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Solutions recherchées pour parents étudiants

Gros plan d'une main sur un clavier avec des enfants à l'arrière-plan.

L'Université du Québec à Rimouski accueille de plus en plus d'étudiants à temps plein qui sont également parents (archives).

Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Étudier à temps plein et avoir de jeunes enfants : la tâche peut paraître lourde, mais ce parcours plutôt rare autrefois est de plus en plus fréquent de nos jours. Et des voix s’élèvent pour réclamer des services mieux adaptés aux parents-étudiants.

Il est 6 h. Le plus charmant des réveille-matins se fait entendre. Noah, quatre ans, et Billie, 22 mois, réclament maman et papa. La routine du matin s’enclenche avec le déjeuner, l’habillement et les préparatifs en vue du départ de la maison pour rejoindre les amis au centre de la petite enfance.

Jusqu’ici, cela ressemble au matin de milliers de familles. Toutefois, pour les parents de Noah et Billie, ce n'est pas au travail qu'ils se rendront après avoir déposé leurs enfants à la garderie mais plutôt à l'école.

Leur maman, Vanessa Clavelle, est en troisième année au baccalauréat en enseignement en adaptation scolaire et sociale. Leur papa, Frédéric Bouchard, terminera le programme de technologie de mécanique industrielle au Cégep de Rimouski dans quelques semaines. Le couple voulait améliorer le sort de sa petite famille : c’est ainsi qu’il a entrepris un retour aux études alors que le petit Noah avait un an.

Mon conjoint était dans le domaine des pourvoiries de chasse et pêche, donc des emplois saisonniers, loin de la maison, explique Vanessa, qui a pour sa part étudié en agriculture avant de se tourner vers l’éducation.

Vanessa Clavelle pose en compagnie de son conjoint Frédéric Bouchard et de leurs enfants Noah et Billie.

Vanessa Clavelle et son conjoint Frédéric Bouchard étudient à temps plein et sont parents de Noah, quatre ans, et de Billie, 22 mois.

Photo : Gracieuseté de Vanessa Clavelle

L’étudiante, qui terminera son parcours scolaire au printemps 2023, s’estime chanceuse puisqu’elle a obtenu une place en garderie six mois après son retour sur les bancs d’école. En vertu d’ententes, il est possible pour le personnel et pour la communauté étudiante de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) d’avoir une priorité d’accès au CPE L’Univers des copains, situé sur le campus rimouskois. En effet, 109 places sur 156 sont réservées aux employés et aux étudiants. La fille de Vanessa et de Frédéric, Billie, n’avait que trois mois lorsqu’elle y a fait son entrée.

Sans cet accès prioritaire, Vanessa estime qu'il lui aurait été impossible de retourner aux études et d’entreprendre une session universitaire avec un poupon de trois mois. Puisque le CPE se trouve sur le campus, Vanessa pouvait aller allaiter son bébé entre les cours ou à l’heure du dîner lorsqu’elle était en stage.

Étudier avec un bébé sur les genoux

C’est justement en faveur d'une meilleure conciliation études-famille que militent les membres de Ma place aux études. Il s’agit d’un mouvement parallèle à « Ma place au travail », lancé il y a un peu plus d’un an par Myriam Lapointe-Gagnon, une jeune mère de famille de Cacouna.

Elle-même étudiante au doctorat en psychologie, la fondatrice de ce mouvement lutte entre autres pour que les étudiants de la province aient un accès prioritaire à des places en garderie.

Présentement, il y a beaucoup d’étudiants qui font des études avec des bébés sur leurs genoux, dit-elle.

« Non seulement ce n’est pas bon pour le développement de l’enfant, mais ça fait aussi en sorte que ces étudiants-là sont moins concentrés et sont moins disponibles pour leurs examens. Ça aura donc des répercussions sur leur réussite. »

— Une citation de  Myriam Lapointe-Gagnon, maman et instigatrice du mouvement « Ma place au travail »

La jeune femme se dit inquiète que les parents dans cette situation abandonnent leurs études en cours de route ou décident de ne pas en entreprendre à un moment où la province a grandement besoin de talents pour faire face à la pénurie de main-d’œuvre qui sévit dans plusieurs secteurs.

Une femme avec un bébé.

Myriam Lapointe-Gagnon, instigatrice du mouvement «Ma place au travail»

Photo : Radio-Canada / Hadi Hassin

80 $ par semaine du RQAP

Ma place aux études exige également du gouvernement provincial que les étudiants puissent bénéficier d’un meilleur accès au Régime québécois d’assurance parentale (RQAP). Selon le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, pour être admissible au RQAP, une personne doit avoir cotisé au moins 2000 $ sur ses revenus de travail pendant sa période de référence.

Les étudiants y ont donc accès, peu importe le cycle d’études auquel ils sont inscrits. Or, le montant perçu en bourses d’études n’est pas considéré comme un revenu et n’entre pas dans le calcul du montant versé par le RQAP. Résultat : la somme proposée est souvent dérisoire.

Il pourrait y avoir un minimum décent , estime Myriam Lapointe-Gagnon. Ayant elle-même fait la demande au cours des dernières années, les revenus auxquels elle aurait eu droit étaient d’environ 80 $ par semaine. Ça nous mettait vraiment dans l’embarras financier, donc c’est mon conjoint qui a pris le congé [parental]. Donc, les deux, on se retrouvait à ne pas pouvoir travailler, ce qui n’est pas un avantage non plus en pénurie de main-d’œuvre, déplore-t-elle.

« Ça prend des politiques adaptées, mais présentement, les politiques ne le sont pas. Ça coûte cher à tout le monde parce que justement ce n’est pas bien pensé en fonction des différentes situations. »

— Une citation de  Myriam Lapointe-Gagnon

Dans le cas d’un parent aux études, Myriam Lapointe-Gagnon suggère que le montant du RQAP soit au moins calculé en fonction du salaire minimum. Elle propose aussi de considérer les prêts et bourses comme un revenu lorsqu’il est temps d’effectuer le calcul des prestations.

Moi, par exemple, je recevais des bourses de recherche, c’est ce qui me permettait de vivre pendant mes études. C’est environ 20 000 $ par année de bourses pour compléter ma recherche et puis ce montant-là ne comptait pas dans mon Régime québécois d’assurance parentale, explique-t-elle.

Et les accommodements?

Vanessa Clavelle, maman de deux enfants d’âge préscolaire, affirme avoir croisé des enseignants compréhensifs pendant son parcours scolaire, ce qui n’a pas nécessairement été le cas pour son conjoint, Frédéric.

Elle estime cependant qu’elle n’a pas eu droit à beaucoup de flexibilité en ce qui a trait aux horaires des cours. On a parfois des cours qui ne concordent pas avec l’horaire du CPE. Les lundis, mardis et mercredis, Vanessa doit suivre des cours entre 16 h et 19 h. Toutefois, la garderie ferme à 18 h. C’est donc Frédéric qui sacrifie la fin d’un cours chaque semaine pour aller chercher les enfants.

L’UQAR prend les devants

L’administration de l’UQAR dit être au fait qu’il ne s’agit pas d’un phénomène isolé et que de plus en plus d’étudiants sont également parents, avec tout ce que cela implique.

Le directeur des Services à la communauté étudiante, Jean-François Ouellet, affirme que l’UQAR accorde déjà certains privilèges, par exemple une prolongation pour remettre des travaux ou pour passer un examen. Un étudiant qui se présente aux Services à la communauté étudiante et qui souhaite avoir un accommodement dû à son état de parent, on peut l’accompagner dans ces démarches-là , ajoute M. Ouellet. Il mentionne que son service fait le pont entre les demandes des étudiants, d'une part, et leurs professeurs, d'autre part.

Des travaux préliminaires sont en cours à l’UQAR pour évaluer ce qui se fait en la matière dans d’autres universités québécoises. À terme, l’objectif consistera à doter l’institution d’une politique ou d’une directive spécifique en ce qui concerne les parents aux études.

« L'UQAR veut aller de l'avant également avec une telle politique pour bien défendre les droits et les intérêts de ces étudiants. »

— Une citation de  Jean-François Ouellet, directeur des Services à la communauté étudiante de l'UQAR

Dans un deuxième temps, après la recherche, une vaste consultation sera menée auprès de la population étudiante afin de savoir quels sont ses véritables besoins et comment on pourrait les combler grâce à cette politique, précise le directeur des Services à la communauté étudiante.

Pleine lune derrière le campanile de l'Université du Québec à Rimouski.

L'UQAR réfléchir actuellement à des façons d'aider les parents étudiants.

Photo : Radio-Canada / Simon Turcotte

C’est vraiment une belle nouvelle, s’exclame la fondatrice de Ma place aux études, Myriam Lapointe-Gagnon. Nous, on accueille toutes ces initiatives-là avec beaucoup d’admiration parce que ce n’est pas encore évident de changer la culture de l’école, poursuit cette jeune mère de 30 ans.

Vanessa Clavelle croit pour sa part que les établissements d’enseignement supérieur devraient continuer à offrir des cours hybrides, ce qu’a forcé la pandémie de COVID-19. Des fois, je manque un cours parce qu’il faut que je garde mes enfants en isolement 24 heures parce qu’ils ont le rhume, ils ont le nez qui coule ou ils ont toussé, mentionne-t-elle. Bien qu’elle doive s’absenter de ses cours, elle aimerait au moins pouvoir écouter à distance alors qu’elle est chez elle avec ses enfants.

« Quand j'ai commencé, on était trois mères aux études. Je suis la seule qui reste dans mon programme. [...] C'était trop difficile avec la réalité des enfants, les cours du soir principalement. »

— Une citation de  Vanessa Clavelle, étudiante au baccalauréat en enseignement en adaptation scolaire et sociale

L’UQAR estime qu'elle sera en mesure de mettre en œuvre cette politique ou cette directive au cours de l’année 2023.

Pour sa part, le ministère de l’Enseignement supérieur salue ce geste et affirme dans un courriel qu’il appartient à chaque établissement de déterminer les mesures à mettre en œuvre pour soutenir sa communauté de parents-étudiants.

Le même ministère indique par ailleurs que le Plan d’action sur la santé mentale étudiante en enseignement supérieur, présenté en septembre 2021, comporte des orientations spécifiques pour ceux qui ont des enfants, entre autres la diffusion dans le réseau des bonnes pratiques à adopter ainsi que l'offre d'un soutien financier pour mettre en œuvre des mesures ou des programmes locaux.

Il est également question d’enrichir la collaboration avec le ministère de la Famille et des Aînés pour élargir le Programme de soutien financier en matière de conciliation famille-travail-études destiné à certains milieux d’enseignement pour les parents aux études.

Myriam Lapointe-Gagnon considère que le gouvernement doit encore travailler à revoir sa vision de l'apport de cette clientèle étudiante. « On les subventionne, ces études-là. Ça coûte cher à l'État. À mon sens, c'est une richesse collective, ce n'est pas une perte d'argent. C'est une perte d'argent si la personne ne termine pas [ses études] », philosophe-t-elle.

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