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Québec veut mieux protéger la liberté académique

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La ministre de l'Enseignement supérieur refuse de voir les salles de classe universitaires se transformer en « espaces sécuritaires », à l'abri de tout propos dérangeant.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy-Roussel

La Presse canadienne

La liberté académique des enseignants universitaires doit être mieux définie et mieux protégée et nécessite un encadrement législatif pour éviter les dérapages ou l'autocensure. C'est la conclusion à laquelle en est venue la ministre de l'Enseignement supérieur, Danielle McCann, qui a déposé mercredi le projet de loi 32 stipulant que l'enseignement universitaire devait pouvoir s'exercer sans contrainte « doctrinale, idéologique ou morale ».

En clair, tous les mots seront permis dans les salles de cours, sans crainte de s'exposer à une plainte, dans la mesure où le contexte pédagogique s'y prête.

Les institutions d'enseignement supérieur sont des lieux de débats, a tranché la ministre McCann, qui refuse de voir les salles de classe universitaires se transformer en espaces sécuritaires (ce qu'on appelle en anglais des safe spaces), à l'abri de tout propos dérangeant.

Dans le même esprit, les universités ne pourront pas obliger un professeur à donner un avertissement à ses étudiants avant d'aborder un contenu susceptible d'en choquer quelques-uns, ce qu'on appelle les traumas avertissements.

Pas question davantage de tolérer que les enseignants cèdent à la tentation de se censurer pour ne pas s'exposer à d'éventuelles plaintes, une tendance à la hausse depuis quelques années. Un sondage, mené à l’été 2021, révèle que 60 % des professeurs d'université reconnaissent s'être censurés au cours des cinq dernières années en évitant d'utiliser certains mots controversés.

« La censure n'a pas sa place dans nos salles de classe, elle ne l'aura jamais, et on doit en protéger le corps professoral. »

— Une citation de  Danielle McCann, ministre de l’Enseignement supérieur du Québec

En toutes circonstances, c'est la liberté académique qui devra prévaloir, mais dans un contexte pédagogique, dans le respect et dans les normes de rigueur scientifique et éthique qui existent dans nos universités.

Pour que la loi devienne une réalité sur le terrain, chaque institution universitaire devra se doter d'une politique de liberté académique et s'assurer de sa mise en œuvre, y compris l'obligation d'examiner le bien-fondé des plaintes reçues à cet égard.

De plus, l'université devra nommer une personne spécifiquement responsable de la liberté académique et chargée d'appliquer la politique de l'établissement en la matière.

Le projet de loi donne suite au rapport, publié en décembre dernier, du comité d'experts chargé de formuler des recommandations au gouvernement en vue d'assurer l'autonomie du milieu universitaire et sa liberté d'expression. Le comité était présidé par l'ex-ministre Alexandre Cloutier, devenu vice-recteur à l'Université du Québec à Chicoutimi.

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La Commission scientifique et technique indépendante sur la reconnaissance de la liberté académique dans le milieu universitaire a été présidée par l'ex-ministre péquiste Alexandre Cloutier.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

En entrevue téléphonique, il s'est dit très satisfait de la réponse gouvernementale, qui reprend les principales recommandations de son rapport, particulièrement en ce qui a trait au règlement des litiges.

M. Cloutier est d'avis qu'en matière de liberté d'expression en milieu universitaire le Québec est en train de se positionner comme un leader mondial grâce à ce projet de loi.

Le comité Cloutier avait été mis sur pied par le gouvernement en août dernier, à la suite de quelques incidents survenus en milieu universitaire et relayés dans l'actualité, dont la suspension d'une enseignante de l'Université d'Ottawa, Verushka Lieutenant-Duval. La chargée de cours avait été suspendue dans la foulée d'une plainte pour avoir utilisé dans sa salle de cours le mot tabou qui commence par la lettre « n », jugé raciste.

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