu'il a aboli en 2019 le plafond qui avait été promis par les libéraux, le gouvernement Ford a soutenu que c'était parce qu'un tel mécanisme ne fonctionnait pas.

Les portails de revente comme Ticketmaster et StubHub affirmaient qu'une telle politique inciterait les revendeurs à se tourner vers des sites de petites annonces où les consommateurs ne seraient pas protégés.

Par ailleurs, selon le plan des libéraux, il incombait aux consommateurs de porter plainte auprès du gouvernement contre les revendeurs qui demandaient plus de 50 % de la valeur nominale des billets.

Le professeur de marketing David Soberman, de l'Université de Toronto, ne pense pas qu'un plafond soit la solution.

« À mon avis, la chose importante dans ce marché, c'est de limiter le nombre de billets qu'un revendeur peut acheter. C'est là où il y a un problème. Par exemple, on a quelqu'un qui achète 500 billets. Lui, il peut contrôler le prix dans un sens. »

— Une citation de  David Soberman, professeur à l'École de gestion Rotman
David Soberman en entrevue sur Zoom.

Le professeur de marketing David Soberman pense qu'il est plus facile de limiter le nombre de billets qu'un revendeur peut acheter que le prix des billets.

Photo : Radio-Canada

En d'autres mots, il faut favoriser la concurrence entre revendeurs, selon le professeur Soberman, pour freiner la croissance des prix, et non pas tenter de miner la loi de l'offre et de la demande.

Cette stratégie soulève toutefois une question importante : comment contrôler le nombre de billets que les revendeurs professionnels, qui disposent souvent de systèmes informatiques sophistiqués, peuvent se procurer?

Pour sa part, l'avocat et professeur à l'Université de Toronto Daniel Tsai soutient que les organisateurs d'événements et la plateforme Ticketmaster pourraient limiter les abus en refusant d'honorer les billets revendus à un prix trop élevé. Ça inciterait l'acheteur initial des billets à les garder et à les utiliser lui-même plutôt que d'essayer de les revendre pour faire des profits exorbitants, dit-il.

L'autre option, dit-il, serait de forcer ceux qui veulent revendre leur billet de passer par Ticketmaster, qui pourrait ainsi exercer un contrôle sur les prix.

De son côté, le député ontarien Terrence Kernaghan n'est pas en mesure pour l'instant d'expliquer comment fonctionnerait exactement, sous un gouvernement néo-démocrate, un plafond sur le prix des billets en revente. Il dit que le parti nommerait un protecteur des consommateurs, comme le vérificateur général de la province qui peut enquêter, en plus de discuter de la question avec les grands sites de revente.

Les verts n'ont pas fourni de détail sur leur plan.

L'exemple du Québec

Le Québec a adopté une loi en 2011 empêchant les revendeurs de demander plus que la valeur nominale d'un billet, sauf s'ils ont le consentement de l'organisateur de l'événement. Nombre de sites de revente ont été mis à l'amende depuis, mais les prix continuent de croître, se plaignent des amateurs.

L'Union des consommateurs du Québec a affirmé par le passé que ce genre de réglementation pouvait fonctionner à court terme, mais que les revendeurs trouvaient vite des façons de la contourner.

Ticketmaster et StubHub n'ont pas répondu à nos demandes de commentaire.

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