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Urgence climatique : les puits de carbone naturels peuvent aider, mais pas tout régler

Une forêt verdoyante l'été pleine de verdure.

Les forêts peuvent aider à capter le carbone de l'atmosphère, mais elles sont vulnérables aux feux et à la déforestation.

Photo : Radio-Canada

Devrait-on miser sur les puits de carbone naturels, comme les forêts, pour limiter le réchauffement climatique? Ces écosystèmes peuvent bel et bien aider, mais seulement s'ils sont accompagnés d’une réduction draconienne des émissions de gaz à effet de serre, révèle une étude récente.

Plus que jamais dans son dernier rapport, le Groupe d’experts intergouvernemental sur les changements climatiques (GIEC), appelle les gouvernements et la population à adopter des solutions radicales et immédiates pour limiter les émissions de gaz à effet de serre.

Afin de limiter le réchauffement climatique en deçà de 1,5 °C, les émissions de CO2 dans l'atmosphère terrestre doivent atteindre le « net zéro » autour de 2050, d’après le GIEC.

Cela signifie que ces émissions doivent être nulles ou être compensées en retirant du carbone de l'atmosphère.

De nombreux écosystèmes comme les forêts, les tourbières et les océans absorbent naturellement le CO2.

Ce processus peut toutefois être limité dans le temps, car ces écosystèmes peuvent relâcher le CO2 qu'ils ont absorbé lors de feux de forêt, d’épidémies d’insectes, de déforestation ou d’autres activités humaines, explique Kirsten Zickfeld, professeure distinguée en sciences du climat à l’Université Simon Fraser.

Arbre seul symbole de la déforestation.

Sur l'île de Vancouver, les forêts pluviales anciennes disparaissent à un rythme inquiétant.

Photo : Radio-Canada

Pour évaluer l'utilité de ces écosystèmes pour limiter le réchauffement climatique, des chercheurs ont étudié deux scénarios où le carbone présentement emprisonné dans les puits naturels de la planète sera progressivement relâché dans l'atmosphère au cours des trente prochaines années.

Le premier implique une augmentation continue des émissions de CO2 jusqu’à la fin du siècle. Le second se base sur l'atteinte du niveau net zéro d’ici 2050, comme préconisé par le GIEC.

Résultat : si la planète suit les recommendations du GIEC, le stockage naturel du carbone pourrait aider à diminuer le pic du réchauffement climatique, qui serait probablement atteint dans les années 2040, autour de 1,5 °C, puis contribuer ensuite à faire baisser les températures.

Dans l'autre cas, ces puits de carbone ne pourront que retarder l’atteinte du niveau de 1,5 °C, et le réchauffement climatique continuera au-delà de 2 °C d’ici la deuxième moitié du 21e siècle.

Compenser, c'est tricher

Les puits de carbone naturels auraient donc tout de même intérêt à être exploités comme mesure additionnelle à la réduction des émissions de GES, plutôt que d'être utilisée pour les compenser, explique Kirsten Zickfeld, qui a participé à l'étude. 

« On se dit qu’on peut continuer à exploiter les énergies fossiles et à développer des sables bitumineux, si en contrepartie on plante des arbres pour compenser ces émissions de GES. Dans un sens, c'est de la triche. »

— Une citation de  Kirsten Zickfeld, professeure distinguée en sciences du climat à l’Université Simon Fraser

Si on compte sur les puits naturels pour compenser des émissions de CO2 qui ne cessent d'augmenter, cela ne fonctionnera pas, soutient-elle.

Les installations de capture du carbone près de la raffinerie Sturgeon, près d'Edmonton.

Certaines raffineries, comme celle de Sturgeon, près d'Edmonton, sont équipées d'installations de capture de carbone.

Photo : YouTube/Enhance Energy

S'aider de la technologie

Pour accélérer ce processus naturel d’absorption du carbone, certaines entreprises misent sur des solutions technologiques. À l’Université de la Colombie-Britannique, le professeur en sciences géologiques Greg Dipple explore depuis plus d’une vingtaine d'années le stockage du carbone dans les minéraux.

Sa compagnie Carbin Minerals a récemment signé un contrat avec la plateforme Shopify pour retirer 200 tonnes de CO2 dans l’air d’ici les prochaines années, en le stockant dans certains types de roches appelés minéraux carbonatés, qui sont particulièrement réactifs aux CO2 dans les déchets miniers.

C'est l'équivalent de ce que 13 Canadiens émettent chaque année, si on considère que chacun d'entre eux produit en moyenne 15,5 tonnes de CO2 par an, d'après les données de 2018 de la Banque mondiale.

Si cette proportion est minime par rapport aux émissions de GES du pays, Greg Dipple considère que l’important est de commencer petit, avant d’élargir la portée de ces technologies.

Il croit qu'elles seront cruciales pour aider les entreprises à réduire leur empreinte carbone et ainsi atteindre les cibles de l’Accord de Paris.

« D’ici la deuxième moitié du siècle, toutes les opérations industrielles devront être carboneutres, et cette technologie est l'une des voies à suivre pour atteindre ces objectifs. »

— Une citation de  Greg Dipple, cofondateur de Carbin Minerals

C’est un minéral sûr, non toxique, que nous fabriquons dans les résidus de mines et qui stocke le CO2 de façon permanente, assure-t-il.

Les fuites de CO2 sont possibles, mais extrêmement rares dans ce stype de stockage dans les minéraux, soutient-il.

Plus de 90 % du carbone sur terre est en fait contenu dans les minéraux, pas dans la biosphère, pas dans l'atmosphère, pas dans les océans, parce que c’est dans les minéraux qu’il a été thermodynamiquement stable dans l’histoire géologique, soutient le professeur de l’Université de la Colombie-Britannique.

Un immense nuage causé par la fumée des feux de forêt au dessus des vallées de l'intérieur de la Colombie-Britannique.

Un immense nuage causé par la fumée des feux de forêt plombe des vallées dans l'intérieur de la Colombie-Britannique.

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Coûts économiques, conséquences écologiques

Si ces solutions technologiques ont du potentiel pour Kirsten Zickfeld, elles doivent prendre en compte les éventuelles conséquences écologiques secondaires sur la qualité de l’eau ou de l’air.

Le problème, c’est qu’aujourd’hui, polluer coûte moins cher que d’investir dans ces technologies, soutient-elle également. Une hausse du prix de la taxe carbone pourrait ainsi aider à faire renverser la tendance, indique-t-elle.

Mais en attendant, la solution la moins coûteuse c’est d’utiliser l’énergie renouvelable, souligne la chercheuse.

Pendant ce temps, les conséquences des changements climatiques sont déjà bien visibles, rappelle l’experte. Rien qu’en Colombie-Britannique, le dôme de chaleur, les feux de forêt dévastateurs et les inondations que la province a connus en 2021 en sont des exemples concrets, selon elle.

Les choses changent, c’est un bon signe, mais elles avancent trop lentement, déplore-t-elle.

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