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Crabe des neiges : des solutions pour que les Québécois continuent d’y avoir accès

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Le prix du crabe a bondi de 20 % cette année (archives).

Photo : Radio-Canada / Jean-Luc Blanchet

Stabiliser les prix et s'assurer qu'une part du crabe des neiges pêché au Québec demeure accessible pour les Québécois. C'est ce que propose une étude réalisée par l'Institut de recherche en économie contemporaine (IREC), en partenariat avec le collectif Manger notre Saint-Laurent.

Cette année, manger du crabe est loin d'être à la portée de toutes les bourses. Le crustacé se vend 20 % plus cher qu’en 2021, notamment en raison d'une forte demande mondiale et d'une baisse des stocks pêchés à l'international au cours des dernières années.

Alors que les prix s'emballent, comment faire, alors, pour que la ressource qui est pêchée chez nous puisse continuer d'être consommée au Québec, à un prix raisonnable?

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Le prix du crabe est très élevé pour les consommateurs cette année (archives).

Photo : Radio-Canada / Samuel Ranger

Selon l'IREC, il est primordial de revoir le modèle de la pêche au crabe des neiges dans le but, entre autres, de favoriser l'autonomie alimentaire et le marché local.

Une nouvelle recette, autre que le fish and ship, s'impose, estiment les chercheurs.

Protéger l'industrie et la consommation locale

On pourrait faire mieux en ce qui concerne la satisfaction de la demande québécoise, affirme le directeur adjoint de l’IREC et membre du collectif Manger notre Saint-Laurent, François L'Italien.

Les Québécois raffolent du crabe. C’est un mets qui s’est fait un chemin dans les traditions familiales de Pâques. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin? On pense que le crabe pourrait entrer davantage dans l’économie et l’autonomie alimentaire du Québec, dit-il.

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Le crabe des neiges est très populaire dans les assiettes des Bas-Laurentiens, surtout pour la fin de semaine de Pâques (archives).

Photo : Radio-Canada / Laurie Dufresne

Or, pour l'instant, plus de 95 % du crabe des neiges pêché au Québec est destiné au marché international. Le crabe s'exporte principalement aux États-Unis, au Japon et en Chine.

C'est pourquoi Québec devrait s'assurer qu'une part plus grande de la ressource reste dans la province, selon l'IREC.

« Par exemple, si on se disait que 20 % de ce qui est pêché ici est réservé pour le marché québécois, ce serait déjà un excellent début. »

— Une citation de  François l'Italien, directeur adjoint de l'IREC

Sur cette portion destinée au marché local, un mécanisme pour stabiliser les prix pourrait être instauré. Ce prix, basé sur les coûts de production, serait potentiellement négocié entre les pêcheurs et les transformateurs afin de conserver une marge de bénéfices acceptable, proposent les chercheurs.

Certains appellent ça du protectionnisme, mais est-ce qu'avec le sirop d'érable c'en est, est-ce qu'avec le lait c'en est? [...] En fait, c'est juste de maîtriser les barrières de base de l'économie, affirme M. L'Italien, qui estime que tout le monde serait gagnant à ce que les pêcheurs, transformateurs et poissonneries travaillent davantage en concertation.

Des objectifs louables, mais potentiellement difficiles à concrétiser

Cette proposition devrait toutefois être sérieusement analysée par des experts pour ne pas déroger aux accords de libre-échange.

De plus, certains transformateurs aimeraient déjà écouler davantage leurs produits sur le marché québécois, mais plusieurs disent se buter à des problèmes de logistique, puisque cela implique de livrer de petites quantités à plusieurs endroits, plutôt que d'envoyer de grandes quantités dans des conteneurs pour l'exportation.

Le président de l'Association québécoise de l'industrie de la pêche (AQIP), Bill Sheehan, souligne aussi que le fait de trop réglementer au Québec pourrait avoir l'effet contraire à celui souhaité, en avantageant d'autres provinces canadiennes.

Il faut être en mesure de payer ce que les producteurs vont payer dans les autres provinces du Canada, dit-il.

« Les pêcheurs, si le prix ne fait pas leur affaire, il n’y a rien qui les empêche d’aller débarquer leurs prises de crabe au Nouveau-Brunswick ou à Terre-Neuve. »

— Une citation de  Bill Sheehan, président de l'AQIP

Il ajoute que la Gaspésie et le Bas-Saint-Laurent sont plus près de la frontière américaine que de Montréal, par exemple, et le bassin de consommateurs est loin d'être aussi important au Québec.

De son côté, Robert Nicolas, de l'École des pêches et de l'aquaculture du Québec à Grande-Rivière, ajoute que ce bassin pourrait être augmenté en faisant davantage la promotion du crabe des neiges dans la province. Cependant, que le crabe soit vendu ici ou à l'international, il est important que l'industrie y trouve son compte, dit-il.

Il ne faudrait pas par ricochet qu'on rende plus disponible les ressources pour que d'un autre côté le pêcheur et le transformateur en retirent de moins grands bénéfices. C'est beau de dire qu'on consomme plus et d'en avoir à longueur d'année à un prix abordable, mais qu'on soit pêcheur ou transformateur, ces gens détiennent des entreprises privées. L'objectif, c'est de faire des bénéfices et d'en retirer le maximum, indique-t-il.

Florence Doucet, qui prendra la relève de l'entreprise de son père, la poissonnerie Doucet, au Bic, fait valoir que si le crabe des neiges est un produit de luxe, ce n'est pas pour rien.

Ce n’est pas quelque chose qui est facile d’aller pêcher, le crabe. C’est un métier qui est risqué. […] Les conditions en mer ne sont pas faciles. […] Les salaires de ces gens-là, il faut les payer, insiste-t-elle.

Diversifier la pêche

Par ailleurs, les chercheurs de l'IREC suggèrent également de profiter de cette période faste dans l'industrie de la pêche au crabe des neiges pour créer un fonds de diversification des pêches.

Ce fonds, qui pourrait être financé par les acteurs de l'industrie et le gouvernement provincial, aurait pour but de sortir de la logique des 3 E – Extraire, emballer, exporter – et de développer le goût des Québécois pour des produits du Saint-Laurent, autres que les trois produits vedettes que sont le crabe, la crevette et le homard.

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Le crabe, la crevette et le homard sont les crustacés les plus populaires dans l'assiette des Québécois (archives).

Photo : Radio-Canada / Allison Van Rassel

D'après les auteurs de l'étude, les pêcheurs et transformateurs pourraient diversifier leurs activités en développant des produits de la mer à valeur ajoutée et seraient ainsi moins vulnérables aux aléas du marché ou à un effondrement des stocks dans leurs zones de pêche.

Ce n'est pas parce qu'il existe une gestion des stocks et une imposition de quotas réglementés par le ministère des Pêches et Océans que l'industrie de la pêche est à l'abri d'un effondrement des stocks d'une ressource, explique M. L'Italien.

Effectivement, le réchauffement des eaux et la diminution du couvert de glace modifient l'habitat du crabe des neiges, ce qui engendre déjà des conséquences sur sa répartition et son abondance dans le Saint-Laurent.

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