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Analyse

En fin de campagne, Emmanuel Macron n’est plus le maître du temps

Entré tardivement dans la campagne, le président français connaît depuis quelques jours une baisse dans les sondages, alors que sa principale rivale, Marine Le Pen, connaît le chemin inverse.

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Le candidat Emmanuel Macron de La République en marche tient un rassemblement politique à La Défense Aréna, à Nanterre.

Photo : Getty Images / Thomas Coex

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À huit jours du premier tour de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron a voulu marquer le coup. Un immense rassemblement a été tenu samedi dernier à La Défense Arena, près de Paris, la plus grande salle intérieure d’Europe, comme le chef d’État n’a pas manqué de le souligner.

Après des mois à voir ses adversaires, dont Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Éric Zemmour, être diffusés en boucle sur les chaînes d’information françaises, le temps était enfin venu pour le président candidat d’être au centre de l’attention.

Le problème : ce rassemblement, si proche de l’échéance électorale, s’est déroulé alors que les chaînes de télévision et les radios sont soumises à des règles de diffusion très précises.

Dans les deux semaines précédant le scrutin, les médias doivent respecter une stricte égalité dans le temps de parole accordé aux douze candidats à l’élection présidentielle.

Diffuser la totalité de l’intervention du candidat Macron (plus de deux heures de discours) aurait nécessité que les réseaux consacrent autant de temps à chacun de ses adversaires.

Conséquences : la plupart des radios et télévisions ont bien sûr traité de l’événement, mais en se limitant à des portions du discours.

Emmanuel Macron et son entourage auraient-ils gagné à devancer cet événement partisan, le seul du genre au cours de la campagne présidentielle?

Jusque-là, le président se consacrait surtout à la gestion de la guerre en Ukraine, en multipliant notamment les coups de fil au président ukrainien Volodymyr Zelensky et au président russe, Vladimir Poutine.

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Le candidat Macron en visite à Spezet le 5 avril, dans l'ouest de la France, dans un bain de foule

Photo : Getty Images / Ludovic Marin

Chef d’État ou candidat?

Pendant plusieurs semaines, cet accent sur le rôle de chef d’État gérant la crise, qui lui a assuré une grande présence médiatique, semble d’ailleurs avoir profité à Emmanuel Macron. Le président a même dépassé les 30 % d’intentions de vote au premier tour de l’élection, devançant grandement ses principaux adversaires, dont la candidate du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen.

Mais l’écart entre Le Pen et Macron dans les intentions de vote rétrécit. Les derniers coups de sonde indiquent maintenant un appui à environ 26 % ou 27 % pour Macron, alors que Marine Le Pen continue de grimper dans les sondages. À gauche, Jean-Luc Mélenchon, de la France insoumise, connaît aussi une hausse.

La lutte semble également se resserrer pour le deuxième tour de l’élection le 24 avril, qui verra s’affronter les deux candidats arrivés en tête du premier tour.

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Emmanuel Macron dans les bureaux de France Inter alors que la candidate Marine Le Pen attaque le bilan de son adversaire à la télé.

Photo : Getty Images / Ludovic Marin

Un sondage Harris publié lundi évoquait même la possibilité que, dans un duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, le président sortant n’obtienne que 51,5 % des voix, contre 48,5 % pour son adversaire. Pour rappel, Emmanuel Macron l’avait emporté avec plus de 32 % d’avance sur Marine Le Pen lors de leur affrontement électoral de 2017.

Bien des choses peuvent encore changer d’ici le deuxième tour du 24 avril et influencer le report des voix des partisans de candidats qui auront été éliminés lors du premier tour. Ajoutez à cela l’abstention, qui pourrait contribuer à l’imprévisibilité du vote.

N’empêche, le président Macron semble lui-même reconnaître la menace que représente l'extrême droite, lui qui déplore une banalisation de la candidate du Rassemblement national.

Il est vrai qu’au cours des derniers mois, Marine Le Pen, très présente sur le terrain, n’a pas autant attiré l'attention que certains de ses adversaires.

Depuis son entrée en scène l’automne dernier, c’est beaucoup son concurrent Éric Zemmour qui a attiré l’attention. Dans le dossier ukrainien, c’est surtout le polémiste devenu candidat, et non Marine Le Pen, qui s’est attiré la critique pour des prises de position passées favorables à Moscou.

Ce contexte, ajouté à une stratégie visant à polir l’image de la candidate, fait en sorte que, selon la firme Ipsos, 50 % des Français jugent aujourd’hui Marine Le Pen antipathique, alors qu’ils étaient plus de 60 % à le penser il y a cinq ans.

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Marine Le Pen du Rassemblement national à la rencontre d'électeurs au marché de Haguenau, dans l'est de la France

Photo : Getty Images / Sébastien Bozon

L’importance de l’enjeu du pouvoir d’achat

Au cours de cette campagne, la candidate du RN semble aussi avoir réussi à s’imposer dans des débats chers aux électeurs français.

Au cours des derniers mois, nous avons pu le constater dans le cadre de reportages, et les sondages le confirment : les questions liées au pouvoir d’achat et au coût de la vie sont la priorité des Français en vue du scrutin présidentiel. Les conséquences de la guerre en Ukraine n’ont rien pour rassurer les électeurs à ce chapitre.

Or, un récent sondage Ipsos montrait que Marine Le Pen et Emmanuel Macron sont au coude-à-coude (32 % chacun) en termes de crédibilité à propos de l’enjeu du pouvoir d’achat.

En réponse à la poussée inflationniste, le gouvernement français offre depuis la semaine dernière un rabais à la pompe. Lors de son grand rassemblement de samedi, le candidat Macron a également promis une prime de 6000 euros aux travailleurs pour les aider à affronter la hausse du coût de la vie.

Ces promesses réussiront-elles à s’imposer dans la dernière ligne droite de la campagne?

Toujours meneur dans les intentions de vote, le président lui-même continue de limiter la possibilité de partager son message.

Emmanuel Macron a refusé de participer à un débat avec ses adversaires avant le premier tour.

Si le président a participé en début de semaine à une entrevue à la radio publique, son équipe a toutefois évoqué un problème d’horaire pour décliner une invitation à une grande émission politique de la chaîne télévisée France 2. Les onze autres prétendants à l’Élysée ont pourtant défilé sur ce plateau.

Au lieu d’entendre le président être interrogé par les animateurs, les téléspectateurs de la chaîne publique se seront donc contentés d’une rediffusion d’extraits du rassemblement de samedi dernier à La Défense Arena. Règle d’égalité médiatique oblige.

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